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09/01/2019 16h:18 CET | Actualisé 09/01/2019 19h:33 CET

“L’initiative” de Makri était une animation fictive pour le microcosme politique

Abderrazak Makri explique son “initiative” qui a agité pendant quelques semaines le microcosme politico-médiatique. Avec des arguments intenables.

Reuters

“Le contact n’est plus nécessaire avec la Présidence aujourd’hui puisqu’on va vers le cinquième mandat”, a déclaré Abderrazak Makri, chef du MSP, au nouveau site “Actu’Fil”. Il a fini par “comprendre” pourrait-on dire!

Le  chef du MSP fait dans cet entretien une sorte de bilan “globalement positif” de sa présumée initiative dans laquelle il proposait un report de l’élection présidentielle “pour une année qui sera consacrée à la refonte de l’État.” Et pour cultiver un faux mystère, il assure que “l’initiative” a échoué suite à l’opposition affichée par “certaines parties au sein du système ou à la périphérie du système” que je ne citerai pas pour le moment.”

Le chef du MSP fait comme si une autre option que le cinquième mandat existe ou a existé au sein du régime. En réalité -et beaucoup l’ont déjà souligné- en raison de la faiblesse de l’opposition, de la grande méfiance des Algériens à l’égard des politiques (un héritage des années 90), la seule raison qui aurait entravé un cinquième mandat est liée à la santé du président.

Tant qu’il peut assurer une apparence de présence, il est le candidat du régime et de toutes ses clientèles. Le Makhzen algérien -on le voit avec les déclarations genre “jusqu’à la mort derrière Bouteflika”- peut faire de l’animation, à l’image de Amar Ghoul, il n’est porteur d’aucune initiative et d’aucune idée. Au sein du régime, ce n’est pas le cinquième mandat qui est l’enjeu, mais la gestion de l’après Bouteflika. Et aucun n’ose afficher vraiment ses cartes sur ce sujet.

Makri tente de faire accroire qu’il y avait une possibilité qu’il en soit autrement, juste pour justifier son “initiative” qui relevait bien de “l’animation fictive” de la scène politique. L’homme n’étant pas un amateur, on peut se demander pourquoi il s’est lancé dans cette démarche incongrue où il s’agirait, même s’il fait semblant de dire le contraire, de sortir de la constitution par un report l’élection présidentielle.

 Une refondation de l’Etat en un an?

 Certes, les Constitutions en Algérie ne pèsent rien et on peut penser que Makri a intégré l’idée. Mais plus que le contournement de la Constitution, c’est l’idée que l’année de report de la présidentielle serait “consacrée à la refonte de l’État” qui est intenable. C’est là que la démarche prend un tour sérieusement infantile.

Comment croire qu’un système qui depuis 1992 bloque le pays par la répression et une gestion dispendieuse et absurde de la rente et qui a effacé les réformes post-octobre 88 va se résoudre à une “ refonte de l’Etat” en un si court laps de temps?

Qu’est-ce qui le pousserait à cela? En l’absence d’une intrusion massive des citoyens et précisément des classes populaires dans la sphère politique, ce ne sont pas les partis politiques qui seront en mesure de l’y contraindre.

On a aussi ceux qui invoquent la situation économique du pays avec la baisse drastique des revenus pétroliers comme une raison qui “inciterait” le régime au changement. Mais là aussi on est dans le wishful thinking ou le voeu pieu qui consiste à  croire que la “raison” ou la “rationalité” finira pas l’emporter. Toute l’histoire du régime algérien, celle d’une gestion de l’immédiat et non une démarche portée par une vision, enseigne le contraire.Exit donc l’idée que la rationalité puisse trouver son chemin au sein d’un régime où le pouvoir est détenu de manière compulsive. La situation économique “immédiate” ne gênant pas le régime, il n’y a aucune raison qui l’incite à une réforme où il doit se faire hara-kiri et sortir du schéma en vigueur depuis l’indépendance.

Enfin, il y a - et c’est sur ce terrain que joue une bonne partie de l’opposition - l’idée que les divergences au sein du régime pourrait pousser vers la réforme. Sauf que le régime a muté. Les rares lieux de réflexion n’existent plus. Le Conseil national economique et social (CNES) et l’Institut national des stratégies globales (INESG) font partie des fantômes de la république. Même le DRS qui servait de think tank pour le pouvoir n’est plus là pour donner un cap. Faut-il parler des institutions comme l’APN?

De l’encre et de la salive

Le règne de Bouteflika a été celui d’une destruction d’un mode de gestion plus ou moins concerté au sein des “décideurs”. Nous sommes de facto dans une sorte de monarchie et on le sait, dans ce type de régime, quand le monarque n’abdique pas de lui-même, il faut attendre que la biologie fasse son oeuvre.  C’est pour cela qu’il n’existe pas au sein du régime un scénario autre que le cinquième mandat.

Et plus que cela, il n’existe pas l’ombre d’une volonté de “refonder l’Etat”. Le fait que Makri croit que cela est possible est sans doute la “nouveauté” à relever dans cette démarche et c’est une régression par rapport à ses propres analyses passées. Croire que l’incertitude autour de la santé du président est une raison suffisante pour inciter à la “refondation” n’est pas sérieux.

Finalement, Makri a fait de “l’animation” passagère, un domaine où Amar Saadani et Djamel Ould Abbès excellent mieux que lui. Pourquoi le chef du MSP s’est-il engagé dans une “initiative” destinée à faire couler un peu d’encre et de salive avant de mourir? C’est le seul petit mystère de cette histoire.