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18/06/2019 18h:33 CET | Actualisé 18/06/2019 18h:33 CET

Loi électorale: Le parlement de la honte

Notre président sera-t-il choisi dans les urnes ou dans les bureaux exécutifs de Tahya Tounes et Ennahda?

Getty Editorial

Ils étaient si nombreux, il y a de cela quelques années, a réclamer que le parlement n’adopte pas la réconciliation nationale et la normalisation avec les anciens RCDistes. Ils leurs ont expliqués qu’on ne pouvait exclure des citoyens Tunisiens de leur droit de s’engager en politique, malgré leurs crimes passés.

Aujourd’hui, on nous explique qu’on peut non seulement exclure des citoyens  sans motif juridique et en plus, on peut éliminer ceux qui sont les plus populaires. 

Même parlement, différent visage

Elle avait l’air différente cet Assemblée, ce matin. Pleine. 90% de présence. Une première depuis...février 2018 et la réception d’Emmanuel Macron. Quand c’est pour exclure ses opposants, on prends le temps de se déplacer.

La journée commence par une Fatiha récité en hommage à l’ancien président islamiste égyptien décédé hier. Pas meilleur comme échauffement avant de bafouer la démocratie.

C’est quelques heures plus tard, que les députés commencent leur travail expéditif: sans le moindre débat, malgré les tentatives de Samia Abbou d’appeler à la discussion avant le vote, les amendements passent comme une lettre à la poste.

Et très vite les concernés sont identifiables. Fions nous au résumé effectué par Al Bawsala où deux amendements attirent l’attention:

 

  • Refus des candidatures et annulation des résultats des candidats ou des listes ayant exercé une activité interdite aux partis politique (Nabil Karoui, pour son activité humanitaire avec Khalil Tounes) ou une publicité politique (Olfa Terras, pour les publicités faisant la promotion de l’association 3ich Tounsi) durant l’année précédant le scrutin présidentiel et législatif. 

  • Refus des candidatures à l’élection présidentielle et législatives ayant un discours en contradiction avec le régime démocratique et les principes de la constitution ou un discours incitant à la violence, à la haine ou faisant la promotion des violation des droits de l’Homme. (Possibilité d’y inclure Abir Moussi ou Kais Said, étant donné que cet amendement peut être interprété de multiples façons). 

La loi électorale est adoptée dans son entièreté: 128 députés ont voté pour, 30 ont voté contre et 14 abstentions.

128 personnes ont suffit à faire taire la démocratie.

Déni de démocratie

Nabil Karoui et 3ich Tounsi sont les cibles déclarées pour ce scrutin! Dans 5 ans, il y en aura d’autres. Et si on ne peut pas les épingler sur la publicité politique ou l’activité associative, on peut toujours les accuser d’avoir “un discours en contradiction avec le régime démocratique”.

Les limites de la démocratie ont déjà été fixées par la constitution. Aujourd’hui, l’ISIE, instance indépendante non-élue pourra statuer sur l’éligibilité des candidats et interpréter comme bon lui semble les amendements pour exclure des candidats.

Ces risques sont réels et ne sont pas hypothétiques, on est face a un formatage du discours et des structures politiques qui profite exclusivement axu partis qui gouvernent, à savoir, Tahya Tounes et Ennahdha.

Ni stable, ni légitime 

Quelle légitimité pour les élections à venir, quand quelques mois auparavant, au moins 36% de l’électorat a été écarté? Dans le cas où 3ich Tounsi crédité de 6% et le Parti de Nabil Karoui crédité a 30% (selon le dernier sondage SIGMA de juin 2019) soient les seuls à être écartés.

La réduction de l’offre politique influe drastiquement sur la légitimité politique des élus et risque d’entrainer une forte abstention, et par la suite un désintérêt progressif. Quand les électeurs ne font pas confiance à un candidat, grâce à la démocratie, ils peuvent en choisir un autre. 

Mais quand ils ne font plus confiance au système, cela entraine une instabilité et un risque, bien trop important pour cette jeune révolution, d’une énième révolte. La colère populaire ne peut être contenue qu’un certain temps, elle finit toujours par éclater à un moment donné.

Si on refuse d’aller parler à la classe populaire, aux plus précaires de ce pays, et qu’on ne fait qu’interdire ceux pour qui elle compte voter, avec une telle arrogance, une telle aristocratie et un tel discours, se résumant à dire “nous savons mieux que vous où se trouvent vos intérêts”, il ne restera plus grand chose de ce système d’ici quelques mandats.

Notre président sera-t-il choisi dans les urnes ou dans les bureaux exécutifs de Tahya Tounes et Ennahda?

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