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04/12/2013 05h:55 CET | Actualisé 05/10/2016 10h:14 CET

L'épopée 3G+ en Algérie

TECHNOLOGIE - 2007 devait être l'année de la 3G en Algérie. C'est en tout cas ce qu'avait annoncé en grande pompe le gouvernement. Nous sommes en décembre 2013 et les geeks algériens attendent encore. C'est un fait, l'Algérie n'aura jamais la 3G. Et pour cause, les autorités régulatrices en matière de poste et de télécommunications, ayant pris conscience de leur honteux retard, ont décidé d'implémenter directement la 3G+. C'est devenu une habitude nationale de brûler les étapes.

2007 devait être l'année de la 3G en Algérie. C'est en tout cas ce qu'avait annoncé en grande pompe le gouvernement. Les essais avaient été réalisés pendant près de deux ans, les installations étaient prêtes et toute la sphère geek algérienne n'attendait qu'une chose: pouvoir se ruer chez les compagnies de téléphonie mobile du pays et souscrire leur abonnement 3G.

Nous sommes en décembre 2013 et les geeks algériens attendent encore. L'histoire, ou plutôt l'épopée de la 3G, est celle de l'enfant prodigue tant attendu et qui tarde à venir. Les autorités se sont penchées dessus dès 2004, elle a été annoncée d'année en année depuis 2005 et elle a été repoussée pour des raisons plus obscures les unes que les autres. Entre 2005 et 2013, Bouteflika a eu le temps de briguer un troisième mandat et l'opérateur Nedjma de changer de nom pour devenir Ooredoo. Après tant de bouleversements, la 3G n'est toujours pas là.

L'Algérie fait partie des 10 derniers pays au monde à ne pas être dotés d'une connexion internet mobile de troisième génération. Dans le même temps, l'Algérie dispose de la 13e plus importante réserve de devises du monde, devant des géants comme la France et les Etats-Unis. Pays de paradoxes, dites-vous?

Mieux vaut ne pas trop essayer de comprendre, le désespoir pourrait ne plus vous quitter. Car la 3G est un cache-misère, un arbre qui cache une forêt plus vaste que la forêt amazonienne tant l'Algérie est en retard en matière de technologies de l'information et de la communication (TIC).

Éclaircie en demi-teinte

C'est un fait, l'Algérie n'aura jamais la 3G. Et pour cause, les autorités régulatrices en matière de poste et de télécommunications, ayant pris conscience de leur honteux retard, ont décidé d'implémenter directement la 3G+. C'est devenu une habitude nationale de brûler les étapes.

En effet, peu après sa nomination au poste de ministre des Postes et télécommunications en septembre 2013, Zohra Derdouri a annoncé la prophétie: la 3G+ directement, sans passage par la 3G. L'humeur était à l'enthousiasme fou d'autant plus que l'Etat s'est engagé pour une mise sur le marché au 1er décembre 2013.

Mais bon, nous ne devons pas avoir les mêmes calendriers, parce que la date fatidique est passée et toujours rien. La rumeur avait enflé quelques jours avant et a été confirmée par Mme Derdouri.

Cette dernière a avoué qu'un simple retard avait eu lieu dans la signature du décret d'octroi définitif de la licence 3G+, et non 3G, attention!

Depuis, c'est le choc absolu. Personne ne parle plus que de ça et la presse s'est enflammée. Les Algériens désespèrent de pouvoir un jour utiliser les applications de leur nouveau joujou technologique à une vitesse raisonnable.

Une nouvelle date a rapidement été annoncée pour la fin décembre. Mais elle n'a fait qu'ajouter à la colère populaire et nous savons tous ce que fait l'Etat algérien dans ce genre de situation: il temporise et coupe la poire en deux. Hier, madame la Ministre a été claire: la 3G+ sera commercialisée dans 15 jours.

Politique

Elle a également ajouté que les abonnés pourraient garder leurs numéros et leurs puces 2G alors qu'initialement un changement de carte SIM était prévu. Là encore, personne ne comprenait trop pourquoi, ça ne s'est jamais vu ailleurs.

Face à la perspective de devoir changer de numéro, les Algériens s'étaient, une fois encore, révoltés et illustrés en envolées lyriques chargées de rancœur.

Quoi de plus normal pour une société où le taux de pénétration de la téléphonie mobile est estimé à 99.28%? Sur 37.7 millions d'habitants, 37.5 millions sont abonnés à la téléphonie mobile.

Des raisons sécuritaires ont été évoquées pour justifier cette situation ubuesque. En d'autres termes, l'Algérie aurait bien voulu pouvoir répertorier tous les abonnés 3G+ avec précision. Après tout, le fameux printemps arabe a été lié par certains universitaires à l'essor des technologies de communication, et il faut bien assurer ses arrières.

De plus, un dernier rebondissement dans l'épopée 3G+ permet, du moins pendant quelques jours, de détourner l'attention de l'élection présidentielle, de l'éventuel quatrième mandat de tous les dangers, de la santé du Président Bouteflika. Bref, des sujets qui fâchent. L'effet Mondial 2014 commençant à s'estomper, il fallait trouver autre chose.

Pas de craintes cependant puisque le tirage au sort des groupes pour la Coupe du Monde aura lieu le 6 décembre prochain, et ce sera l'occasion pour toute l'Algérie d'imaginer tous les scénarios possibles et même impossibles jusqu'au lancement officiel - en principe - de la 3G+.

Pays des merveilles

Mais bientôt, la 3G+ sera de l'histoire ancienne. En effet, la 3G+ n'est pas encore mise en place que les autorités algériennes promettent déjà le déploiement commercial de la 4G LTE - donc encore plus rapide que la 4G - pour janvier 2014. L'offre ne concernera dans un premier temps que les professionnels mais sera élargie au public après un an, soit en janvier 2015.

Encore une fois, le passage de la 3G+ à la 4G LTE se fera sans transition par la 4G. Brûler les étapes est décidément une constante de la nation algérienne.

De même, le PDG d'Algérie Télécom a, pour sa part, annoncé que le débit des connexions internet domestiques connaîtrait aussi une hausse significative. Il faut au moins ça pour une compagnie nationale qui se targue dans son slogan d'être "le bon choix" alors qu'elle est de facto "le seul choix", jouissant d'une situation de monopole sur le marché de la téléphonie fixe et d'internet.

Et comme l'Algérie est le pays des miracles à défaut d'être celui de la logique, Zohra Derdouri a annoncé que la technologie 3G+ permettrait non seulement un accès mobile à internet plus rapide mais que le coût de ladite connexion serait moins cher que celle fournie par la 2G jusque-là. Des performances toujours plus élevées pour un prix toujours plus bas. Après tout, il faut bien que l'épopée se finisse par un dernier coup de baguette magique. Si somme toute, c'est vraiment la fin.

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