TUNISIE
26/07/2018 16h:26 CET | Actualisé 27/07/2018 15h:21 CET

L'union des progressistes en Tunisie devient une réalité? Souhayr Belhassen y croit (INTERVIEW)

Interview avec la présidente d'honneur de la FIDH, la militante tunisienne Souhayr Belhassen.

93 associations tunisiennes et 150 personnalités rassemblées sous la bannière du “Pacte pour l’égalité et les libertés individuelles”. Ce nombre important reflète une diversité, des divergences parfois, mais cette fois-ci, il illustre une force pour défendre un idéal: l’émancipation individuelle et l’égalité. 

Dans une communion sans précédent, ils étaient tous réunis au Congrès de Tunis pour l’égalité et les libertés individuelles le 24 juillet à la Cité de la Culture. La salle était archi-comble, les gens étaient assis par terre faute de place. Les organisateurs n’ont pas pu obtenir une plus grande salle, se désole Souhayr Belhassen au HuffPost Tunisie. “Des personnes sont venues de loin sans pouvoir y accéder mais leur présence était un soutien extrêmement important et précieux”, ajoute-t-elle. 

Journaliste, défenseure des droits humains et présidente d’honneur de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH), Souhayr Belhassen se livre au HuffPost Tunisie pour parler du pacte et des actions à venir. (Interview) 

HuffPost Tunisie: Que représente pour vous ce Pacte? 

Souhayr Belhassen: C’est à la fois un aboutissement et un point de départ annonciateur de perspectives plus organisées et plus structurées. La symbolique est importante. 

Durant des années, notre combat était pour arracher les droits civils et politiques, aujourd’hui, l’enjeu ce sont les libertés individuelles dans les sociétés arabo-musulmanes conservatrices et figées. 

Sur les thématiques des libertés individuelles, depuis le soulèvement de 2011 jusqu’au aujourd’hui, chaque association travaillait de son côté. Pour la première fois, on voit converger toutes les énergies et toutes les volontés. Tout le monde était là pour se battre ensemble et écouter l’autre d’où le beau slogan du Congrès: “Vivre ensemble, libre ensemble”. 

Il y a eu une énergie positive qui a traversé la salle, il y avait de la détermination, non seulement de la part des personnes qui ont pris la parole mais de tout le monde. Il y avait une émotion et une volonté commune palpable d’avancer sur toutes thématiques essentielles pour l’avenir des Tunisiennes et des Tunisiens.

Le Pacte n’a pas été seulement lu mais il a été porté par des personnes issues de différents horizons: des intellectuels, des artistes, des gens venus des régions, des militants de base, etc. 

L’osmose entre tous ces gens était parfaite, comme l’investissement des artistes. Les artistes sont des voix sensibilisées, qui se sont exprimés dans un langage qui parle à tout le monde: entre la fille de Gaafour Houda Rezgui, la sensualité de Leila Toubel, la présence de Jalila Baccar ou encore de Majd Mastoura. L’intelligence et la créativité de leur langage est plus susceptible de toucher immédiatement l’opinion publique.

93 différents associations, 150 personnalités, il n’y pas un risque que chacun interprète à sa manière le Pacte et de saper votre union? 

C’est sûr que dans chaque association, on va essayer, sous le couvert du Pacte, d’avancer sa cause. Le Pacte est notre parapluie. Que ce moment fort couvre des divergences, certainement. Mais je crois que si on est capable de maitriser nos divergences, on est capable de les dépasser pour se focaliser sur l’essentiel. Certainement aussi, il y aura des libertés qui vont avancer plus vite que d’autres.

À nous d’être vigilants, de nous réunir, de définir les prochaines étapes, surtout sans s’aliéner, on a horreur de ça. Chacun continuera à travailler à sa manière. Ce qui est à retenir, c’est qu’au delà des intérêts de chacun, ce moment a existé sans couac, un pacte a réuni et a mobilisé tout le monde. La société civile s’est montrée diversifiée, imaginative, concrète. 

Dans la morosité actuelle politique et économique, la société civile est l’image la plus positive de la Tunisie. 

Vous pensez que la conjoncture est plus favorable actuellement pour les libertés individuelles? 

C’est à nous de rendre la conjoncture favorable. La Colibe, qui a travaillé en quelques mois, a fait des propositions qui, si nous nous montrons déterminés à les concrétiser, changeront définitivement l’image de la Tunisie. 

La société civile, elle est dans son rôle, elle s’est appropriée le rapport, l’a lu, l’a traduit dans des poèmes, des chansons, des sketchs, dans un langage susceptible de mobiliser l’opinion pour le défendre. Il n’y a pas de concurrence entre la société civile et la Colibe mais de la complémentarité. 

Maintenant, il faut continuer à travailler sur toutes les thématiques évoquées. Il faut voir les représentants du peuple, ceux des institutions, des partis, mener des actions de plaidoyer pour rendre les libertés conformes au texte de la Constitution et aux pacts internationaux. 

Les conservateurs, les extrémistes de tous bords et même ceux considérés comme modérés, tous ceux qui s’opposent au Pacte et au rapport de la Colibe sous prétexte de religiosité, vont à l’encontre du sens de l’Histoire. La lame de fond est pour avancer dans ce pays. 

Bien sûr, ils vont s’organiser et ils s’organisent déjà, il n’y a qu’à voir la campagne odieuse contre les membres de la Colibe, plus particulièrement sa présidente.

Il y a déjà un bras de fer entre deux Tunisie. Simplement, aujourd’hui, nous savons que nous sommes nombreux, organisés et déterminés à sortir victorieux de la bataille. 

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