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21/09/2018 14h:48 CET | Actualisé 21/09/2018 14h:48 CET

Ma dépression, ma libération

Qu’on se le dise, que je me le dise, je suis une dépressive, pas déprimée mais dépressive, et vous savez quoi! J’en suis fière.

torwai via Getty Images

Si vous ne la connaissez pas ou si vous ne l’avez jamais vécu et bien, ça viendra. Ben oui, je ne veux pas être la seule à être atteinte de cette saloperie, qui, je dois l’avouer, est devenue une amie depuis.

À ce jour, je ne sais toujours pas comment je l’ai attrapé.

Il paraît, selon Google, que c’est un déséquilibre de substances naturellement présentes dans le cerveau et la moelle épinière que l’on appelle des neurotransmetteurs.

Oulaaa ça fait peur!! En gros et on n’ose pas nous le dire, vous et moi qui sommes dans ce cas, nous sommes des déséquilibrés, c’est tout. Nous sommes fous.

Un état qui nous rend autre.

Une personne qui comprend mais qui en même temps qui ne comprend pas.

Une personne qui ressent mais qui finalement ne sait pas ce qu’est un sentiment.

Une personne qui parle mais qui ne retient pas sa langue. Le fondamental.

Une personne qui vit mais sans envie.

Je l’ai connu il y’a longtemps. C’était une femme fatale qui me fût fatale.

C’était, comme pour Jeanne Moreau, le tourbillon de la vie.

On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue, on s’est réchauffé puis ont s’est séparé… Je l’ai revu un soir, Aie Aie Aie ça fait déjà un fameux bail.

Mais ce qu’elle n’a pas compris c’est que j’aime les hommes moi. Je lui ai proposé mon amitié, la pauvre, elle me vénérait. Je l’ai laissé m’accompagner.

Dans ma vie, j’ai connu des séparations terrestres, d’autres divines, des deuils du stress, une incompréhension de la population.

Ce marché où nous vivons, dans mon cerveau c’était une pollution. Oui, ce marché plein de mauvais, de faux-culs, d’égoïstes, d’hypocrites, de bons sens que je percevais comme mauvais sens, des cons, encore des cons et toujours des cons à se jeter par le balcon.

Avec tout cela j’aurai pu finir alcolo, droguée, dans les bras d’un premier et le lendemain, un autre premier.

Avec tout cela, j’aurai pu réussir le challenge à la Barney Stinson de “How I Met Your Mother”, la semaine parfaite: 7 jours, 7 mecs. (Si vous ne connaissez pas la série, arrêtez de me lire et allez tout de suite la regarder).

Avec tout cela, j’aurai eu le nez enflé, à force de sniffer.

Pour paraphraser mon idole N.Bedos, je dirai que je suis une ancienne fêtarde sauvée par son ambition.

Mais j’aurai pu vivre tout ça, je vous laisse imaginer si c’était vrai, ça aurait pu être sympa de vous raconter ma vie de débauchée.

J’aurais partagé avec vous des histoires d’amour, de cœur brisé, de cul, de capotes explosées, de têtes oubliées, de paroles aussi mais sincères, des gestes doux et d’autres plus mous.

Enfin un peu de tout. Pourtant aujourd’hui je n’en suis pas là.

J’ai vu le fond, je l’ai touché, c’est un peu triste, mais je me suis relevée.

Ben oui, j’aurai regretté ma mort, en tout cas, comme ça.

J’ai une relation assez ambigüe avec la vie, ce lieu éphémère et de transition.

Vous savez pourquoi? C’est aussi l’une des causes de l’amitié dont je vous parlais.

J’ai peur de la mort, pourtant j’ai touché le bord. D’ailleurs, je vais vous faire un aveu, j’ai peur que demain cet écrit devienne un hommage. Pour vous ce serait dommage. Car la vie sans moi serait triste, il va falloir penser à un clonage.

Qu’on se le dise, que je me le dise, je suis une dépressive, pas déprimée mais dépressive, et vous savez quoi! J’en suis fière.

Actuellement, je suis encore sous traitement que j’avale tous les jours bêtement, mais qui me rendent heureuse tout simplement. Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle les “pilules de bonheur”. Pour ceux qui n’y croient pas, je vous présente mon doigt d’honneur.

Au début, je les ai refusé, j’en ai tellement pris, rejeté et même vomi, croyant devenir un Ovni (car à un moment je l’ai été).

Jusqu’au jour où, où où, ..je suis rentrée dans son cabinet.

Pourtant, j’en ai vu des décors, des lèvres bouger à me dire: “Vous êtes perturbée”. Ils m’ont demandé de mettre des mots sur mes sensations, sur mes pulsions.

Ces psys me disaient et me répétaient: “Vous savez ce qui vous reste à faire, vous savez ce que vous devez faire et vous savez (devinez la suite) ce que vous ne devez plus faire”.

Waouuuu , t’es trop fort. Mais ça connard, je le sais. Sinon, je ne serai pas rentré, encore moins payé pour une personne qui, sur ma vie, épiloguait. Quand mon cœur refuse, mon esprit le suit, et ma langue finit par dire “Non, je m’excuse”. Vous m’avez juste frustré.

