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28/05/2018 13h:19 CET | Actualisé 28/05/2018 13h:19 CET

L’Iran, un Icare qui s’est approché trop près du soleil américain

"Ce à quoi l’on assiste depuis l’élection de Trump est une première".

Tasnim News Agency / Reuters

INTERNATIONAL - Que ce soit à la radio ou à la télé, l’on entend trop souvent qu’au Moyen-Orient, tout est question de pétrole. C’est malheureusement méconnaitre l’histoire d’une rivalité sunnites/chiites de tout temps instrumentalisée par les empires du moment.

C’est ainsi qu’en 1501 déjà, bien avant la découverte du pétrole, les Safavides iraniens voulurent faire du chiisme un outil d’influence et que les Ottomans accentuèrent en retour leur statut de défenseurs du sunnisme. C’est aussi ainsi que les monarchies du Golfe ont transformé la question confessionnelle en outil idéologique pour enfermer l’Iran dans son identité chiite et limiter son exhortation pour la république.

Face à cela, difficile de ne pas donner de la substance au retrait de l’administration américaine du deal iranien. Il faut dire que celui-ci était voué à l’échec dès le départ tant il relevait plus du pari que de la concertation raisonnée. En effet, Barack Obama avait fait le pari - pari perdu - que la signature de cet accord aiderait considérablement le président iranien Hassan Rohani au sein du pouvoir iranien et lui permettrait petit à petit d’ouvrir l’Iran à l’ouest, d’en faire un pays beaucoup moins porté sur l’expansion politico-militaire à l’ouest comme il l’est en Syrie, au Liban ou même au Yémen, un pays beaucoup plus modéré que l’on intégrerait dans la communauté internationale.

Sauf que c’était sans compter sur les mollahs iraniens qui voient dans ces guerres par procuration un moyen d’assoir leur légitimité et sur le congrès républicain qui voit en l’Iran un revers historique de la diplomatie américaine au même titre que Cuba du temps d’un certain Fidel.

Autre élément intéressant à tirer de cette crise: la volonté américaine de réaffirmer son statut de superpuissance. C’est à se demander même si l’Iran ne serait pas que la victime collatérale d’une telle volonté. Car ce à quoi l’on assiste depuis l’élection de Trump est une première: voilà un pays qui peut menacer d’en détruire un autre sans craindre une levée de boucliers. Voilà un pays qui à court terme peut déclarer une guerre commerciale sans craindre des conséquences trop graves car personne n’a intérêt à ce que sa monnaie ne s’effondre. Voilà un pays qui exhorte des entreprises, qui ne lui appartiennent pas, à abandonner des milliards de dollars d’investissement et celle-ci s’exécutent. Voilà un pays qui en sortant d’un accord supposé être multipartite rend celui-ci caduc.

Les cowboys ne comptent d’ailleurs pas s’en arrêter là et quoi de mieux que l’Iran, qui se déclare dernier bastion antiaméricain, pour mettre en pratique sa théorie du “regime change”. N’en déplaise à ses détracteurs, cela prend d’ores et déjà forme, comme peuvent en témoigner les récentes manifestations de décembre dernier en Iran. La société civile iranienne en a en effet assez de voir ses pétrodollars financer des conflits en lieu et place de leur économie, d’autant plus que ces derniers leur sont étrangers.

Force est de constater que l’on assiste à un regain de l’identité perse au détriment de la chiite. Doit-on y voir une manœuvre américaine? En tout cas, ce qu‘on peut y voir, c’est une Europe encore plus aux abois, une Russie qui au détriment de son allié se complaît de voir un baril haut et un rappel, ô combien révélateur, que les nations comptent plus que les entreprises, aussi grandes soient-elles. Ce ne sont ni Total ni Airbus qui me contrediront.