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07/11/2019 16h:07 CET | Actualisé 07/11/2019 16h:07 CET

L'impératif d'un Plan Maroc Sport 2030

"La culture du sport seule ne suffit pas dans les compétitions mondiales où les sportifs sont d’abord des professionnels."

VW Pics via Getty Images
Des jeunes jouant au football dans les rues de Merzouga.

SPORT - Les Lions de l’Atlas ont occupé au mois d’octobre la 39ème place mondiale du classement de la FIFA. A l’échelle africaine, les Lions sont 5e. Que ce soit aux JO de Rio 2016, à la coupe du monde de Russie 2018 ou aux récents championnats du monde d’athlétisme Doha 2019, pour ne citer que les derniers événements sportifs majeurs, le pays ne brille pas et ne fait plus rêver depuis bien longtemps.

Le Maroc n’a pas su préserver l’héritage de l’engouement pour l’athlétisme, le football et le tennis que nous ont légué de grands champions comme Saïd Aouita, Hicham El Guerrouj, Nawal El Moutawakil, Nezha Bidouane, Khalid Sekkah, Omar Boutayeb, Hicham Arazi, Karim Alami et Younès El Aynaoui, entre autres, ainsi que l’exploit de l’équipe de foot de 1986 en devenant la première équipe africaine et arabe à accéder aux 8èmes de finale d’une coupe du monde.

Cela fait plus de 30 ans qu’on change d’entraîneurs et qu’on tente! Ils se succèdent sans succès. Certains restent gravés dans la mémoire collective des Marocains: Abdellah Blinda 1993-1994, Badou Zaki 2002-2005, Henri Michel 2007-2008, Roger Lemerre 2008-2009, Éric Gerets 2010-2012 et Hervé Renard 2016-2019.

Depuis des décennies, le Maroc rêve de renouveler l’exploit de 1986 et de revoir son drapeau flotter au-dessus des podiums sportifs en première place. Même en pétanque où le Maroc a été 3 fois champion du monde en 1984, 1987 et 1990, le pays n’est plus remonté à la première marche du podium depuis 29 ans!

Le peuple marocain a depuis toujours adoré le foot et le sport de manière générale. Certes, en foot, nous ne sommes pas le Brésil, l’Argentine, l’Espagne ou l’Allemagne, mais le Maroc a bien démontré qu’il pouvait produire des champions d’envergure comme Larbi Ben Barek, Abdelmajid Dolmy, Ahmed Faras, Mustapha Hadji ou Badou Zaki, et tant d’autres.

Alors, oui! Les Lions de l’Atlas peuvent très bien jouer face aux grandes équipes. Nous en sommes sûrs depuis le mondial de 1970 où l’équipe du Maroc a tenu tête à la prestigieuse équipe allemande de Beckenbaeur et Gerd Muller plus d’une heure. Du jamais vu à l’époque, pour une équipe africaine qui avait réussi également en 1976 à Addis Abeba à décrocher son unique coupe d’Afrique.

La culture du ballon rond est largement ancrée dans toutes les couches sociales. Mais la culture du sport seule ne suffit pas.

La culture du ballon rond est largement ancrée dans toutes les couches sociales. Mais la culture du sport seule ne suffit pas dans les compétitions mondiales où les sportifs sont d’abord des professionnels. Le sport doit redevenir une discipline pratiquée dans les écoles dès le primaire (privé et public), aux collèges, lycées et cycles supérieurs. Objectif: aboutir à des championnats inter-écoles et nationaux. Des vainqueurs de ces championnats naîtront les champions de demain. Le sport-étude doit être développé pour tous, autant dans le public que dans le privé. Le ministère de la Jeunesse doit s’impliquer pour que les terrains soient mis à disposition des petites équipes. Le foot corporatif (c’est-à-dire des entreprises) doit aussi avoir sa division dont le vainqueur pourra concourir à la coupe du trône et à la Botola.

Depuis 2008, le Maroc s’est doté d’un institut public: l’Académie Mohammed VI de football. Des écoles de foot payantes pour enfant aux couleurs des clubs Barça, Arsenal, Juventus ou PSG ont aussi ouvert depuis quelques années, ainsi que trois écoles socio-sportives du Real Madrid, en partenariat avec des associations. Mais il ne suffit pas d’avoir des pépinières de talents. L’enjeu est bien plus grand que de sélectionner quelques individus doués. Il faut former de bons athlètes, de bons joueurs à l’échelle de la nation et surtout créer des filières qui mènent aux clubs sportifs de Botola pour le foot via un parcours footballistique ou sportif depuis les milieux scolaires universitaires et amateurs.

Au point central de cette démarche se trouvent le ministère de la Jeunesse et les grands clubs qui doivent produire des cadres techniques dont la tâche est de sillonner les différentes manifestations sportives pour dénicher les talents qu’il faudra orienter pour qu’ils deviennent les champions de demain.

Dans les années 80, on assistait régulièrement à des matchs amateurs dans les plages et les quartiers. A Casablanca, par exemple, il y avait des matchs inter-quartiers. C’est d’ailleurs dans l’un de ces matchs que Mustapha El Haddaoui avait été repéré par les guetteurs du Raja. Les emplacements qui faisaient office de stade de quartier en ville, ainsi que ceux dans les plages doivent être recréés et faire partie des tournées des guetteurs des clubs et du ministère.

Tout cela ne demande pas tant de moyens, mais de l’organisation et un cahier des charges strict.

Tout cela ne demande pas tant de moyens, mais de l’organisation et un cahier des charges strict. Un Plan Maroc Sport, régulièrement audité! Pour ne pas retomber dans les échecs des “plans touristiques”. Sans un tel plan, il est certain que nous allons continuer à reproduire les échecs que nous accumulons depuis ces trente dernières années.

Vous pouvez être fiers de l’équipe nationale, pour ses prouesses occasionnelles, mais cela ne change en rien le constat que le Maroc vient de perdre au premier tour de la dernière coupe du monde en Russie en 2018! De même que nous ne savons toujours pas fabriquer des buts aux moments opportuns. Exactement, les mêmes constats qu’en 1994 et 1998. Certes, le football a une part de chance, mais il consiste surtout et pour beaucoup en une technique de jeu.

En raison de l’importance et des moyens dont dispose le foot au pays, il est impératif que le Maroc élabore ce Plan Maroc Sport 2030 en vue de doter le pays d’un sport national. Foot, athlétisme, pétanque, natation, tennis, surf…, toutes les disciplines doivent disposer d’une stratégie globale pour hisser le niveau sportif et surtout pour arriver à composer des équipes gagnantes de façon durable et pérenne, et non occasionnelles qui ne font que tenter la chance.