Mais ce cabinet là était différent.

Le quartier un peu loin, mais je m’en fou royalement.

Au début, je la voyais tous les 15 jours et aujourd’hui j’en suis à une séance tous les deux mois.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’elle a réussi à transformer mon angoisse en audace.

Elle a pénétré mon âme, et elle m’a rendu heureuse en une phrase, elle me dit d’une manière courtoise: “Ne rejette pas ton amie, garde là auprès de toi. Il suffit juste de la nourrir comme il faut, un comprimé le matin et un comprimé le soir, et tu verras que cette amie te sauvera de ton désespoir”.

Elle a compris que derrière cette perturbation se cachait une envie de masturbation d’esprit. Elle a compris que je ne voulais pas ressembler à ces autres qui ne font rien de leur cerveau.

Oui, je dis ça avec toute modestie.

C’est vrai que j’ai mal aux chevilles, surtout quand ma psy me dit:

“As-tu déjà fait du cinéma, du théâtre, journaliste, ou écrivaine, que sais-je. Ton nom résonne et m’emporte”.

Je lui dis que Non.

Elle répond étonnée:

“Pourtant ton nom a une tonalité, ta personnalité ne fait pas de toi une banalité, au contraire, je dirai que tu es une originalité. Tu devrais faire quelque chose d’artistiquement particulier”.

Elle a tout compris, j’ai toujours voulu épater la galerie, j’ai toujours voulu plaire, avoir des destinataires.

- “Oui j’aurai aimé, mais j’ai peur docteur. Et s’il n’y a personne devant moi?”

- “Et alors, tout est provisoire, la vie est provisoire, il ne faut pas avoir peur de la mort. Accepter la mort c’est ce qu’on appelle l’immortalité”.

En effet, et comme disait Woody Allen: “Tant que l’homme est mortel il ne peut pas être décontracté”.

Elle continua et me dit:

–  “Pourquoi protester? la sentence est la même, il ne faut pas lui en vouloir à la vie, ni à la mort aussi. La vraie mort c’est la médiocrité et la stupidité. C’est un peu dommage de ne pas en profiter comme on a envie de le faire. Il faut l’aimer et tu verras elle te récompensera. Si je te donnais le choix, qu’aimerai-tu faire dans ta vie, quelque chose que tu n’as pas pu ou pas osé faire?”

- “Ecrire, je veux écrire!”

- “Alors écris, qu’est ce que tu attends. Il faut savoir que ta dépression a fait de toi ce que tu es, une fille battante, une fille chiante, une fille différente et elle t’a présenté quelqu’un d’important, mais dans ton inconscient, tu ne t’en es pas rendu compte”.

- “Ah bon, qui ça?”

Elle sourit:

- “Ta passion dit-elle, Ta passion, tu t’es toujours demandé à quoi tu servais sur cette terre, que les autres te jugeaient, jugeaient ta différence, te rejetaient, mais tu as fini par trouver ce que d’autres ne connaissent pas: Une vocation. Et cette vocation tu l’as connu, grâce à ta dépression. Alors, avec tous tes soucis de la vie, ton boulot, ta famille, tes amis, ta maladie… Moi je te dis, concentre toi sur ton écriture aujourd’hui, fais en une priorité”.

Figurez-vous mes amis, qu’elle est venue ici, dans mon rêve, mon blog, comme vous ,elle a aimé mes folies, et elle m’encourage à continuer ainsi.

C’est ce qu’elle appelle: Le début de ma vie.

C’est tellement plus simple de fuir que de se battre pour ce qu’on est vraiment.

Qui aurait cru que la dépression a pu faire de moi un être d’exception et a pu m’aider à m’éloigner de toutes ces ondes de frustration.

Je dis cela sans prétention.

Et putain que ça me fait du bien de le dire.

Je continuerai à écrire, peut-être un jour, un livre, un roman, un brouillon, tant que c’est fait avec passion, moi je dis oui, Reste mon ami, dépression.

Si j’ai écris sur cette amie, c’est que je sais que vous êtes nombreux à l’avoir autour de vous, dans votre vie.

Tout ça pour vous dire à vous, vous que l’on traite de malade, vous que personne ne comprend et que du coup personne n’entend.

Vous n’êtes pas une personne sans valeur, vous valez beaucoup, et ces autres qui ne veulent pas de vous, on s’en fout.

Ne soyez pas prétentieux, ne cherchez pas le bonheur à 100%, soyez juste joyeusement désespérés ou merveilleusement malheureux.

Vous êtes vivant, unique, Dites-le, ENFIN.

Ne cherchez pas à avoir des compliments, surtout de la part des cons.

Et si vous avez besoin d’aide, n’ayez pas honte, faites comme moi, cherchez LE psy, évitez juste les aigris, de toute façon, vous le reconnaîtrez, LE BON.

Alors merci à ma psy, qui est devenue mon amie, de m’avoir donné l’envie d’accepter cette dépression qui m’a aidé à reconnaître ma passion.

Je sais que bientôt elle ne voudra plus me voir, je le sais, elle me l’a dit, mais je ne suis pas prête de la quitter, en tout cas, …Je ne veux pas.

À toi ma psy, si tu me lis, ne me quitte pas.

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