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29/07/2019 10h:41 CET | Actualisé 29/07/2019 10h:41 CET

Ma dernière lettre à mon président, Béji Caid Essebsi

Monsieur le président, je ne regrette pas mes lettres précédentes qui, acerbes et mordantes, cachaient entre leurs lignes un grand amour...

LUDOVIC MARIN via Getty Images

Monsieur le président,

Vous lirez aussi cette lettre comme vous avez déjà lu les autres et vous sourirez probablement en me lançant une remarque cuisante qui cacherait ,à peine, nous le savons tous les deux, un soupçon d’estime .

Monsieur le président, je ne regrette pas mes lettres précédentes qui, acerbes et mordantes, cachaient entre leurs lignes un grand amour que je porterai jusqu’ à la fin de mes jours.

Je vous écris entre les larmes, secouée de sanglots, car je n’y arrive tout simplement pas. 

Je passerai le restant de ma carrière et de ma vie de mère à parler de vous à mon fils et à mes étudiants .

Je leur raconterai l’histoire d’un président qui a voulu qu’ils aillent à leurs écoles, qui a opté pour leur avenir, d’un président aux quatre fois vingt printemps mais qui chantait et dansait comme eux, mais qui avait beaucoup plus d’humour et de légèreté.

Je leur parlerai d’un président qui, comme tous les papas, aimait ses enfants de la même manière, même les plus ingrats d’entre eux.

Je leur raconterai l’orfèvre de la politique. L’artisan de la réconciliation. 
Je leur dirai l’immense culture, l’amour des livres, des arts, des mots. 
Je leur dirai que s’ils sont là devant moi, filles et garçons, sur les bancs du savoir, c’est qu’il a insisté pour continuer l’oeuvre. 
Je leur parlerai du magicien qui donnait immanquablement le sourire aux plus lugubres d’entre nous. 
Je leur raconterai comment vous avez ignoré les aléas de la santé, les outrages à votre personne, l’ingratitude des uns et la petitesse des autres, pour assurer leur devenir, comment vous avez préféré la lourde tache d’apaiser un peuple angoissé au confort d’une retraite bien au chaud.

Je leur transmettrai l’enseignement, la pédagogie et la philosophie de la proximité, celle du cœur, la plus difficile à atteindre! 

Je leur dirai que nous avions un président qui nous a inculqué le civisme et le respect des lois. Un président reconnaissant à ses prédécesseurs. Un homme de tête et de cœur.

Je leur demanderai de lire ses livres. De connaitre son cheminement vers nos cœurs.

Je leur dirai qu’il était bien, beau et bon -foncièrement bon- et qu’il a fait la fierté de toute une nation.

Je leur parlerai de vos yeux bleus, espiègles, de la démarche que vous vouliez droite malgré les affres de l’âge, de ce coup de poing frêle que vous brandissiez pour nous injecter de l’espoir et du courage.

Je leur parlerai de la leçon de vie et de la leçon de mort. Je leur demanderai de les prendre en exemple.

Je leur dirai que je me sens seule sans vous et que j’ai besoin de vous voir dans leurs réussites.
Mon président, Bajbouj pour les intimes, “Bijou” pour moi, je sais que vous m’avez déjà pardonné .

Posez vos armes d’indulgence, d’apaisement et de patriotisme et reposez-vous en une infinie douceur .

C’est ma dernière lettre à mon dernier Président.

 

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