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23/03/2018 13h:44 CET | Actualisé 23/03/2018 13h:44 CET

L'olivier et les imposteurs

Louafi Larbi / Reuters

“Nous sommes les oliviers de la Kabylie”. Djamel Ould Abbès, Hydra,le 19 mars 2018

Pleure, vieil olivier, debout et généreux et souviens-toi qu’une vieille garde fugace s’est mesurée, le jour de la victoire, à tes infinies grâces millénaires. Pleure et murmure aux étourneaux pèlerins, aux impécunieux du futur, à qui tu offriras, sans t’en vanter, tes fruits et ton ombre, qu’un jour sur la terre des braves a essaimé une graine du mal, plus perfide qu’une impétueuse maladie d’enfants. 

Pleure et raconte comment des piètres mortels, se sont inventés un passé, et comment au crépuscule de leur vie, ils ont hypothéqué l’avenir. Ni vieillesse ne semble vouloir, ni jeunesse ne semble pouvoir, puisque le pouvoir est entre les mains du passé et le vouloir manque terriblement aux jeunes du présent. 

Pourtant, l’olivier, tu pourrais leur dire que, du haut de tes montagnes, tu as vu naître tant de dieux, et, qu’accroché à tes pacages, tes racines rebelles ont vu paître des bergers cruels, et mourir les nuits les plus noires et les rois les plus sombres. 

Te souviens-tu de ces légions lointaines, venues de lointains pays, qui, se sont inclinées dès qu’elles nous virent marcher à tes côtés ? Te souviens-tu de ces hivers glacés, de ces champs de guerre, de ces pays de misère, où tes vieilles branches noueuses nous portèrent à des victoires impossibles ?

Dis-leur, oui, raconte, à ces graines nuisibles, et à tes enfants qui oublient, que malgré ton âge, tes souvenirs sont aussi clairs que ces sources profondes qui t’irriguent d’une vie infinie, et qui se mêlent depuis toujours à notre sang millénaire.

Rappelle-le-nous encore, pour que l’on s’y perde, que malgré sa grandeur Rome a mordu la poussière, que sa puissance n’est plus que ruine, que son César était venu, sans jamais vaincre, quand il a vu en nous la fierté des chênes et l’obstination des roseaux. 

Raconte, puisque tu étais témoin, les jours où malgré les pluies de feu larguées sur nos villages, nos espoirs d’indépendance n’ont jamais brûlé. Dis combien de fois, à ton tronc creux, des femmes courbées, disputant tes olives à des chèvres affamées, t’ont chanté, le pied nu et l’esprit craquelé, la misère des mioches et l’exil des hommes.

Toi l’olivier, tu peux être témoin de leur désir de vivre et des serments enflammés qu’ils prirent, sous ton ombre, de léguer aux petits une terre refuge, une paix et une liberté sans fin.

Chante, oui chante, et conjure les destins infâmes que nous tracent les vieux rois imposteurs. Chante donc des mélodies qui soignent, des berceuses qui apaisent, pour que nos enfants blessés qui nous soignent et les bébés malades d’ignorance, s’inspirent de ton souffle millénaire, au goût rêche du sang qui irrigue en nous des sources profondes de liberté.