TUNISIE
19/12/2018 13h:01 CET | Actualisé 19/12/2018 13h:01 CET

Un professeur de l'université de la Zitouna émet une Fatwa contre les députés qui voteront pour l'égalité dans l'héritage

“Toute personne qui touche à la loi sur l’héritage sera dorénavant, par la Charia, privée de vote dans toute activité politique."

“Notre responsabilité, partant de notre idéologie zeitounienne, sera d’émettre une fatwa qui interdit le vote, pour tout député dont la conscience lui permet d’approuver ce projet de loi” a déclaré Ilyes Dardour, un professeur de l’université de la Zitouna à l’occasion d’une journée d’étude organisée  par l’association régionale des imams de Sousse sur l’égalité dans l’héritage.

La fatwa en question aura pour but de dissuader les députés concernés de voter, et ce lors de tous les prochains rendez-vous électoraux.

“Toute personne qui touche à la loi sur l’héritage sera dorénavant, par la Charia, privée de vote dans toute activité politique. Vous êtes désormais interdits de voter pour ces personnes ou ces partis, même s’ils s’appellent Les Oiseaux du Paradis (طيور الجنة)” a-t-il ajouté

Le professeur a également appelé, chacun de son côté, à faire tout son possible pour sensibiliser les députés sur “la gravité d’adopter cette loi”, en essayant de “leur faire entendre raison et de leur rappeler leur responsabilité religieuse et historique devant ce choix dangereux”, car dit-il, “tout le monde se trouvera un jour entre les mains de dieu, et sera jugé pour ses actes”.

“Faire son possible et arriver à convaincre un député, c’est mieux que de rejoindre une manifestation à pied de Sousse à Tunis” a-t-il ajouté, disant faire ainsi référence à des versets du Coran.

Ce n’est pas la première fois que les professeurs de l’Université de la Zitouna expriment leur opposition à ce projet de loi. Ainsi, dans un communiqué publié en août dernier, ceux-ci avaient estimé que le président de la République a fait un “déni du caractère religieux de l’État tunisien”.

Ils avaient également appelé à “criminaliser les atteintes aux droits des femmes en matière d’héritage mais dans le respect des règles charaïques”.

Le 13 août dernier, le président de la République Béji Caid Essebsi avait affirmé en marge la journée de la femme tunisienne, qu’une proposition de loi modifiant les dispositions du code du statut personnel relatives à l’héritage sera présentée dans les plus brefs délais par la présidence de la République à l’Assemblée des représentants du peuple.

La proposition a ensuite été adoptée, le 23 novembre dernier, par le Conseil des ministres, présidé par Béji Caid Essebsi.

Ainsi, le projet de loi sur l’égalité dans l’héritage sera inscrit au programme de l’Assemblée des représentants du peuple, qui le discutera en commission avant qu’une plénière ne vote ou non son adoption.

Selon la Constitution de 2014, l’initiative des lois est exercée par des propositions de loi émanant de dix députés au moins ou par des projets de loi émanant du Président de la République ou du Chef du Gouvernement.

Mais plusieurs parties se sont soulevées contre cette proposition, et son adoption au Conseil des ministres, tel que le parti de Hechmi Hamdi, Courant Al-Mahaba, qui avait annoncé le lancement de l’initiative “Al-Aridha pour la défense de l’identité islamique de la Tunisie”.

Ennahdha a de son côté estimé que ce n’était pas le moment pour une telle initiative. Le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha, Abdelkrim Harouni, a lancé lé débat sur l’interprétation de la Constitution en affirmant que Béji Caid Essebsi a “interprété” la Constitution, une interprétation jugée différente de celle d’Ennahdha.

Le porte-parole du Front Populaire Hamma Hammami avait quant à lui reproché la demi-mesure du président de la République qui n’a pris qu’une seule proposition du rapport de la Colibe à cause de “calculs politiques”.

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