TUNISIE
09/05/2019 14h:02 CET

L'obésité se développe plus à la campagne qu'en ville

Une étude d'une ampleur sans précédent montre que le surpoids et l'obésité se développent plus dans un milieu rural qu'urbain. Un constat mondial, contre-intuitif et qui touche particulièrement les femmes.

SCIENCE - De l’air pur, un travail plus physique, manuel, des aliments sains, variés, frais... La vie à la campagne peut sembler plus saine que la vie en ville. Mais une étude, publiée ce mercredi 8 mai dans Nature, vient contredire cette croyance populaire (mais également scientifique) sur le terrain de l’alimentation et de la prise de poids.

Ces travaux, d’une ampleur inédite, montrent que l’obésité se développe plus à la campagne qu’en ville depuis 30 ans. Pour arriver à ce résultat, un millier de chercheurs a épluché les données de 2000 études. Au total, l’évolution du poids de 112 millions d’adultes, dans 190 pays, a été analysée de 1985 à 2017. Ou plutôt l’évolution de l’IMC, l’indice de masse corporelle, qui prend en compte le poids et la taille de l’individu.

Résultat: dans les pays industrialisés et à haut revenu, les chercheurs ont relevé un IMC supérieur dans les zones rurales, notamment chez les femmes. Ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays en voie de développement. Sauf que l’augmentation de l’IMC y est bien plus importante dans les zones rurales.

Au global, cette hausse, de 1985 à 2017, est due à 55% aux populations rurales. Un chiffre qui atteint les 80% dans certaines régions en voie de développement. À une exception près: l’Afrique subsaharienne.

 

Pour expliquer ce décalage entre ville et campagne, les chercheurs évoquent plusieurs critères, tout en faisant état de cas bien spécifiques.

Une question de mode de vie

Si l’IMC était plus faible dans les zones rurales des pays aux revenus moyens et faibles, c’est “parce que les habitants ruraux avaient plus de dépense énergétique due à leur travail quotidien, notamment l’agriculture, et aux tâches domestiques”, explique l’étude. Il fallait par exemple collecter du bois de chauffage, aller chercher de l’eau à une source.

Mais en 30 ans, les choses ont bien changé. “L’eau courante dans les maisons, les voitures, les tracteurs, tous ces éléments sont bons, mais veulent également dire que l’on bouge moins, que le labeur physique diminue, de même que les dépenses énergétiques”, note Majid Ezzati, un des auteurs de l’étude.

Mais cela est également vrai dans les villes. Sauf que, “dans les zones urbaines, on a plus accès à des produits frais. Alors que si la nourriture s’est diversifiée dans les zones rurales des pays aux revenus faibles ou moyens, ce n’est pas nécessairement de la nourriture saine”, précise le chercheur à l’Imperial College de Londres.

Le constat est le même dans les pays riches. “L’activité physique, en milieu urbain, provient principalement des loisirs, à l’instar du sport. Or, ces loisirs sont plus accessibles dans les zones urbaines. De plus, on conduit moins et on marche plus souvent pour se déplacer, faire ses achats”, analyse Majid Ezzati.

Les femmes plus touchées

La seule région où l’augmentation moyenne de l’IMC est plus faible à la campagne, c’est l’Afrique subsaharienne. “Il y a une pauvreté des infrastructures, par exemple, le bois de chauffage est toujours la première source de chaleur”, explique Majid Ezzati. Il faut donc se déplacer pour le récolter et faire des efforts physiques.

De même, l’accès à l’eau potable est problématique et l’agriculture est encore majoritairement manuelle. En parallèle, les marchés urbains où étaient vendus des produits frais ont été remplacés par de la nourriture transformée, industrielle, riche en glucides.

Quant au fait que, mondialement, les femmes sont plus touchées par ces hausses dans les zones rurales, les chercheurs n’ont pas d’explication clé en main. Pour autant, c’est une statistique qui se retrouve dans la majorité des pays (en dehors de l’Afrique subsaharienne), comme on peut le voir sur les cartes ci-dessous. Plus le pays est en bleu foncé, plus les populations rurales ont un fort IMC comparé aux populations urbaines. À l’inverse, plus le pays est orange, plus l’IMC est élevé dans les villes par rapport à la campagne.

 

 

D’autres graphiques sont disponibles sur le site du NCD, le réseau de scientifique à l’origine de cette étude.

Et la Tunisie? 

Il est également possible de regarder chaque pays individuellement. En Tunisie, l’IMC est plus important en ville qu’à la campagne, mais l’écart est assez faible.

En milieu urbain comme rural, les femmes comme les hommes ont un IMC moyen légèrement supérieur à la moyenne mondiale.

À noter que sur 30 ans, l’IMC des femmes et des hommes en Tunisie a plutôt augmenté. 

Selon cette étude, en 2025, 27,2% des hommes tunisiens et 41,6% des femmes tunisiennes seront en situation d’obésité

Cet article a été partiellement repris du HuffPost France.

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