ALGÉRIE
19/12/2018 12h:22 CET

L'oeil sur la Chine, Berlin renforce son contrôle des investissements étrangers

Berlin et d’autres capitales européennes se sont inquiétées ces dernières années des visées de groupes chinois dans des aéroports, des ports ou des firmes technologiques européennes

Associated Press

Le gouvernement allemand doit durcir mercredi son contrôle sur les investissements non européens dans les secteurs stratégiques, au moment où la Chine dévoile un appétit croissant pour les fleurons de la première économie d’Europe.

Examiné en conseil des ministres, ce projet de décret doit permettre de ramener autour de 10% du capital, contre 25% actuellement, le seuil permettant à Berlin de bloquer des acquisitions étrangères dans certaines entreprises. 

Le projet, délicat dans une Allemagne elle-même tournée vers l’export et qui ne manque pas d’investir à l’étranger, sera détaillé mercredi à la mi-journée par le ministre de l’Économie, Peter Altmaier (CDU).

Le ministère, s’abstenant de citer un pays en particulier, dit vouloir vérifier “avec plus de prudence les investissements dans des entreprises liées à la défense, les infrastructures critiques ou certaines autres technologies liées à la sécurité civile, telles que la sécurité informatique”, dès lors que les “intérêts légitimes de l’Allemagne en matière de sécurité sont affectés”, selon un porte-parole interrogé par l’AFP.

Une fois adopté puis promulgué par le gouvernement, ce décret pourra encore être abrogé dans les quatre mois par la chambre basse du Parlement, le Bundestag, mais cette hypothèse paraît peu probable.

Appétits chinois

Très internationalisée et abritant des petites et moyennes entreprises fleurons technologiques, dont bon nombre doivent organiser la transmission de leur capital, l’Allemagne suscite de longue date l’intérêt d’investisseurs. 

Berlin et d’autres capitales européennes se sont inquiétées ces dernières années des visées de groupes chinois dans des aéroports, des ports ou des firmes technologiques européennes. 

Fin novembre, l’annonce du départ précipité de Till Reuter, président du directoire du fabricant allemand de robots Kuka, à peine deux ans après sa reprise par le géant chinois de l’électroménager Midea, a ravivé les craintes. 

A la mi-2017, Berlin avait déjà renforcé les règles sur les investissements étrangers, se donnant quatre mois, au lieu de deux, pour examiner les offres et étendant le champ des transactions soumises à son aval aux prestataires de services ou aux fabricants de logiciels utilisés dans des secteurs stratégiques.

En février, l’Allemagne n’a cependant soulevé aucune objection quand le milliardaire chinois Li Shufu a pris 10% du constructeur automobile Daimler, un seuil de participation il est vrai inférieur à celui déclenchant une procédure d’examen. 

Mais en juillet, le gouvernement allemand a été à la manoeuvre pour racheter 20% du gestionnaire de réseau d’électricité 50Hertz via la banque publique allemande KfW, invoquant des raisons de sécurité et contrecarrant ainsi un projet d’investisseurs chinois lorgnant sur cette part.

Critiques industrielles

Depuis 2004, environ 80 à 100 investissements extra-européens par an, portant sur plus de 25% du capital d’une entreprise allemande, ont été passés à la loupe “sans jamais faire l’objet d’un veto”, indique à l’AFP le ministère de l’Économie. 

“Cela montre que nous appliquons avec précaution les instruments de notre législation sur le commerce extérieur et que l’Allemagne est et reste l’un des lieux d’investissement les plus ouverts au monde”, a ajouté la même source. 

Tout en soulignant que l’Allemagne ne visait pas “une entreprise ni un pays en particulier”, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a mis en garde mercredi contre les “signaux erronés envoyés au monde” avec l’annonce de certaines politiques, “dans un contexte où le protectionnisme et l’unilatéralisme s’exacerbent”.

“Nous espérons que l’Allemagne créera un accès au marché juste et ouvert pour les entreprises internationales qui investissent en Allemagne, entreprises chinoises comprises”, a ajouté Hua Chunying.

Les projets actuels du gouvernement suscitent également d’importantes réserves dans les milieux industriels allemands. 

Les modifications visées s’inscrivent “dans un contexte critique de politique économique, où il faut bien peser les intérêts contradictoires” entre la volonté de protéger son économie et celle de rester un pays ouvert à international, explique à l’AFP Volker Treier, directeur des affaires internationales à l’Assemblée allemande des chambres de commerce (DIHK).

Aussi, “une réduction du seuil d’examen de 25% à 10% pose problème” et constitue “un signal négatif envoyé à nos partenaires étrangers”, conclut-il.