MAROC
31/05/2018 10h:44 CET | Actualisé 31/05/2018 10h:45 CET

L'institut français de Meknès organise une exposition dédiée à Zinedine Zidane

Le photographe français Philippe Bordas y expose ses clichés pris en 2006.

Philippe Bordas

PHOTOGRAPHIE - A quelques semaines de la Coupe du monde 2018, Meknès sort les crampons. L’institut français de la ville accueille du 22 juin au 13 juillet une exposition du photographe et écrivain français Philippe Bordas dédiée à la légende du ballon rond, “Zz, Zidane en toutes lettres”. 

En 2006, alors que l’athlète termine sa dernière saison au Real Madrid et s’apprête à raccrocher les crampons après la Coupe du monde, Philippe Bordas est contacté pour prendre des photos censées illustrer un livre, qui n’a finalement jamais vu le jour. C’est pendant ces 100 derniers jours que le photographe suit Zinedine Zidane, prenant des photos de l’athlète sur le terrain, dans les vestiaires, mais aussi des moments plus intimes, en famille. 

Ce sont 38 de ces photos que le public est invité à découvrir le 22 juin à l’occasion du vernissage de l’exposition. Un évènement à l’issue duquel un entretien sera organisé avec le photographe et auteur qui y discutera notamment d’une second oeuvre inspirée de cette rencontre avec le footballeur, Chant Furieux (éditions Gallimard), “la rencontre de deux hommes issus des quartiers difficiles, qui parlent la même langue”, rapporte l’institut dans un communiqué.

A cette occasion, nous avons interrogé le photographe sur sa rencontre avec Zidane, leur collaboration, et l’héritage de cet athlète qui a tant marqué les esprits.

HuffPost Maroc: Comment s’est passé la collaboration avec Zidane?

Philippe Bordas: De façon très naturelle, nous devions faire des images pour aboutir un livre sur lui. Je l’ai rejoint à Madrid et me suis glissé dans les rares moments qu’il avait de libres. Nous devions aussi faire un séance de chronophotographie pour montrer son toucher de ballon si spécial en figeant l’évolution du mouvement sur une même image. Je pensais aussi aller avec lui dans son village de Kabylie.

Philippe Bordas

Comment a évolué l’image que vous aviez de ce joueur suite à votre rencontre?

Je n’aimais pas le foot mais à travers lui, j’ai découvert ce monde et j’ai suivi son parcours extraordinaire. Je n’avais jamais vu un match en vrai et là soudain j’ai vu le match de ses adieux au stade Bernabéu et ensuite ce France-Brésil qui est son chef-d’oeuvre. Depuis, je n’ai plus vu un seul match en vrai...

Qu’est-ce qui vous a poussé à en faire un personnage de fond de votre roman?

Un ami cher, Christian, grand lettré, avait vécu un drame en 1994: il avait perdu la vue à cause de la maladie et le premier soir à l’hôpital où la nuit l’a englouti, les infirmières ont laissé une télévision allumée près de lui, il n’entendait que le son et c’était le soir du premier match de Zidane, le soir où Zidane s’est révélé. Mon ami avait été bouleversé par les paroles de Zidane après le match. Vivant un tel drame, il lui avait semblé entendre un ange qui lui parlait avec douceur et simplicité. Il a appris par hasard que j’avais croisé Zidane en 2006. Nous étions en 2010. Il m’a dit: “si tu es vraiment un écrivain, écris-moi son visage, écris sa gestuelle de danseur pour que je puisse le voir dans mon esprit, que je l’imagine d’après tes mots”. C’est ainsi que je me suis lancé dans Chant furieux et je lui ai dédié le livre.

Philippe Bordas

Qu’est-ce que cet athlète représente encore en France? Et à l’international?

En France, il reste le symbole d’une victoire ancienne, celle de 1998, et un modèle de modestie et d’orgueil, de réussite absolue et de travail méthodique. Mais je me demande s’il n’est pas plus admiré et respecté en Espagne où on ne le voit pas comme un people pour parler vulgairement mais comme un prince.

Philippe Bordas

Pourquoi l’univers du sport vous inspire tant?

Ce n’est pas le sport en soi qui m’attire, c’est la figure de certains champions qui ont inventé une gestuelle, un phrasé, à l’égal des artistes. Des champions stylistes qui se sont forgé un destin, souvent des enfants du peuple attirés vers l’excellence.

Est-ce en images ou en mots qu’il est plus simple de dresser le portrait de Zinedine Zidane?

En photo, c’est plus direct, l’écriture nécessite une ascèse dix fois supérieure, hélas...

Philippe Bordas