MAROC
12/02/2019 18h:10 CET

L'OMDH appelle à la libération des manifestants détenus dans toutes les villes

L'association propose également un débat sur les libertés publiques.

Associated Press

RECOMMANDATION - Logique de cause à effet. L’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) estime que la stabilité et la paix sociale ne seront réellement acquises au Maroc que si les détenus du Hirak sont libérés. “C’est une condition sine qua non! Les manifestants du Hirak social à Al Hoceima, Zagora, Jerada et dans d’autres villes au cours de ces deux dernières années doivent être libérés parce que le Maroc a besoin, aujourd’hui, d’être uni et unifié”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’OMDH, Boubkeur Largou. 

Dans un communiqué publié ce mardi, à l’issue de la tenue de son conseil national samedi dernier, l’OMDH explique que le Maroc est appelé à déployer actuellement sa politique des droits de l’homme à travers les mécanismes, les lois et les institutions dont il dispose. L’organisation, qui se réjouit de la récente nomination de son ancienne présidente, Amina Bouâyach, à la tête du CNDH et de son ancien vice-président, Ahmed Chaouki Benyoub, comme nouveau délégué interministériel aux droits de l’Homme, pense que le terrain doit être propice pour permettre à ces mécanismes d’accomplir sa mission dans les meilleures conditions.

“Ces mécanismes doivent pouvoir travailler sans traîner de fardeau derrière eux. Ils doivent bénéficier d’une atmosphère apaisée”, soutient Boubkeur Largou. Et cette quête d’apaisement passe par l’écoute et la prévention de la colère sociale. L’OMDH fait surtout référence, dans son communiqué, aux chantiers qui tardent à avancer à Al Hoceïma et Jerada appelant à leur accélération. “Les citoyens protestent contre la lenteur des projets. Il s’agit d’engagement qui doivent être tenus”, assure-t-il. C’est un pacte de confiance que met en relief Largou, précisant que “la manifestation doit être entendue pour que les citoyens aient confiance en leur pays et en le dialogue”.        

Rétablir cette confiance passe aussi par le dialogue social. “Depuis 5 ou 6 ans, aucune augmentation des salaires n’a fait suite à l’inflation des prix des produits de consommation. Le dialogue social doit aller de l’avant avec une dimension plus large”, plaide le président de l’OMDH, estimant qu’au-delà du salarié, tout citoyen a droit à une protection sociale. “C’est essentiel pour la stabilité sociale”, ajoute-t-il.

L’organisation se penche, par ailleurs, dans son communiqué, sur le respect des libertés publiques appelant ”à les garantir”, mais aussi à traiter les associations “sans discrimination envers leurs situations légales et réglementaires. Pour l’association, seule la justice devrait être habilitée à se saisir des affaires liées aux associations, rassemblements et manifestations. Et de souligner que la législation régissant ces derniers doit être réactualisée en adéquation avec les principes de la constitution et les conventions internationales. 

L’OMDH propose ainsi d’organiser des ateliers de réflexion et de débat sur les différents sujets liés notamment aux libertés publiques. “Nous avons eu, récemment, le verdict de la dissolution de l’association Racines et la décision de fermeture des locaux d’Al Adl Wa Al Ihssan et cela nous impose de débattre de la question de la liberté et de la loi dans le cadre d’un atelier. C’est un volet qui me semble des plus importants”, pense Largou. Et pour cause, le contexte le dicte: “Nous sommes sur le point d’actualiser la législation pour la constitution d’associations et la liberté de rassemblement. Alors, il faudra penser aux garde-fous pour ne pas commettre d’erreur”, prévient le président de l’OMDH. 

Un débat qui semble tenir à cœur cette association. “Le Maroc doit avoir une vision claire des devoirs et droits de chacun: les citoyens et la société, d’un côté, et le gouvernement et l’Etat, d’un autre. Il ne faut pas que l’on soit face à des faits pour nous poser toujours la question: pour ou contre?”, conclut Boubkeur Largou.