MAROC
16/07/2019 17h:48 CET

L'interdiction d'une colonie de vacances à Oued Laou fait polémique

Les raisons avancées n'ont pas convaincu l'association.

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POLÉMIQUE - A Oued Laou, la colonie de vacances qu’organise l’Association “Arrisala pour l’éducation et l’estivage” a été interdite. Alors qu’elle venait d’accueillir près de 250 enfants de 8 à 14 ans, le dimanche 14 juillet, début de la deuxième tranche d’estivage qui devait se prolonger jusqu’au 26 courant, l’association reçoit l’ordre des autorités locales de fermer les portes de sa colonie de vacances organisée au sein de l’établissement scolaire privé “Al Manahil Al Haditha”.

Stupéfaite, l’association qualifie cette interdiction de “décision arbitraire” dans un communiqué publié le lendemain dans lequel elle précise disposer d’une autorisation lui permettant d’utiliser cet espace dans le cadre de l’estivage. Pour l’association, tout était en règle et rien ne pouvait justifier “légalement” l’interdiction restée donc “incompréhensible”. 

Pour comprendre les raisons de cette interdiction, le groupe des députés du PJD à la Chambre des représentants a interpellé le ministre de la Jeunesse et des Sports, Rachid Talbi Alami, hier, au cours de la séance hebdomadaire des questions orales. Le ministre a répondu que cette interdiction s’est, en fait, imposée comme mesure de précaution. “A l’arrivée de ces enfants au centre d’estivage, il a été constaté que l’école ne disposait pas d’infrastructures sanitaires et sécuritaires. L’établissement comprend 4 étages, nous ne pouvons l’accepter”, a rétorqué Talbi Alami, précisant qu’il n’y a aucun autre argument à part la viabilité de l’espace derrière cette décision. 

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Au PJD, la réponse du ministre est loin d’être convaincante, elle est même “décevante” et “méprisante”. Le député du parti à la circonscription Tanger-Assilah, Mohamed Khayi, a décidé de soumettre à nouveau au ministre la même question mais par écrit, cette fois-ci. “L’argument qu’il a avancé, hier, ne peut justifier cette décision abusive. Ma question est de comprendre la vraie raison qui a amené les autorités locales à procéder à cette interdiction approuvée, par la suite, par le ministère de la Jeunesse et des Sports en retirant l’autorisation à l’association”, déclare ce député au HuffPost Maroc

L’argument officiel brandissant l’absence de conditions adéquates pour accueillir un centre d’estivage pour enfants est “irrationnel”, aux yeux de cet élu de la région, pour qui l’origine de cette interdiction pourrait être une autre. Khayi a bien des doutes que cette interdiction puisse être liée à “un règlement de comptes politiques” ou à “un abus de pouvoir”. Si l’association concernée par l’interdiction n’a pas d’appartenance politique, elle a une tendance islamiste, dont elle ne se cache pas, d’ailleurs. Sur son site web, l’association, née en 1988, se donne pour mission “l’éducation de l’enfant en lui procurant équilibre psychologique, idéologique et physique adapté à l’identité civilisationnelle islamique (...)”.

Malgré son indépendance politique et organisationnelle, sa proximité du mouvement islamique, notamment “Attawhid Wal Islah” et le PJD, adverse du RNI (parti auquel appartient le ministre de la Jeunesse et des Sports) au sein du gouvernement, pourrait être à l’origine de cette interdiction. “Si l’existence d’étages pose problème, comment peut-on alors admettre que des élèves puissent être scolarisés dans cette école pendant toute l’année scolaire et ne pas tolérer que des enfants y passe une semaine de vacances?”, se demande Khayi. Et de préciser: “des colonies de vacances du ministère sont dotés de deux à trois étages... L’argument sorti par le ministre n’a donc aucun fondement”.

Quelle que soit la nature de cette raison, rien n’excuse, pour ce dernier, “l’approche” avec laquelle cette interdiction a été exécutée sur le terrain. “Cela s’est fait aux dépens des enfants. En principe, quand un problème relatif à l’espace d’estivage se pose, le ministère est appelé à trouver des alternatives en transférant notamment les enfants vers un autre établissement. Mais là, le ministère les a renvoyés chez eux”, déplore Mohamed Khayi qui a rencontré quelque uns des enfants de cette colonie de vacances ce jour-là.

“Ils avaient peur. Les autorités ont encerclé l’établissement, interdit au fournisseur d’assurer ses services auprès de la colonie et coupé l’eau et l’électricité”, s’indigne le député, qualifiant le climat dans lequel s’est opérée cette interdiction de “terreur”. “Les encadrants ont été sortis de force, seules les femmes et les filles ont été autorisées à rester... Les enfants n’ont pas dîné et la coupure d’électricité n’a été levée qu’après minuit”, poursuit-il. Et de regretter que les enfants venus passer leurs vacances soient ainsi contraints de “revenir déprimés chez eux”.