ALGÉRIE
05/07/2019 18h:29 CET | Actualisé 05/07/2019 18h:31 CET

Lors de ce 5 juillet, les Algériens ont marché pour "une seconde" indépendance

- via Getty Images

Les Algériens ont célébré aujourd’hui, vendredi 05 juillet, le 57e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie. Cette année, pas de festivités officielles. Pas de portrait géant de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika. Encore des cordons de forces de l’ordre, des personnalités politique et des ministres en garde à vous face à ce portrait. Cette année, les Algériens ont marché, par millions, pour exiger une seconde indépendance, de ce système, de ce pouvoir, de “Gaid Salah” et de tout “Etat militaire”.

La capitale a été le théâtre d’une marche grandiose. Là où des voitures vintages, des cavaliers et des troupes folkloriques se paradaient l’année dernière, des centaines de milliers marchaient cette année pour répondre à Abdelkader Bensalah et son (énième) appel au dialogue, à Gaid Salah et ses instructions. “Pas d’élections, ni de dialogue avec la bande”, “Libérez Bouragaa”, “Nous voulons un état civil, ni militaire ni policier”. Les manifestants campent sur leur position. “Eux, ils n’ont pas honte. Nous, nous nous arrêterons pas”. 

Les Algériens étaient clairement plus nombreux que les précédentes semaines à la capitale. Ils ont répondu favorablement aux appels massifs à se mobiliser en cette date à la fois symbolique et historique. Ils étaient suffisamment nombreux, durant la matinée, pour obliger les forces de l’ordre à libérer la rue Abdelkrim Khettabi aux protestataires confinés sur les trottoirs.

A une dizaines de mètres plus loin, quelques quart-d’heure plus tard, la Grande-Poste était devenue noire de monde. Durant la prière du vendredi, ils étaient, cette fois-ci, des centaines à attendre, à l’ombre, le coup d’envoi de cette marche que beaucoup souhaitent (re)mobilisatrice. 

Pourtant, un dispositif policier encore plus important encerclait la capitale. Des fourgons, des camions anti-émeutes et des 4X4 longeaient les principales artères du centre. Les rues Didouche Mourad, Pasteur, Hassiba ainsi que les boulevards Mohamed V ou encore Amirouche. Les éléments des forces anti-émeutes étaient également plus nombreux, procédant, comme à leur habitude, à des fouilles minutieuses des sacs à dos lorsqu’ils n’interpellaient pas des manifestants.

Liberté aux détenus, liberté à Bouregaa

A Alger, lors de ce 5 juillet, les Algériens ont exigé une autre indépendance. “05 juillet 1962: on a libéré la terre. 05 juillet 2019: on a libéré les Algériens”, lit-on sur une pancarte. Plusieurs manifestants ont été placés sous mandat de dépôt ces trois dernières semaines pour avoir porté le drapeau berbère. Ils sont accusé d’avoir “porté atteinte à l’unité nationale”.

Ce 20e vendredi intervient également quelques jours après la mise sous mandat de dépôt du moudjahid Lakhdar Bouregaa, l’un des symboles de la Révolution, pour “atteinte au moral de l’armée”.

Durant la matinée, à la rue Abdelkrim Khettabi, les manifestants scandaient sans cesse “libérez l’Algérie” et “Libérez Bouregaa”. Les mêmes slogans ont été repris en choeur par les autres protestataires durant l’après-midi. Ils entonnaient également, de la rue Didouche à la rue Hassiba, en passant par la Grande-Poste, la rue des frères Asselah et le boulevard Amirouche, “Djazair Hour’ra Democratiya” ou encore, “Ya Amirouche, Si El Haouès, moudjahdine rahoum fl’ahbess”. 

 Lors de cette marche, les manifestants n’ont pas omis de rejeter, une autre fois et de toutes leurs forces, un “Etat militaire”. A la rue Didouche, la prière du vendredi à peine achevée qu’ils se sont mis à scander, en choeur des slogans hostiles au vice-ministre de la Défense, dont une supposée conversation, “méprisante à l’égard du hirak”, aurait fuité à travers un enregistrement non authentifié.

De quoi pousser les protestataires à scander leur envie d’indépendance de ce pouvoir. “Chaab, yourid, el Istiklal”, entendait-on, tout en apercevant des drapeaux “autre que l’emblème national”, comme pour réaffirmer son identité, ses principes ou tout simplement défier une injustice. 

 “Pas de dialogue avec le gang”

Des emprisonnements que le chef de l’Etat par intérim, Abdelakder Bensalah, n’a pas évoqué dans son dernier discours, diffusé mercredi à 20H. Il a appelé, une autre fois, au dialogue, en présentant une nouvelle offre, qui ne garantit aucune liberté aux manifestants, sommés plutôt de “ne pas exercer leurs droits constitutionnels à d’autres fins”.

En réponse à ce discours, les Algériens ont exigé la libération des “détenus d’opinion”. “Je ne sais pas où Abdelkader Bensalah se trouve, ni même comment il est informé à propos de ce qui se passe. Mais s’il croit que les Algériens vont accepter de négocier avec lui tandis que leurs compatriotes sont emprisonnés pour des délits inexistants, il se met un doigt dans le nez”, ironise Yasser, jeune manifestant. Une attitude “culottée” selon des manifestants. A Hassiba, ils promettaient de ne pas s’arrêter, face à cette “insolence”. 

Quant au dialogue auquel invite Abdelkader Bensalah, “afin de tenir, dans les plus brefs délais, des élections présidentielles”, les manifestants ont répliqué par un “niet” tranchant. “Pas de négociation ni d’élections avec le gang”, scandait-on. 

Les Algériens étaient des millions à travers le pays à sortir ce 05 juillet, marquant le 20e vendredi du mouvement populaire. Une date symbolique durant laquelle ils ont exprimé leur détermination à “en finir” avec ce pouvoir.