LES BLOGS
21/06/2018 16h:26 CET | Actualisé 21/06/2018 16h:26 CET

L’instituteur et le dictionnaire: Hommage à mon école et mon papa!

Papa, âgé de 70 ans, accro aux réseaux sociaux, s’est mis à utiliser le langage SMS dans ses conversations, il demande de temps à autre le sens d’un mot ou la formulation d’une phrase pour usage digital.

Anis Mili / Reuters

Je voudrais raconter dans ce texte deux anecdotes qui ont été déterminantes dans ma vie. La première est ma relation avec mon instituteur et la deuxième est une mésaventure avec le dictionnaire.

L’instituteur :

Elève de l’école étatique “Les savants” à Montfleury. Dans les années 90, on ne nous apprenait le français qu’à partir de la 3ème année primaire. J’avais un camarade de classe dont la mère était française. Début de 1997, à peine âgé de 8 ans, comme moi, il jonglait avec les mots et avait des échanges développés avec l’instituteur “Monsieur Oueslati” ou “Si Oueslati” comme on l’appelait dans le temps, à part qu’il savait lire et écrire en français!

Moi, ignorant tout sur cette langue, j’étais très jalouse car, communiquer avec l’instituteur avec autant d’aisance et en langue étrangère, selon ce que me dictait ma petite cervelle, est un signe d’excellence! Je me suis mise alors à regarder les chaines françaises tentant d’apprendre la langue, en vain!

“Si Oueslati” était réputé pour une chose: le livre qu’il tenait toujours sous son manteau. Cela m’intriguait. Je n’ai jamais lu un livre! Petit à petit, j’ai appris à lire et écrire en français, mais toujours sans diligence. Un jour, j’ai vu “Si Oueslati” donner un livre à mon camarade francisant. J’ai tout de suite deviné, toujours selon ce que me dictait ma cervelle d’enfant, le secret de leur rapprochement, car la lecture n’était pas mon souci, mais plutôt comment devenir l’élève préféré de monsieur l’instituteur. J’ai alors pris mon courage à deux mains et demandé à M. Oueslati de me prêter, moi aussi, l’un de ses livres. “Tu aimes la lecture?”, me demandait-il. “OUI Monsieur!”, et bien sûr que je mentais!

C’était Alice au pays des merveilles, une histoire qui m’avait fascinée. C’était la première fois que j’ai imaginé un “film” dans ma tête, surtout que l’histoire était très animée et riche en dialogue.

Cela est devenu une habitude mensuelle entre M. Oueslati et moi. Il ne cessait de m’impliquer dans des défis, lui, qui s’est rendu compte de la concurrence entre mon camarade et moi. Il nous prêtait ses livres et nous demandait de lui en faire des résumés pour qu’il soit sûr que nous les avons lus et compris.

À la fin de l’année, j’ai eu une note meilleure que celle de mon fameux camarade.

Il y a 5 ans, après plus de 15 ans de rupture de contact, j’ai croisé M. Oueslati chez un bouquiniste à la Rue Dabbaghine. “Tu n’as pas changé, ma fille!”, me disait-il. “Vous aussi Si Oueslati!”, je répliquais. On s’est échangé quelques mots de complaisance et m’a offert un livre. C’était “Le prophète” de Khalil Gibran, en français!

Le dictionnaire :

C’était lors de la soirée du réveillon 1999, je regardais la variété “120 minutes de bonheur” sur TF1. C’était une émission qui reprenait les bêtisiers de l’année, quand un animateur en fou rire a dit et répété un mot qui m’a paru bizarre et dont je tenais à connaitre le sens afin de comprendre la cause de son fou rire.

Dans le temps, mon dictionnaire était mon Papa, car Le Grand Robert qu’il nous a acheté me paraissait très lourd et très difficile à manipuler. En plus, cela m’ennuyait de chercher dans son écriture microscopique. Sans faire trop d’effort, je me suis adressée vers Papa lui demandant le sens de ce mot, qui par la suite, est devenu la cause de mon attachement au dictionnaire que je détestais auparavant.

Furieux, il m’a dit: “MAIS OÙ EST-CE QUE TU AS APPRIS CE MOT?”. Il s’est avéré après que c’est un mot grossier! Je me rappelle très bien qu’il m’avait beaucoup grondée et c’était la dernière fois que j’ai demandé à mon père de m’expliquer un mot.

Actuellement, c’est le contraire qui est vrai, mais sans grossièreté! Papa, âgé de 70 ans, accro aux réseaux sociaux, s’est mis à utiliser le langage SMS dans ses conversations, il demande de temps à autre le sens d’un mot ou la formulation d’une phrase pour usage digital.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.