MAROC
11/06/2018 18h:40 CET

L'Istiqlal peine à sortir de sa crise interne pour compter (de nouveau) dans le champ politique (Analyse)

"Deux orientations divisent le parti: l’une est militante, l’autre électoraliste".

FADEL SENNA via Getty Images

PARTIS - Il a rallié l’opposition, mais peine encore à sortir de sa crise. Pour le socio-politologue Abdellah Rami, le parti de l’Istiqlal (PI) traîne encore derrière lui le spectre de son ancien secrétaire général, Hamid Chabat, bien connu pour “ses sorties populistes” et ses affrontements réguliers avec Abdelilah Benkirane, l’ancien chef du gouvernement. “Une tactique qui n’a pas marché aux élections”, rappelle cependant l’analyste, affirmant que le baromètre des élections mesure avant tout “l’interaction de la société avec le parti”. Et cela consiste, d’après notre interlocuteur, en la présence effective du parti au sein de la société par des voies bien concrètes alliant manifestations, activités diverses aux actions associatives de bienfaisance, d’assistance ou autres. Un défaut dont souffrent les partis dits “historiques”, dont le PI, qui paient le prix fort aux élections face aux islamistes qui, pour leur part, soutient Abdellah Rami, ont fait de leur présence auprès des citoyens “une constante”. 

Des préoccupations sociales, le PI vient justement d’en exprimer certaines. Pour preuve, il y a quelques jours, il a adressé au chef du gouvernement un mémorandum rectificatif de la loi de finances visant à mettre en place des mesures devant remédier à la crise qui sévit en ce moment et dont le boycott exprime la gravité. Élaboré par les députés du parti, ce document propose d’apporter des amendements à la loi de finances qu’il présente, sur les réseaux sociaux, sous forme d’une capsule vidéo (ci-dessous).    

“C’est une tentative qui reste inscrite aux formalités. Et cela est bien loin de l’activité sociale et idéologique concrète qui apporte la force populaire”, affirme le socio-politologue, estimant que l’actuel secrétaire général du parti de la balance, Nizar Baraka, applique au sein de l’Istiqlal une vision plutôt “bureaucratique”. Et d’ajouter que les actions du secrétaire général restent, elles, pour le moment tournées vers “l’intérieur du parti”.

 Abdelhafid Edmino, professeur de droit public, estime pour sa part qu’adopter “des formalités” répond simplement “aux moyens dont disposent les partis et que prévoit la loi”. Pour cet analyste, “on ne peut demander à un parti de se transformer en zaouia, en mosquée, école ou autre alors que cela ne relève pas de ses attributions”. Et d’ajouter que le PI a rempli “d’une manière fonctionnelle” sa mission en tant que membre de l’opposition en présentant son mémorandum.

Le secrétaire général du PI ne peut être qualifié de “bureaucrate”, aux yeux de Abdelhafid Edmino. Ce dernier rappelle que Nizar Baraka a gravi les échelles du parti à travers ses organisations avant d’arriver au comité exécutif et d’être, aujourd’hui, à la tête de l’Istiqlal. “Ce qui le caractérise, par rapport aux autres secrétaires généraux et surtout son prédécesseur, c’est son expérience technocratique à travers les diverses fonctions ministérielles qu’il a occupées”, précise-t-il. 

Mais cela n’empêche pas le PI de souffrir encore d’une crise interne. Les deux analystes affirment communément que le parti peine à s’en sortir. Le “contexte de conflit” dans lequel a atterri l’actuel secrétaire général oppose les élites du parti “notables cherchant à s’affirmer au sein du PI” et les “militants historiques”. “Cela crée au sein du parti deux orientations: l’une est militante, l’autre électoraliste”, constate Abdelhafid Edmino. Et de souligner que, malgré les conflits qui sévissent dans le parti et au sein de ses branches syndicales et de sa jeunesse, “il n’y a jamais eu de scission”. “Il y a eu un courant anti-Chabat mais aucun parti n’a émergé d’une quelconque scission”, tient ainsi à rappeler l’analyste.

Uni malgré tout, le PI semble avoir aussi de fortes chances de remonter la pente sur l’échiquier politique. Abdellah Rami estime, en effet, que les autres partis  traversent aussi des moments difficiles en ce moment. En plus de ceux “historiques”, comme l’USFP, qui n’apportent selon lui “rien de nouveau”, le PAM n’est pas prêt de tourner la page d’une instabilité de long terme, tandis que le RNI subit une sorte de dommage collatéral du boycott visant en partie son patron.

Le contexte n’en est pas moins défavorable au PJD qui, pour Abdelhafid Edmino, risque de reculer aux prochaines élections. “La majorité des électeurs ayant voté PJD appartient à la classe moyenne. Et cette dernière estime avoir subi de plein fouet les conséquences néfastes des décisions gouvernementales à commencer par la libéralisation de prix du carburant”, explique-t-il. Et d’ajouter que les mesures sociales du gouvernement au profit des couches sociales défavorisées, dont le Ramed, aboutissent à des échecs et font l’objet d’audits de la Cours des comptes. “Cela prouve les limites de ces politiques et impose à toutes les composantes, majorité et opposition, d’agir et de faire des propositions”, affirme Abdelhafid Edmino.

Dans un contexte caractérisé par le besoin urgent formulé par les citoyens de voir émerger un réel impact sur leur vie, principale revendication faite aux politiques, le baromètre de confiance est le même pour tous les partis, sans exception.

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