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09/05/2018 11h:22 CET | Actualisé 09/05/2018 11h:22 CET

Lorraine Adams raconte Aziz Arkoun, l'Algérien immigrant de Boston

Lorraine Adams/Twitter
Lorraine Adams au Pakistan.

What’s harder to explain is how Adams is able to draw us so convincingly into the lived reality of her ensemble cast, a skill that derives less from the craft of journalism than from the art of fiction. These characters are the product of a virtuoso act of the imagination, one that reminds us of fiction’s deepest ambition ― to understand the other. (Neil Gordon NY times)

“Ce qui est plus difficile à expliquer, c’est comment Adams a eu cette capacité de nous « placer », d’une manière convaincante, dans la réalité vécue par son ensemble d’acteurs. Il s’agit d’un talent qui émane beaucoup plus de l’art de la fiction que d’œuvre de journalisme. Ces personnages sont le produit d’un acte prodigieux d’imagination, acte qui nous rappelle que l’ambition la plus profonde de la fiction …. C’est celle de « pouvoir » comprendre l’autre.”

Les mots qui précèdent étaient une sorte d’Ex Libris, exprimés par un critique littéraire du grand journal des Etats Unis (New York Times), comme un cul-de-lampe capable de nous renseigner sur la Virtuose Lorraine Adams et son livre : Harbor .

Harbor : le port ou le havre -comme vous voulez- le port de Boston exactement, son Algérien fugitif, ses eaux glacées et son hiver glacial de 2000. Harbor est le roman de Lorraine qu’on risque de voir encore se hisser sur la tribune, dans une autre réédition.

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Lorraine Adams, romancière et journaliste, lauréate du prix Pulitzer (1992).

Pour rappel, l’œuvre prisée de Lorraine Adams  est sortie pour la première fois en août 2004. C’était d’ailleurs  son premier livre en tant que reporter, le livre qui, au delà du «Journalism limitations», allait la reconvertir dans une splendide narration, en une romancière remarquable .

L’expérience était bellement réussie, tout d’abord, par des coups d’éclats auprès d’un lectorat ayant été toujours ameuté par la question du terrorisme.

Mais dans l’intello stellaire de la critique, c’était du «Nec Plus Ultra» précisément chez la communauté médiatico-littéraire, là où un déluge de congratulations fusa en direction d’une Lorraine ayant exploré par une touche d’altruisme, un monde d’immigrants illégaux algériens.

“Captivant... Finement préparé et magnifiquement composé... Un geste remarquable d’empathie artistique”, écrivait The New York Times Book Review. “Eclatant ... impressionnant... Adams étire les personnages avec compassion et humour”, mentionnait The Washington Post Book World. “Razor-sharp, c’est-à-dire avec précision... Une entrée éclatante et palpitante dans l’histoire d’un immigrant, histoire qui est à la fois un suspense, une analyse sociale mêlée parfois à un humour noir… Formidable”, titrait The Miami Herald. “Un premier grand roman audacieux... Exceptionnel”, soulignait The Entertainment Weekly.

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Harbor (Le Port), un livre de Lorraine Adams.

La trame

Adams, lauréate du prix Joseph Pulitzer, ayant exercé comme reporter au Washington Post, avait pu effectuer une grande série de lectures publiques dans plusieurs maisons de livres des Etats-Unis depuis la parution de son livre Harbor en 2004.

Le personnage principal de l’histoire est Aziz Arkoun, un Algérien de la ville d’Arzew près d’Oran. Voulant fuir ce qu’il dénomma guerre civile, il sauta dans un méthanier, se cacha dans les cales et arriva dans la baie de Boston, un certain hiver de l’année 2000.

Il s’agissait d’un essai interprétant d’une manière stylisée les plus fines empathies de l’auteur.

Lorraine,  qui n’a jamais pensé publier ses notes, avait commencé à s’intéresser aux immigrants illégaux algériens de Boston, à leur culture et aventures lorsque le Washington Post lui proposa de couvrir l’affaire des terroristes impliqués dans la tentative d’attentat contre l’aéroport de Los Angeles, parmi eux Ahmed Ressam, un Algérien de Bousmail.

Son expérience avec son journal était frustrante, elle qui avait voulu aller au fond de la genèse. Lorraine découvre ce qu’elle appelle les limites du journalisme (the limitations of journalism).

Et, Aziz la fait transporter vers le drame algérien, tout d’abord, dans les massacres et la tragédie des 135 000 âmes, le vécu d’un peuple auquel appartient Aziz, un vécu qui s’est trouvé tout le long des multiples phases de souffrances, enterré dans les arrière-pages des journaux américains.

La journaliste en prît conscience. Elle alla avec droiture, correctement, comme on dit, marquant des fois, sa touche humaniste de journaliste spontanée et cordiale. Elle suivît Aziz depuis que la police algérienne l’avait massacré à cause d’une première tentative d’évasion du pays.

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Un méthanier au port de Boston, Massachusetts

Elle suit Aziz puis son groupe d’immigrants Illégaux de Boston et de New York, ne s’alarme pas en découvrant un peu, leur coté de petits bandits qui volent les cartes de crédits et qui falsifient les cartes d’assurance sociale. 

Aziz représente pour elle le sincère et le vrai, comme si elle voulait expliquer à une Amérique des doutes et des faux clichés, cette petite humanité qui n’a rien à voir avec le terrorisme mais elle éprouve juste de la difficulté à s’adapter.

Après les attentats du 11 septembre, les réalités s’envenimèrent, les stéréotypes réapparurent et les Algériens se trouvèrent tous pris dans l’étau de la surveillance et les errements du FBI.

Le poncif ou le banal américain (banal or commonplace) sur le terrorisme, se figea dans la qualification de juger dans le tas. Pour un pays qui, avec l’aide des Saoudiens et des Pakistanais, avait ouvert le premier laboratoire du terrorisme, c’était devenu carrément du “pyromaniac Fireman”.

Les plus vulnérables du post-11 septembre, étaient justement ces immigrants illégaux. Lorraine en avait de la sympathie, elle fît tout un détour afin d’apporter au lecteur américain une réalité vivace dans les quartiers cachés de Boston et de New York.

Elle réussît à attirer le lectorat, lorsqu’elle fît la connaissance de ce Aziz, 24 ans, fit la connaissance d’un jeune de 24 ans qui passa 52 terribles jours à l’intérieur d’un tanker, jusqu’à son arrivée à la baie de l’Etat des Massachussetts.

Les faits percutants du conte firent retourner les regards de la bourse de la lecture et ses sémantiques vers une multitude d’expressions narratives, merveilleusement résumées dans le dessin sombre du port congelé de Boston.

En somme, Aziz frôla la mort, sauta dans l’eau glacée et nagea jusqu’à la rive. Affamé, perdu et désemparé, Aziz trouva par la suite d’autres jeunes originaires de sa ville. C’est encore le récit de la relation conflictuelle de ce groupe qui vit la difficulté de la vie clandestine.

The room and the chair, l'autre roman de Lorraine Adams.
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