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14/08/2018 10h:48 CET | Actualisé 14/08/2018 10h:48 CET

Littérature algérienne et langue anglaise

On sait bien que la littérature algérienne est polyglotte. Elle s’écrit en arabe, en français, en tamazight, et en derja avec le superbe exemple de la BD Fatma n paraplui  écrit par Safia Ouarezki (dessins par Mahmoud Benameur et Samia Ouarezki publié par Dalimen). Depuis peu, elle s’écrit aussi en anglais, comme Djaffar Chetouane avec Donkey Heart Monkey Mind (co-écrit), Noufel Bouzeboudja et son roman Pebble in the river, Belkacem Mezghouchene avec Sophia in the White City, et The Inner Light of Darkness par le jeune écrivain Iheb Kharab. Mais dans le champ littéraire algérien, l’utilisation de la langue anglaise reste encore minoritaire.

 

La traduction a permis aux lecteurs algériens ou étrangers de découvrir pas mal d’auteurs, et la combinaison la plus dominante jusqu’à ce jour est arabe-français. Ce qu’on sait peu c’est que les romans d’écrivains algériens transitent vers le monde anglophone en traduction depuis 1956, l’année de la publication en traduction du roman LeSommeil du Juste de Mouloud Mammeri  aux éditions Cresset, traduit par Len Ortzen sous le titre The Sleep of the Just.

 

Le penchant des maisons d’éditions anglaises et américaines pour la littérature algérienne reste encore timide, mais la traduction d’auteurs algériens sur la scène littéraire anglaise et américaine s’est largement accrue depuis les années 2001. Plus de 70 romans d’auteurs algériens sont accessibles en anglais à ce jour, ce qui fait un peu plus de un roman traduit en anglais par an depuis 1956. Près d’un tiers a été publié depuis les années 2010 (27 romans à mon total). La liste complète de l’histoire de la littérature algérienne en langue anglaise en images est un des mes travaux en cours et j’en présente quelques exemples ici.

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Le premier roman d’Assia Djebar La soif est apparu en traduction rapidement, en 1958 après sa publication originale en 1957, sous le titre The Mischief aux éditions Simon and Schuster, traduit par Frances Frenaye.

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Tahar Wattar, Rachid Mimouni, Kateb Yacine, Mohammed Dib, Mouloud Feraoun et Tahar Djaout ont aussi été traduits vers l’anglais. El-Zilzel de Wattar a été publié en anglais 24 ans après sa parution originale en 1974, chez Saqi books, traduit par William Granara (The Earthquake), en 2000.

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L’honneur de la tribu de Mimouni est apparu en anglais en 1992 sous le titre The Honor of the Tribe traduit par Joachim Neugroshel (Quartet Books), trois ans après sa publication originale en 1989. Nedjma de Yacine a du attendre 35 ans pour apparaitre en anglais, publié en traduction en 1991, traduit par Richard Howard. Qui se souvient de la mer de Mohammed Dib est apparu en anglais en 1985 aux éditions Passeggiata Press, traduit par Louis Tremaine (Who Remembers the Sea). 

 

Trois livres de Mouloud Feraoun, son Journal, 1955-1962 et deux de ses romans, Le fils du pauvre (The Poor Man’s Son) et La terre et le sang (Land and Blood), ont été traduits par l’université de Virginia et publiés dans sa série littérature caribéenne et africaine (CARAF). C’est d’ailleurs grâce à cette série  que plusieurs romans d’auteurs algériens incontournables sont aujourd’hui accessibles en anglais.

 

Les vigiles de Tahar Djaout, publié en 1991, est paru en 2002 en anglais sous le titre The Watchers aux éditions Ruminator, traduit par Marjolijn de Jager, suivi en 2007 de la traduction de Le dernier été de la raison (The Last Summer of Reason) traduit par Wole Soyinka, aux éditions Bison books.

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Depuis 2001, la fiction d’auteurs algériens contemporains est plus accessible en anglais, comme les romans de Salim Bachi, Nina Bouraoui, et Anouar Benmalek. Deux des romans de Salim Bachi, The Silence of Mohammed et The New Adventures of Sinbad the Sailor, ont été traduits et publiés par les éditions Pushkin en 2010 et 2013 respectivement. Plusieurs romans d’Anouar Benmalek ont été traduits en anglais depuis la publication de Lovers of Algeria en 2001.

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Yasmina Khadra, Ahlem Mosteghanemi, Amara Lakhous et Malika Mokeddem sont les auteurs les plus traduits. A mon compte, 12 romans de Khadra ont été traduits vers l’anglais dont les enquêtes du commissaire Llob.

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Quatre romans d’Ahlem Mosteghanemi sont disponibles en anglais. Sa trilogie a récemment été retraduite et republiée par Bloomsbury, ainsi que le récent The Art of Forgetting chez Macmillan. C’est grâce aux éditions Europa que depuis le succès de Clash of Civilizations Over an Elevator in Piazza Vittorio (2008), chaque romans d’Amara Lakhous a été traduit anglais par Ann Goldstein après publication. Quatre écrits de Malika Mokeddem ont été traduits, notamment par l’université de Nebraska qui a régulièrement publié Mokeddem dans sa série sur les femmes auteurs en commençant par la traduction de L’Interdite en 1998 (The Forbidden Woman).

 

Ce qui n’est pas surprenant c’est que c’est surtout la production littéraire en langue française qui est traduite vers l’anglais. Les statistiques qui suivent les taux de traduction littéraire en Europe montrent depuis longtemps que la littérature de langue arabe est beaucoup moins traduite vers l’anglais que celle en langues indo-européennes comme le français, l’espagnol ou l’allemand. La langue arabe n’est pas la seule à manquer de visibilité dans le champ littéraire anglophone. Les auteurs d’Asie sont très peu traduits même avec l’engouement de ces dernières années pour les écrits d’auteurs de Corée ou des Philippines en Angleterre.

 

De toutes les langues algériennes, la production en Tamazight reste le groupe le moins traduit. Le poète kabyle Ahcene Mariche est une exception. Ses poèmes ont commencé leur transit vers l’anglais grâce à des amis qui traduisent ses collections.

 

Tous ces efforts combinés convergeront certainement vers une reconnaissance internationale de la production intellectuelle algérienne, et de la place de ses voix en littérature. Je ne sais pas si de mon vivant je verrai une sélection d’un auteur algérien pour le prix International Man-Booker, mais au cas où, mon drapeau est prêt, glissé entre mes livres.