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04/10/2018 12h:54 CET | Actualisé 04/10/2018 12h:54 CET

L’ONU devrait enfin reconnaître la responsabilité de l’Algérie dans le conflit du Sahara

"Il semble que le Maroc soit déterminé à rester ferme à rejeter les pourparlers directs avec le Polisario"

ABDELHAK SENNA via Getty Images

INTERNATIONAL - Les médias pro-Polisario et algériens ont exprimé leur enthousiasme suite aux invitations que Horst Köhler, Envoyé personnel du Secrétaire général au Sahara occidental, a adressées aux parties du conflit du Sahara. Par exemple, le service d’information officiel du Polisario, Sahara Press Service, s’est empressé de souligner que Kohler avait envoyé une invitation au Maroc et au Polisario.

L’information n’a fait aucune mention de l’Algérie, principal soutien du Polisario. Les omissions contenues dans le communiqué de presse visaient simplement à induire les lecteurs en erreur et à faire comprendre que les dirigeants du Polisario étaient sur le point de réaliser une avancée décisive en participant à des pourparlers directs avec le Maroc. Cependant, la réalité est différente de ce que les médias pro-Polisario tentent de colporter.

Premièrement, le rapport a omis de mentionner que l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU a invité le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie à participer conjointement à la prochaine réunion qui se tiendra à Genève. L’Algérie a déjà participé en tant qu’observateur à des réunions sur la question du Sahara. Or jusqu’à présent, et après les appels répétés du Maroc à l’ONU pour inclure l’Algérie pleinement dans les pourparlers, nous ne savons pas encore à quel titre l’Algérie participera à ces pourparlers.

Deuxièmement, la réunion convoquée par Köhler ne constituera ni le point de départ des négociations directes entre le Maroc et le Polisario, ni traitera des questions de fond. La réunion se tiendra plutôt sous forme d’une table ronde réunissant aussi l’Algérie et la Mauritanie. L’Envoyé personnel cherchera à permettre aux parties de définir le cadre dans lequel se dérouleront les futures négociations directes. C’est ce que Köhler avait confirmé lors de son exposé au Conseil de sécurité le 8 août dernier.

Quel que soit le format de la table ronde, la tenue ou non de pourparlers directs dans les mois à venir dépendra de la volonté de l’ONU de répondre à la demande principale du Maroc: reconnaître l’Algérie comme une partie prenante du conflit et non pas seulement comme observateur.

Sans le soutien de l’Algérie aux séparatistes, le conflit n’aurait pas duré plus de quatre décennies.

Au cours des dernières années, le Maroc a souligné à plusieurs reprises qu’aucune avancée politique ne pourrait être réalisée tant que l’Algérie n’est pas considérée comme une partie prenante du conflit. Le roi Mohammed VI l’a confirmé dans ses récents discours que ce soit à l’occasion de la fête de la Marche Verte ou de la fête du Trône. La même position a été réitérée à maintes reprises aussi bien par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita que par le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale.

L’ONU est consciente de la position on ne peut plus claire du Maroc. Elle sait également que l’Algérie soutient le Polisario sur les plans financier, politique, militaire et diplomatique. Sans le soutien de l’Algérie aux séparatistes, le conflit n’aurait pas duré plus de quatre décennies.

L’ONU est également consciente du fait que l’Algérie falsifie le nombre réel des Sahraouis du camp de Tindouf et est impliquée dans le détournement de l’aide humanitaire dédiée aux camps. Si l’Algérie n’est pas une partie prenante du conflit, pourquoi refuse-t-elle constamment au HCR de procéder à un recensement dans les camps de Tindouf?

Le Maroc devrait s’en tenir à sa position ferme selon laquelle les négociations directes doivent inclure l’Algérie. Tant que l’ONU continuera à adopter la même approche, il serait tout simplement illusoire de penser que le processus politique que Köhler tente de relancer produira le résultat escompté.

Par ailleurs, les accusations de Rabat à l’encontre du Polisario à cause de sa collusion avec le Hezbollah et l’Iran, avec la bénédiction de l’Algérie, visant à miner la stabilité du Maroc, rendent improbable toute hypothèse que ce dernier engage des négociations directes avec le Polisario. Cette collusion présumée était la principale raison pour laquelle le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Pour le moment, rien n’indique que le Maroc est prêt à se mettre dans cette position susceptible de nuire à sa crédibilité.

Ces accusations sapent la crédibilité du Polisario et lui enlèvent toute légitimité pour participer aux pourparlers destinés à statuer sur le statut final du conflit du Sahara. Si le Maroc acceptait la demande de l’ONU de négocier directement avec le Polisario, il montrerait qu’il n’a pas été sérieux dans ses accusations contre le Polisario. Une telle démarche impliquerait que les accusations du Maroc ne sont pas étayées pas des faits solides.

Pour le moment, rien n’indique que le Maroc est prêt à se mettre dans cette position susceptible de nuire à sa crédibilité. À la lumière des récents contacts du Maroc avec l’administration américaine et de sa récente mobilisation à Washington, il semble que le Maroc soit déterminé à rester ferme à rejeter les pourparlers directs avec le Polisario et à rejeter toute proposition qui ne se baserait pas sur sa proposition d’autonomie.

Ceci étant dit, il y a fort à parier que le Maroc répondra probablement à l’invitation de l’ONU. Une telle décision visera à montrer sa volonté de respecter la résolution 2414 du Conseil de sécurité et de coopérer avec l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. La participation marocaine ne sera, toutefois, pas au plus haut niveau. Le Maroc, qui sera probablement représenté par un conseiller du ministère des Affaires étrangères, saisira cette occasion pour réaffirmer sa ferme position sur la nécessité d’impliquer l’Algérie.

En acquiesçant à la demande de Köhler et en montrant sa volonté de coopérer avec lui, le Maroc cherchera à gagner du temps jusqu’en avril prochain pour convaincre les membres influents du Conseil de sécurité, en particulier les États-Unis, de la nécessité de faire participer l’Algérie aux futures négociations.

Quelle que soit l’issue des pourparlers qui se tiendront à Genève en décembre, la balle est dans le camps des Nations unies, qui devrait être guidée par un esprit de réalisme et de pragmatisme pour insuffler un nouveau souffle au processus politique en panne depuis une décennie et mettre fin au conflit. Sans une volonté réelle de l’ONU de s’adapter aux réalités d’aujourd’hui et laisser de côté les approches du passé, qui ont fini en queue de poisson, elle échouera à nouveau dans son processus politique.