MAROC
06/06/2019 16h:07 CET

"Little Miss Soccer", le tour du monde des femmes qui font le foot

À la veille du lancement du Mondial féminin, Le HuffPost revient sur l'aventure de Candice Prévost et Mélina Boetti, parties rencontrer ces filles pour qui jouer au foot est un défi permanent.

FOOTBALL - Leur ballon-globe est devenu leur visa pour provoquer des rencontres spontanées, faciliter les échanges et s’affranchir des barrières sociales et culturelles. Deux anciennes footballeuses professionnelles ont réalisé un documentaire, “Little Miss Soccer”, sur les footballeuses du monde entier. 

Si vous pensez que le football est la propriété des hommes, détrompez-vous. Ce documentaire diffusé ce jeudi 6 juin sur la chaîne Planète+ vous prouvera le contraire. 

L’aventure a commencé pour les deux réalisatrices le 29 août 2017. Caméra au poing et ballon sous le bras, Candice Prévost et Mélina Boetti sont parties à la rencontre des filles qui font le foot. Objectif: mettre en lumière la pratique féminine de ce sport à travers les cinq continents. Mais aussi en finir avec les clichés qui perdurent, elles qui les ont si bien connus.

Le football, elles l’ont connu à ses balbutiements et elles l’ont vu évoluer. Candice Prévost, consultante football, est une ancienne joueuse du PSG et de l’équipe de France. Mélina Boetti, journaliste à France Télévisions et Eurosport, est elle aussi ancienne footballeuse (FC Juvisy). 

C’est cette dernière qui a lancé l’idée de ce projet après leur participation à l’émission “Femmes 2 Foot” sur Eurosport pendant la Coupe du monde féminine de 2015. Alors que la compétition s’est très vite arrêtée pour les Bleues (éliminées en quarts de finale contre l’Allemagne), les deux passionnées du ballon rond ont eu envie de penser à la suite.

En tant qu’actrices et observatrices de leur sport, elles voulaient continuer d’en faire la promotion jusqu’à la Coupe du monde féminine en France qui débute vendredi 7 juin. Elles se sont alors emparées de l’occasion pour mettre un coup de projecteur sur le football conjugué au féminin. 

“Je me disais: il y a une Coupe du monde qui arrive en France, on est deux anciennes joueuses donc on était légitime. Dans le journalisme, c’est dur d’investir un sujet avec de la crédibilité, du vécu, du terrain et en même temps faire un tour du monde, oui mais pourquoi”, explique Mélina. 

Leur démarche répond surtout au “besoin de sortir d’un traitement médiatique traditionnel et de retrouver l’essence du football, du foot plaisir”, ajoute la retraitée des terrains.

Le football comme vecteur d’émancipation

C’est ce qui les a poussées à partir vers d’autres horizons. Elles avaient envie de raconter des histoires qui ne sont pas forcément visibles, parler de celles que l’on ne voit pas, ces femmes qui partout dans le monde vivent au rythme du ballon rond. De la jeune fille à la femme âgée, de la footballeuse au niveau amateur à celle professionnelle. 

“On avait envie de s’adresser à tout le monde. L’idée, c’était d’aller chercher des petites de 4 ans qui sortent du berceau, qui tapent dans le ballon et d’aller jouer avec ces grands-mères en Afrique du Sud. Donc déjà balayer les âges, balayer les continents et les thématiques sociétales”, explique Candice.

Aujourd’hui, près de 33 millions de femmes jouent au football dans le monde. Bien plus qu’un loisir, le football prend à travers les nombreux parcours évoqués des visages bien différents. “En Argentine par exemple, le terrain est un espace militant, alors qu’au Pérou, les femmes vont moins discuter, c’est juste un défouloir”, commente Mélina.

Vecteur d’émancipation, le football leur permet de braver les traditions, s’affranchir des codes, de faire tomber les barrières avec les hommes. Mais aussi de s’affirmer au sein de leur famille et de la société en pratiquant ce sport traditionnellement réservé aux hommes. Le terrain de football devient le moyen pour ces femmes d’exister.

La Nouvelle-Zélande, pays modèle

Parmi les nombreux pays qu’elles ont visités (plus d’une dizaine), certains sont de vrais modèles en terme d’égalité. C’est le cas de la Nouvelle-Zélande où la mixité est parfaitement intégrée au développement du football. Le pays offre de “vrais leçons de féminisme”, explique Candice. 

“Ce pays a d’ailleurs voté l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, l’égalité dans les conditions de voyage lors des déplacements des sélections”, ajoute Mélina.

Autant de raisons qui ont poussé Ada Hegerberg a boycotté le Mondial organisé en France. L’attaquante de 23 ans, détentrice du premier Ballon d’or féminin de l’histoire ne jouera pas en sélection nationale afin de protester contre les inégalités salariales entre footballeurs et footballeuses.

En mars, les footballeuses de l’équipe américaine avaient pris la décision d’attaquer en justice leur fédération. Ce geste politique est destiné à dénoncer l’ampleur des inégalités salariales. Les joueuses américaines gagnent en moyenne 40% du salaire de leurs homologues masculins. Le football devient plus que jamais un vecteur de contestation et de revendications.

Ce documentaire a une saveur particulière à quelques heures du coup d’envoi du Mondial féminin, le premier disputé en France. L’occasion d’évoquer ce sport universel surtout depuis que les femmes y jouent. C’est à dire depuis peu.