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26/12/2018 15h:00 CET | Actualisé 26/12/2018 15h:00 CET

Lu dans la presse américaine: le pétrole dans une boule de cristal !

Artem_Egorov via Getty Images

Le pétrole à 30 dollars ou à 100 dollars ! Voilà des chiffres figés dans les antipodes et qui commencent à faire jaser toute une communauté d’observateurs et d’analystes. En tout cas, Il s’agit de prédictions contradictoires faisant partie d’une série d’œuvres nées dans l’improvisation mais, dans des logiques différentes, se structurent à une vitesse remarquable.

Or, la question qui se pose devant nous, est celle de savoir qui prédit le mieux dans le domaine du pétrole ? Et pour répondre à cette question, il serait judicieux de faire un tour du coté de ma revue Bloomberg pour découvrir le Topo. Le magazine des marchés se referait continuellement aux dires de Bob Dudley (Grand chef de British Petroleum, BP) dans ses pronostics enrobés dans une perspective baissière.

En effet, Bob voulait calmer les ardeurs en déclarant dans une optique médiane: “Je ne m’attends pas à une véritable hausse des prix, à moins d’un événement géopolitique… J’ai toujours dit que nous serions dans la fourchette des 50 à 60 dollars USD, jusqu’à la fin de la décennie”.

Epoustouflant ! Voilà quelqu’un qui nous délivre des dépêches lacunaires et brumeuses qu’on lisait surtout en Algérie. Il évacue, par l’occasion, les devinettes ”énormissimes” de 160 dollars, émises par Vladimir Rojankovski, analyste au centre financier de Moscou.

L’homme balança une estimation badine quoi ! Farcie d’une flopée de conditions reposant, toutes, sur une éventuelle fermeture, par l’Iran, du détroit d’Hormuz. Certes, c’est par ce passage maritime où transitent plus de 32% de l’approvisionnement mondial.

Mais cette historiette d’Hormuz n’a pas tenu la route puisque les Iraniens n’ont pas bloqué le trafic. Les sanctions américaines décrétées pour le mois de novembre, contre l’Iran, ont eu un effet contraire et on fait chuter le prix de 30% par rapport à octobre 2018. Le West Texas frôle actuellement les 42,68 dollars le baril, quelques 8 dollars moins que le Brent qui se vend à 50 USD.

Utile de mentionner que les prix des barils fonctionnent avec deux références : La première est la catégorie West Texas Intermediate (WTI), également connue sous le nom de Texas Light Sweet. C’est le standard américain pour la fixation du prix du brut comme matière première pour les contrats à terme sur le pétrole auprès du New York Mercantile Exchange (bourse des matières premières)

La deuxième est la Catégorie plus chère du Brent Crude B.R.E.N.T Broom ;Rannoch Etive ;Ness ;Tarbert , ayant pris les noms de gisements de la mer du Nord. Elle est utilisée dans le monde entier comme référence pour définir les variations des cours du pétrole brut en bourse.

Revenant maintenant à cette chute brutale des cours depuis le mois de novembre et on peut dire qu’elle est imputable au président américain. Le journal anglais The Guardian qui accusait, tout le temps, Donald Trump de souffler le chaud et le froid, s’est vu conforté dans ses critiques par Mat Eggan analyste pour CNN-Economy.

Le journaliste rapporta que les “Dizzing zigzags” ou les zigzags vertigineux se rapportant aux cours des marchés, se trouvent dans le comportement du président américain lequel menaçait les Iraniens de sanctions dès novembre 2018, pour ensuite atterrir sur une approche très douce.

Justement, il s’agissait bien d’une palinodie dans la mesure où Trump livra, illico, ce qu’on appelait des “temporary waivers”, sorte de dérogations temporaires pour que Chinois et Indiens continuent à acheter chez Téhéran.

