MAROC
13/02/2019 13h:25 CET

Les députés de l'Istiqlal veulent que la langue arabe et amazighe soient obligatoires dans l'administration et la vie publique

Une proposition de loi assortie d'amendes de 5.000 à 20.000 dirhams pour non respect de l'utilisation des deux langues officielles.

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PARTIS - Ce n’est pas du chauvinisme. Le président du groupe istiqlalien à la Chambre des représentants, Noureddine Moudiane, insiste, dans une déclaration au HuffPost Maroc, sur la volonté de son parti de “redonner considération à une langue identitaire” en déposant une proposition de loi de 12 articles. Cette dernière porte sur le caractère obligatoire de l’utilisation de la langue arabe et amazighe dans l’administration et la vie publique. Elle a été présentée à la séance plénière de la première Chambre du Parlement, lundi dernier, et son examen sera bientôt au programme des commissions.

“Cette proposition de loi a, en fait, été réactualisée et déposée à nouveau par le parti de l’Istiqlal. Pour nous, il est question de traduire une conviction qui ne date pas d’aujourd’hui. Nous avons toujours milité pour préserver l’identité de notre culture et ses fondements”, affirme Noureddine Moudiane. Et l’identité culturelle passe par la langue qui la véhicule, précise ce dernier soulignant que la constitution marocaine en donne la preuve tangible dans son article 5. Celui-ci stipule que “l’arabe demeure la langue officielle de l’Etat” et que ce dernier oeuvre à sa protection et son développement ainsi qu’à la promotion de son utilisation. “De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception”. “C’est en application à cet article que nous avons donc élaboré notre proposition de loi. Malgré les lois organiques de l’Etat inscrits dans ce cadre, il faut dire que certains, comme celui du Conseil national des langues et de la culture marocaine, prennent du retard”, constate-t-il. 

Une contribution que l’Istiqlal estime indispensable dans le contexte législatif. “L’utilisation de la langue arabe et amazigh devra servir à caractériser les Marocains par rapport aux autres peuples. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre l’ouverture sur d’autres langues et leur apprentissage. Il n’y a pas d’amalgame entre les deux”, affirme le président des députés istiqlaliens. Pour ce dernier, le constat linguistique au Maroc révèle des lacunes: “nous ne maîtrisons ni l’arabe ni le français. C’est comme si nous étions à la croisée des chemins linguistiques”.

Le député nous confie son regret à chaque fois qu’il se retrouve face à une affiche: “Que ce soit en arabe ou en français, les textes sont médiocres, remplis de fautes d’orthographe. Alors, un retour aux racines, à une langue qui nous unit et nous renforce s’impose de lui même”.

Documents, imprimés, annonces, notes, cachets... Les administrations où qu’elles soient, collectivités, départements, établissements publiques et semi-publiques, sont appelées à utiliser uniquement les deux langues officielles, dans cette proposition de loi. Un écrit avec une autre langue est présenté, dans celle-ci, comme “non valide”. Et dans le cas où le destinataire est étranger, une traduction en arabe et en amazigh s’avère obligatoire.

Cette proposition de loi insiste aussi sur l’utilisation des deux langues officielles dans les affiches, annonces et pancartes qu’utilisent les services et établissements publics et semi-publics ainsi que les associations, les sociétés, les locaux de commerce, d’industrie et professionnels. “Il est possible d’écrire en cas de besoin avec une langue étrangère à condition que l’inscription en langues officielles soient plus grande”, précise la proposition de loi dans son article 3.

L’enregistrement des brevets d’invention et les marques commerciales doit également se faire en arabe et amazighe, selon ce texte appelant les propriétaires ne remplissant pas cette condition à “présenter une nouvelle demande d’enregistrement pour modifier l’écrit dans un délai de 12 mois”. 

L’utilisation des deux langues n’exclut pas les notices sur les produits marocains mais aussi ceux importés et exportés qui doivent, indique la proposition de loi, être munis de références écrites en arabe et en amazigh.

“Certes, la mise en oeuvre de la langue amazighe se fait progressivement, mais cela n’empêche que nous devons unifier notre usage linguistique par l’utilisation d’une même langue”, insiste Moudiane. Un devoir qui impose, dans cette proposition de loi, des sanctions en cas de non respect. Il s’agit, précise le texte, de “sanctions disciplinaires prévues par le règlement général et les statuts spécifiques des fonctionnaires si la violation est commise au sein d’une administration”. Mais au-delà, il est question de payer des amendes entre 5.000 et 20.000 dirhams que la proposition de loi suggère de doubler en cas de récidive. “C’est nécessaire! Il faut imposer des sanctions pour que le respect de la loi soit garantie”, estime Moudiane, relevant que l’importance de la question de l’utilisation de la langue officielle l’exige.