TUNISIE
14/06/2018 13h:16 CET | Actualisé 14/06/2018 14h:24 CET

L’orchestre symphonique tunisien dans la tourmente. Interview avec son chef démissionnaire

Pour Hafedh Makni, le ministère des Affaires culturelles "fait tout sauf de la culture"

Facebook/ Amis de lOrchestre Symphonique Tunisien 2012-2018

Face à un milieu musical classique incapable de diversifier son public, l’orchestre symphonique tunisien (OST) a su gagner le coeur des Tunisiens avec ses performances et ses innovations sous le règne de Hafedh Makni, le chef d’orchestre, loué pour sa persévérance et sa recherche continue des profils capables d’apporter un plus à l’évolution de l’OST. 

Annonçant sa future démission ainsi que la suspension du projet de coopération de l’orchestre symphonique tunisien avec la compagnie italienne, Luglio Trapanese, HuffPost Tunisie est allé à la rencontre de Hafedh Makni pour comprendre sa décision et éclaircir certains points concernant les accusations de “sabotage” du ministère des Affaires culturelles du projet, au profit de l’Orchestre de l’Opéra. (Interview)

HuffPost Tunisie :  Quand est-ce que l’idée de démissionner de l’OST vous est venue?

Hafedh Makni: L’idée de démissionner a été le résultat direct du détournement du projet Aïda au profit du pseudo-orchestre d’opéra de Tunis. Mais je voyais cette décision venir depuis que le ministre a décidé d’installer l’orchestre dans ce trou à crabes qui est la Cité de la Culture, c’est-à-dire depuis le mois de Mars.

Comment justifiez-vous votre décision de démissionner de vos fonctions ?

Plusieurs autres raisons m’ont poussées à démissionner, certaines d’ordre artistique: plusieurs projets n’arrivent pas à voir le jour ou sont sabotés par le ministère dont le plus important est une tournée de 20 concerts en Chine en février dernier avec une rente en devises pour le pays (640 mille dollars) sans compter l’impact médiatique et touristique pour la Tunisie.

Il y a eu également une tournée en Tunisie avec Marcel Khalife. A défaut de budget, Marcel s’est déplacé avec son orchestre (qu’est ce qui coûte plus cher?des billets d’avion, hôtels et cachets ou un cachet pour un orchestre tunisien?), et j’en passe.

Et d’autres étaient d’ordre financier, aucun versement de cachets des musiciens n’a été fait depuis le mois d’août, façon de fragiliser les musiciens pour les détourner par la suite et vider ainsi l’orchestre de ses éléments.

Qu’est ce qui vous fera changer d’avis par rapport à cette décision?

C’est vrai que je suis parti du ministère de la Culture, je ne vais pas parler de démission puisque le Ministre a anticipé mon départ de 10 jours en mettant fin à ma mission, mais je continue toujours à faire de la musique, à monter sur scène et à encourager davantage les jeunes compétences musicales.

Après la démission quels sont vos futurs projets?

Enfin, après six années passées à l’OST, je vais commencer par prendre des vacances en famille, puis je bâtirai des projets au tour du chœur que nous avons fondé cette année sans aucun soutien du ministère.

Selon vous, comment votre décision peut-elle impacter l’orchestre symphonique tunisien?

L’OST est une grande institution, j’espère que mon départ provoqué par toutes les difficultés citées plus haut et bien d’autres (pour lesquelles je n’ai pas de preuves concrètes) n’affectera pas la survie de cet orchestre.

Avez vous une idée sur le sort de l’orchestre symphonique sans vous ?

Nul n’est indispensable et bonne chance pour mon successeur.

Concrètement est-ce-que la démission est l’unique solution à ce problème?

C’est plutôt la meilleure solution, mon prédécesseur monsieur Ahmed Achour y a mis sa santé pour préserver cette institution. Pour ma part, j’espère avoir contribué à son évolution malgré toutes les difficultés.

Comment les choses se sont enchaînées pour arriver à ce blocage?

Réellement, je n’en sais rien, j’ai enchaîné durant cette saison 27 concerts à Tunis et à travers le pays, j’espère que le public a apprécié nos prestations.

Aujourd’hui, je me retrouve dans cette situation. Je ne peux dire qu’une chose : MERCI à mes collègues musiciens qui on milité avec moi pour un avenir meilleur.

Nous n’avons pas atteint notre objectif aujourd’hui. Nos enfants le feront certainement. Ce jour là, beaucoup seront aux oubliettes.

Que reprochez-vous aujourd’hui au ministère des Affaires culturelles ?

Juste une petite chose, il fait tout sauf la culture

Est-ce que le ministère vous a contacté après vos déclarations?

Oui, on m’a contacté pour m’informer de la fin de ma mission. Je n’ai pas reçu le document donc je ne peux vous en donner la cause.

Dans votre partenariat avec les Italiens, quel est le rôle du ministère ?

Son rôle consiste à détourner le projet Aïda au profit de l’Orchestre de l’Opéra de Tunis puisque c’est lui qui paie.

Est-ce que le détournement du travail de l’orchestre symphonique tunisien est légal selon vous?

Tout est possible malheureusement en Tunisie.

Est ce que votre partenaire compte travailler avec l’Opéra de Tunis?

Ils ont déjà entamé les répétitions, je leur souhaite beaucoup de succès.

Le projet de coopération entre l’orchestre symphonique tunisien et la compagnie italienne, Luglio Trapanese, consistait à présenter des concerts de l’opéra Aida dans les théâtres antiques en Tunisie et en Italie.

Notons que l’avant-première de l’opéra Aidas sera présentée au festival de Carthage le 5 juillet 2018 et par la suite à l’amphithéâtre romain d’El Jem.

 

 

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