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13/09/2018 17h:35 CET | Actualisé 13/09/2018 17h:35 CET

L’investissement institutionnel bancaire en Afrique: une nouvelle voie de développement pour le Maroc?

"La majorité des investissements sont matériels, négligeant la création de la valeur ajoutée immatérielle."

SEYLLOU via Getty Images
À Dakar, deux hommes passent devant une agence de la CBAO, première banque sénégalaise, filiale du groupe marocain Attijariwafa bank, le 19 juin 2015.

ÉCONOMIE - Si le Maroc concentre l’essentiel de ses investissements étrangers en Afrique (deuxième investisseur après l’Afrique du Sud), le stock des investissements directs marocains sur le continent a dépassé les 4,5 milliards de dollars, représentant plus de 90% des investissements marocains étrangers. Le développement de plus 500 accords de coopération dans plusieurs domaines a favorisé le développement des entreprises marocaines en Afrique, grâce à l’adoucissement des réglementations en vigueur, encourageant l’installation des opérateurs marocains dans bon nombre de pays subsahariens.

S’inscrivant dans le projet de coopération sud-sud, les banques marocaines occupent une place dominante en termes de positionnement et investissement en Afrique subsaharienne. Avec un taux de présence dépassant les 45%, les établissements bancaires marocains se développement en Afrique par voie de prises de participation ou de montage de nouvelles filiales. La nouvelle politique d’ouverture de l’économie marocaine sur l’Afrique a depuis 2008 consolidé et amélioré les relations commerciales entre le Royaume et les autres pays subsahariens, aboutissant à une légère restructuration de la balance commerciale du Maroc.

En effet, l’Afrique de l’Ouest reste le premier destinataire des investissements directs marocains en Afrique subsaharienne, suivis des pays de l’Afrique centrale et de l’Est. Cependant, l’investissement bancaire reste dominant, représentant plus de 45% de l’ensemble des investissements du Royaume. Par conséquent, la majorité de ces investissements sont de nature “matériels”, finançant la construction des sièges et l’implémentation des infrastructures informatiques et bancaires, et négligeant la création de la valeur ajoutée “immatérielle”.

Le développement de l’investissement bancaire productif, générant des résultats supérieurs aux coûts dépensés, ne peut se réaliser qu’à travers une nouvelle approche stratégique intégrant entre autres les aspects suivants: la culture locale de la population, la nature des produits bancaires à promouvoir tenant compte des spécificités territoriales, la valorisation du capital humain et la formation des lauréats locaux aux nouvelles techniques bancaires maghrébines, la promotion du capital institutionnel de la banque marocaine, l’innovation bancaire et les concours des incubateurs de projets.

Dans le même sillage, il s’agit avant tout d’inculquer une nouvelle culture bancaire aboutissant à l’acceptation par la population locale de la nouvelle banque marocaine de la place, à travers des compagnes de communication et de sensibilisation (investissements marketing) mettant en avant les avantages bancaires et les opportunités de financements pour les ménages, les petites et moyennes entreprises (PME) locales et les grandes entreprises subsahariennes. La bancarisation des activités commerciales et industrielles doit faire l’objet d’une démarche intégrée au sein des banques marocaines investisseuses, favorisant le développement des produits bancaires locaux voire l’amélioration des produits nets bancaires subsahariens.

La promotion des cellules bancaires subsahariennes de recherches et développement (R&D) demeure indispensable pour le déploiement de produits bancaires adaptés aux besoins des populations subsahariennes. Il s’agit en effet de faire de l’innovation l’épine dorsale de la stratégie bancaire, aboutissant à la création d’espaces de “Think Tank” permettant de primer les idées locales les plus innovatrices à travers des incubateurs bancaires de promotion des projets de développement socio-économiques.

La formation du personnel local reste un autre pilier important de l’investissement “immatériel” des banques marocaines en Afrique subsaharienne. En effet, il s’agit de former les lauréats des écoles locales aux métiers de la banque en vue de les recruter au niveau des agences de “Front Office”. Cette opération permettra d’instaurer un climat de confiance entre l’investisseur bancaire marocain et la clientèle de la place, étant donné qu’il s’agit d’une intégration encourageant le recrutement local et en faveur de la jeunesse africaine, ce qui permettra de créer une nouvelle dynamique des affaires bancaires susceptible d’améliorer significativement le chiffre d’affaire local des banques marocaines.