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02/12/2015 05h:48 CET | Actualisé 02/12/2016 06h:12 CET

L'utilisation d'armes explosives en zones peuplées est inacceptable

INTERNATIONAL - Handicap International et ses partenaires ont publié le rapport mondial sur les mines antipersonnel avec son lot de mauvaises nouvelles puisque le nombre de victimes a augmenté par rapport l'année précédente.

Bilal Hussein/AP

Le 3 décembre marque la Journée internationale des Personnes Handicapées, instaurée par les Nations Unies en 1992, et qui vise chaque année à mettre en lumière la situation de quelque 15% de la population mondiale! Le thème 2015 "vers une société plus inclusive" nous invitait, nous les organisations agissant avec les personnes en situation de handicap, à partager de beaux succès mais aussi de nombreux défis encore...

Puis le 26 novembre dernier, l'actualité nous a, une fois de plus, bousculés. Handicap International et ses partenaires ont publié le rapport mondial sur les mines antipersonnel avec son lot de mauvaises nouvelles puisque le nombre de victimes a augmenté par rapport l'année précédente. En parallèle, les médias débordent d'articles sur les dégâts causés par l'usage des autres armes explosives (mortiers, roquettes, obus d'artillerie, bombes aériennes, engins explosifs improvisés) qui sont chaque jour utilisées sur des zones peuplées. Alors pour cette Journée internationale toute particulière, chez Handicap International, nous avons choisi de lancer, une fois de plus, un cri d'alarme.

Près de 3700 personnes ont été tuées ou blessées par des mines ou des restes explosifs de guerre en 2014, une augmentation de 12% par rapport à 2013. Soit 10 victimes par jour. Et près de 7 d'entre elles resteront handicapées ou subiront des séquelles psychologiques et sociales toute leur vie.

On l'a déjà dit, et on le comprend fort bien, ces armes mutilent et entrainent de graves conséquences sur les individus et les communautés. Leur présence dans les champs, au bord des routes, près des points d'eau ou des infrastructures publiques représente un danger permanent et entrave le développement des pays concernés. Des populations entières restent menacées dans l'accomplissement de leurs gestes quotidiens.

Pourtant, en 2014, de nouvelles mines ont été utilisées dans 11 pays (Myanmar, Corée du Nord, Syrie, Afghanistan, Colombie, Irak, Libye, Pakistan, Tunisie, Ukraine et Yémen). Et en parallèle, force est de constater que le déminage dans plusieurs pays progresse trop lentement. 27 des 33 États parties contaminés par les mines ont demandé - et obtenu - une extension de leur calendrier de déminage à ce jour, ce qui continue de menacer leur population.

Se libérer du fléau des mines est pourtant possible, comme l'a montré le récent exemple du Mozambique qui s'est déclaré libre de mines le 17 septembre dernier. Handicap International a joué un rôle majeur dans ce pays en dépolluant 16 millions de mètres carrés entre 1998 et 2015. Mais dans le monde, 57 États et 4 territoires sont encore contaminés par les mines. La tâche reste donc immense.

Et comme si ce bilan n'était déjà pas suffisamment alarmant, on constate depuis plusieurs années un accroissement de l'utilisation d'armes explosives dans des zones peuplées, tuant des civils et provoquant des souffrances et blessures graves (brûlures, plaies ouvertes, fractures, etc.). Elles sont, elles aussi, la cause de handicaps et de traumatismes psychologiques durables.

Au-delà des impacts physiques et mentaux, l'usage d'armes explosives en zone peuplée amplifie les effets les plus néfastes des conflits sur les populations civiles: déplacements forcés des populations, destruction des infrastructures essentielles comme les habitations, les écoles et les hôpitaux. Les familles sont plongées dans la pauvreté, leurs moyens de subsistance étant détruits et leur accès aux services compliqué, pour ne pas dire impossible.

Selon l'ONG Human Rights Watch, en 2014, 12 territoires ont été le théâtre de l'utilisation d'armes explosives en zones peuplées, en violation du Droit International Humanitaire: Syrie, Irak, Israël/Gaza, Ukraine, Libye, Pakistan, Afghanistan, Soudan, Nigeria, Somalie, Thaïlande, et Colombie.

D'après une étude de l'organisation Action On Armed Violence (AOAV) portant sur l'analyse des médias anglophones, au moins 41.800 personnes auraient été blessées ou tuées par des armes explosives en 2014. 78% d'entre elles seraient des civils. Quand ces armes visaient des zones peuplées, la part des victimes civiles atteindrait les 92%. Sur une période plus longue, entre 2011 et 2013, cette étude a identifié près de 100.000 personnes tuées ou blessées par les armes explosives. Parmi elles, les civils sont toujours les plus touchés puisqu'ils représentent 78 % des victimes recensées.

Le 24 novembre 2015, un nouveau témoignage a été publié sur Portraits de Montréal: "En Syrie, j'enseignais les sciences au secondaire, mais quand ma mère a fait un AVC, je me suis occupée d'elle. Je veille sur elle chaque jour depuis 25 ans maintenant. J'ai beaucoup de beaux souvenirs avec elle. Mais tu sais, pendant les bombardements il n'y avait pas d'électricité, alors tous les jours, avec les voisins qui restaient, on se retrouvait pour jouer aux cartes à la lueur des chandelles. Le but c'était juste de jouer et de rire un peu pour oublier la guerre. Et c'est vrai que c'est plus facile de tricher dans le noir! On a beaucoup ri, c'était notre façon de survivre.

"On savait que ça allait durer, alors on a décidé de partir au Liban rejoindre de la famille. On a pris un taxi pour aller à l'aéroport. D'habitude, le trajet se fait en quinze minutes, mais là ça a pris une heure. Pas à cause du trafic, à cause des bombes et des snipers dans les rues. Dix jours plus tard, l'aéroport était fermé, et aujourd'hui il l'est toujours. Ça a été la meilleure décision, mais aussi la plus difficile de ma vie."

L'essentiel est dit. L'usage d'armes explosives en zone peuplée alimente une machine infernale qui pousse les civils à fuir et les condamne à ne pas revenir.

Tout comme dans son combat contre les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions, Handicap International appelle tous les États à prendre des engagements fermes pour empêcher l'utilisation d'armes explosives en zones densément peuplées: on le voit régulièrement, aucun pays n'est l'abri d'erreurs qui font payer un lourd tribut à des innocents, comme l'hôpital MSF de Kunduz par exemple.

Ces mêmes États, et la communauté des Nations tout entière, doivent réaffirmer les principes du Droit Humanitaire International qui interdit aux parties prenantes au conflit de cibler des personnes et des bâtiments civils. Toute attaque doit ainsi respecter le principe de distinction entre civils et combattants. Le droit impose également de limiter les dommages faits aux civils, en considérant l'enjeu de proportionnalité entre l'objectif militaire visé et les effets néfastes potentiels, et en mettant en œuvre des mesures de précaution pertinentes pour limiter ces effets.

Et bien sûr, la communauté internationale doit renforcer l'assistance offerte aux innocents vivant sous la menace de ces agissements et aux survivants de ces armes, incluant les personnes handicapées et leurs familles.

Car aujourd'hui comme hier, l'utilisation d'armes explosives en zones densément peuplées est simplement inacceptable.

Retrouvez cette chronique dans l'émission Accès Libre sur Canal M

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