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26/06/2018 10h:53 CET | Actualisé 26/06/2018 10h:53 CET

Lorsqu’en France, des militants et des présumés terroristes issus de l’extrême droite veulent s’en prendre aux musulmans

Il y a là quelque chose de particulièrement dangereux, ce que nous appellerions la montée en puissance d’une extrême droite radicalisée.

Sivaram V / Reuters

En France, le chef et neuf membres d’un groupe terroriste ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche par des agents de la DGSI, la Direction générale de la sécurité intérieure, porte le nom, tout à fait inconnu jusqu’alors, d’ “Action des Forces Opérationnelles”. Selon la presse française, l’ensemble des suspects est actuellement en garde à vue; elle pourra durer jusqu’à 96 heures, comme le prévoit la loi antiterroriste. Celui qui est soupçonné de commander le groupuscule d’extrême droite est un retraité de la police nationale, âgé de 65 ans, qui réside en Charente-Maritime, sur la côte atlantique. Ses complices présumés vivaient dans le département voisin de la Vienne, en Corse et en région parisienne.

Ces dix personnes étaient en train de mieux se structurer pour se procurer plus d’armes, ou même en fabriquer. Certains en possédaient déjà, elles ont été saisies lors des perquisitions à leurs domiciles. Selon des médias français, les terroristes présumés voulaient s’attaquer à des symboles de l’islam radical, des imams jugés proches des milieux islamistes et des détenus radicalisés lorsqu’ils sortiraient de prison. Mais ils auraient voulu également s’en prendre à des femmes musulmanes voilées, n’importe quand et n’importe où dans leur vie quotidienne.

Il y a là quelque chose de particulièrement dangereux, ce que nous appellerions la montée en puissance d’une extrême droite radicalisée.

Cette extrême droite est particulièrement raciste. Elle déverse sur le Net et sur les réseaux sociaux des flots d’insultes, d’injures et des menaces contre les immigrés, contre les réfugiés, les juifs ou les musulmans. Elle joue aussi sur les peurs irrationnelles de certains de nos compatriotes. Par exemple, elle manipule, instrumentalise, fait écho et diffuse la théorie conspirationniste du “grand remplacement”, selon laquelle il existerait un processus de substitution de population sur le territoire français métropolitain, dans lequel la population européenne serait remplacée par une population non européenne principalement musulmane, originaire en premier lieu d’Afrique noire et du Maghreb. Bref, elle se nourrit de/des discours sectaires à la mode dans un grand nombre de pays européens (Italie, Autriche, Pologne, Hongrie...) 

En ces temps particulièrement troublés et détestables ou les sirènes populistes et les nationalistes revanchards flattent l’ego et les plus bas instincts ; en ces temps difficiles ou des misérables appuient, encouragent, promeuvent le sectarisme, l’exclusion, la dénonciation, la recherche de boucs émissaires, la détestation des étrangers et des minorités et/ou des réfugiés, il importe de rappeler les valeurs qui fondent nos démocraties:

1) La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne interdit toute discrimination fondée “sur […] la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales”. Les chapitres consacrés aux libertés et à la solidarité établissent le droit à l’éducation et le droit d’accéder à la prévention en matière de santé et de bénéficier de soins médicaux. La Charte garantit également le respect de la diversité culturelle, religieuse et linguistique.

2) Il convient également de rappeler l’Article 9 – “Liberté de pensée, de conscience et de religion de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentale” telle qu’amendée par les Protocoles n° 11 et n° 14 (Rome, 4.XI.1950), qui dit que:

-Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

-La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

 

3) Le 24 juin 2013, le Conseil a adopté les orientations de l’UE relatives à la promotion et à la protection de la liberté de religion ou de conviction. Les orientations édictent que :

-Le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction plus communément désigné par l’expression “droit à la liberté de religion ou de conviction”, est un droit fondamental de chaque être humain. S’agissant d’un droit de l’homme universel, la liberté de religion ou de conviction est un gage de diversité. Son libre exercice contribue directement à la démocratie, au développement, à l’État de droit, à la paix et à la stabilité. Les violations de la liberté de religion ou de conviction peuvent exacerber l’intolérance et constituent souvent des signes avant-coureurs de violences ou de conflits potentiels.

-Toute personne a le droit de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement, sans crainte de faire l’objet d’intimidations, de discriminations de violences ou d’attaques. Les personnes qui abandonnent leur religion ou conviction, ou en changent, ainsi que les personnes ayant des convictions non théistes ou athées, devraient être également protégées, de même que les personnes qui ne professent aucune religion ou conviction.

Rappeler nos valeurs fondamentales, c’est lutter contre les sectaires et les racistes qui veulent opposer les uns aux autres. Ce faisant, c’est aussi défendre l’honneur de nos démocraties.

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