MAROC
10/09/2018 20h:02 CET

Loi 103-13: Un sondage révèle la défaillance de la relation parlementaire-citoyen

62% des sondés estiment que les parlementaires étaient “peu ou pas du tout réceptifs aux questions des violences faites aux femmes”.

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SOCIÉTÉ - Alors que la loi 103-13 relative à la lutte contre la violence envers les femmes entrera en vigueur ce mercredi 12 septembre, l’organisation internationale à but non lucratif Mobilising for Rights Associates (MRA) publie ce lundi un sondage initial qui révèle les difficultés rencontrées par les associations et activistes qui essayaient de faire adopter la loi en soumettant leur plaidoyers auprès des parlementaires. 

Dès l’adoption de la loi en février dernier, MRA a démarré un travail d’évaluation  pour “clôturer le cercle de plaidoyers” et “instaurer une culture de responsabilité” au sein du gouvernement et de ses deux chambres, d’après la co-fondatrice de MRA, Saida Kouzzi.

“Nous avons voulu tirer le maximum de leçons du processus d’adoption de cette loi et connaître les véritables responsables derrière cette loi qui n’est pas à la hauteur des efforts qui ont été fournis, afin de se préparer aux futurs amendements et plaidoyers dont nous aurons certainement besoin”, explique au HuffPost Maroc Saida Kouzzi pour qui la loi 103-13 reste “insuffisante”.

Quand les chiffres parlent

Au total, 19 ONG et activistes ont participé au sondage mis en ligne du 4 au 30 juin sur le site et la page Facebook de MRA et envoyé par email à une liste de 399 acteurs. Cependant, seules les associations ayant organisé des activités de plaidoyers directs adressés aux parlementaires étaient invitées à répondre au sondage, comme le souligne Kouzzi. 

Les chiffres révèlent que la plupart des ONG et activistes individuels n’ont été satisfaits ni de la disponibilité des parlementaires pour écouter leurs plaidoyers, ni de leur engagement envers la cause, ni du suivi du projet par les parlementaires.

Plus de 83% des répondants ont estimé qu’il était “peu ou pas du tout facile d’obtenir les coordonnées des parlementaires afin de prendre le contact avec eux”. Parmi eux, 67% pensent que les parlementaires étaient “peu ou pas du tout disponibles” et 62% pensent qu’il étaient “peu ou pas du tout réceptifs aux questions des violences faites aux femmes”.

62% également des répondants ont jugé qu’il était “peu ou pas du tout facile d’obtenir des informations sur le calendrier de l’examen et du vote du projet de loi afin de le suivre et d’intervenir en temps convenu”, alors que la moitié des répondants affirment ne pas avoir reçu de réponse des parlementaires après les avoir contactés

AFP Contributor via Getty Images
Manifestations à Casablanca dénonçant le harcèlement sexuel, en août 2017.

Pour Saida Kouzzi, les résultats sont clairs et prouvent la “grande défaillance” dans la relation entre le parlementaire et le citoyen, représenté dans cette situation par la société civile à travers les ONG et les activistes.

Cette défaillance serait l’une des raisons à même d’éclairer “l’insuffisance de la loi 103-13”, plaide la co-fondatrice. “Ce n’est pas par manque de propositions que la loi est aussi vide et ne couvre pas les besoins de toutes les femmes, n’est pas assez spécifique et ne protège finalement pas la femme en cas de harcèlement ou de violence. La nouvelle loi n’a fait que renforcer les sanctions qui étaient déjà établies”, regrette Kouzzi.

L’organisation MRA déclenchera dès mercredi un programme de monitoring concernant la loi 103-13 dans plusieurs villes et villages du royaume, et qui bénéficiera à différentes associations locales.

“Nous voulons voir comment la loi va être appliquée sur le terrain, pour détecter ses lacunes et en sortir avec des recommandations pour les prochains plaidoyers”, espère Saida Kouzzi.