Eggan intitule alors: “La défaite américaine a soudainement laissé le marché pétrolier international plonger dans une surabondance d’approvisionnement. L’OPEP s’est trouvée, ainsi, sous pression afin de décider de réduire considérablement sa production lors de la réunion de décembre à Vienne, tout ça dans le but faire face à l’érosion” …. En tout compte fait, va-t-elle réussir ?

Le Guessing-Game de l’or noir

Ce qui plait dans la presse américaine c’est son anti-narratif ou c’est encore sa naissance dans une transaction bancaire, là où on refait continuellement les comptes. Précisément, c’est dans cette logique des choses, qu’on va répéter la question. Mais qui prophétise mieux en matière des prix des marchés… au moins pour 2019 ?

A cette question, la JP Morgan s’est proposée, déjà, de répondre en allant beaucoup plus que la fourchette de Bob Dudely de BP.  Elle prévoit des prix de Brent de 73 dollars le baril l’année prochaine, soit 12,6% de moins que ses prévisions d’avant, de 83,50 dollars le baril, prévision reprise récemment par la chaine CNBC.

Un autre son de cloche venait  de Goldman Sachs  laquelle  avait  prédit que le Brent augmenterait de plus de 80 dollars vers la fin de l’année 2018  et atteindrait une moyenne de 75 dollars le baril en  2019. Or, Il s’avère que   Goldman Sachs frappa à coté de la plaque concernant les 80 dollars, mais rejoignît la JP Morgan dans  ses calculs relatifs à  l’an prochain.

En somme, pour parapher sa vaticination, la plus redoutable administration de l’ US Energy information administration (EIA), avait déjà tablé sur 72 dollars le Brent en 2019 pour trancher.

En réalité, L’EIA bénéficie de beaucoup de crédibilité en matière de prévision, quand on se réfère à la communication faite par le Bureau-Consultant Roland Berger dans ses études du Who Predicts the Best ? Selon cette firme, l’EIA  s’est montré la plus perspicace en matière de prévisions pour 2018  là où  le Brent va finir ses jours aux alentours de 50 dollars.

Berger est d’avis que l’EIA avec les deux institutions, c’est-à-dire là: the New York Mercantile Exchange (NYMEX) et  l’Organization for Economic Co-operation and Development (OCDE en français) ont prouvé qu’elles sont les meilleures et ont donné avec beaucoup plus de précisions les évolutions des prix que les cancans Saoudiens repris par une presse orientale abrutissante.

La comparaison avec les prédictions saoudiennes, qualifiées de trop haussières par Berger, démontrent que depuis 2009, ces trois institutions avant des chiffres de plus en plus précis par rapport aux pays producteurs. 

La cause essentielle la résume Eggan sur CNN-Economy en disant bien que Trump ait félicité l’Arabie saoudite, mais son tweet a omis le rôle central joué par l’Amérique dans la chute des prix. Sous l’effet du boom pétrolier du schiste surtout aux Texas (NDLR), les États-Unis ont récemment dépassé la Russie et l’Arabie saoudite (en matière de production)  pour devenir le premier producteur mondial de pétrole depuis 1973.

L’Agence internationale de l’énergie avait déclaré que la production des États-Unis avait augmenté de plus de 2 millions de barils par jour en 2018. Elle devrait encore augmenter l’année prochaine.

Cependant et dans toute cette marmelade où on trouve les 41 dollars pour avril 2019 et  30 pour juin  2019, une singulière dextérité nous vient de Lucas Laurensen de la la revue Fortune, surtout  dans sa lecture de la chute pétrolière de la fin 2018 .

Le spécialiste qui meuble son argumentaire en simplifiant, d’un coup, les choses, estime que le Brent est volatile car de nombreux acteurs différents essaient d’influencer les prix.

Lucas nous rappelle, surtout, que le brut est un produit facilement échangeable et stockable. Une production record cette année aux États-Unis et une production élevée ailleurs, ont contribué à faire baisser les prix, malgré une demande globale, de surcroit croissante … pas plus simple que ça !