MAROC
10/09/2018 14h:45 CET | Actualisé 10/09/2018 14h:50 CET

Loi 103.13: Portant plainte pour harcèlement sexuel, cette casablancaise pourrait être la première Marocaine à en bénéficier

Parmi les harceleurs, trois humoristes marocains étaient présents

AFP Contributor via Getty Images

SOCIÉTÉ - Oumaima Requas a été victime de harcèlement sexuel. La jeune responsable administrative de 24 ans, face à une situation vécue quotidiennement par de nombreuses femmes au Maroc, a choisi de ne pas se taire et de porter plainte. À la faveur de l’entrée en vigueur ce mercredi 12 septembre de la loi 103.13 sur la violence faite aux femmes, elle pourrait bien devenir la première Marocaine à bénéficier des dispositions de cette loi adoptée en février dernier.

Tout commence le 7 septembre dernier. Vers 18h ce vendredi soir, la jeune femme s’apprête à rejoindre son mari et une amie au café Al Hilal, situé Avenue des FAR, à Casablanca. Mais en passant entre les tables, Oumaima se fait harceler verbalement par un groupe de sept hommes assis derrière son mari. Parmi eux, trois humoristes marocains sont présents. 

“Ils ont commencé à m’adresser des commentaires et des regards inappropriés. lls me jetaient des clins d’oeil... Je voulais d’abord ignorer la situation, mais même après avoir salué mon mari, ils ont continué à produire des onomatopées et des sons insultants. Ils pensaient sûrement que c’était juste mon copain”, raconte Oumaima au HuffPost Maroc, qui réagit d’abord à la situation en “crachant sur le sol près de leur table”.

Le mari, qui n’a pas immédiatement saisi ce qu’il se passait, est alors intervenu pour défendre sa femme. Les insultes ont surgi des deux côtés mais l’intervention de clients et serveurs du  café a empêché à l’altercation de dégénérer.

“Zouhair Z. a menacé mon mari en levant un verre à la main, Mehdi B. a enlevé sa veste et sa casquette pour montrer qu’il était prêt à se battre”, raconte Oumaima qui précise qu’ils n’en sont pas finalement pas venus aux mains.

À l’aide de journalistes présents dans le café, Oumaima a pu identifier trois des présumés harceleurs: Zouhair Z., Mehdi B., et Ali B., des humoristes relativement connus du public marocain.

Directement après l’incident, la jeune femme s’est dirigée vers le commissariat le plus proche pour déposer sa plainte. “Même si je ne les avais pas reconnus, j’aurais eu recours à la justice”, souligne-t-elle. 

Aujourd’hui, la Marocaine sort chaque jour pour travailler et contribuer au développement de son pays tout autant que l’homme. Pourquoi n’aurait-elle pas les mêmes droits que lui?

“Je me bats toujours pour que la femme marocaine puisse porter ce qu’elle veut, se rendre où elle veut tout en étant en sécurité. Aujourd’hui, la Marocaine sort chaque jour pour travailler et contribuer au développement de son pays tout autant que l’homme. Pourquoi n’aurait-elle pas les mêmes droits que lui?”, s’indigne-t-elle.

Oumaima et son mari ont revu les trois humoristes le lendemain chez l’huissier de justice. Ces derniers ont essayé de convaincre la femme de retirer sa plainte, mais Oumaima est déterminée à les poursuivre en justice.

“Zouhair a avoué qu’il a menacé mon mari avec un verre, et chacun essayait de faire porter le chapeau à l’autre, ils se contredisaient en apportant leurs versions de l’histoire... De toute façon, les caméras ont filmé toute la scène et c’est la justice qui dira son dernier mot”, tranche la jeune femme confiante.

Oumaima attend aujourd’hui sa convocation pour paraitre devant la Cour. Elle serait ainsi la première femme pour laquelle a loi 103.13 relative à la lutte contre la violence faite aux femmes s’appliquerait. 

Adopté en février dernier, la loi impose des sanctions sévères aux harceleurs, notamment un à six mois d’emprisonnement et une amende de 2.000 à 10.000 dirhams. La loi s’applique non seulement au harcèlement de rue mais aussi aux propos à caractère sexuel tenus ou envoyés par SMS, messages vocaux, ou encore à travers des photos.

“Je ne ressens aucun sentiment de fierté d’être la première pour laquelle la loi sera appliquée, c’est plutôt un sentiment de tristesse envers mon pays. Par mon geste, je veux encourager les femmes qui subissent chaque jour ces agressions, à faire valoir leurs droits et à déposer des plaintes”, explique Oumaima  Requas, qui précise avoir participé aux manifestations pour l’adoption du projet de loi 103.13.