TUNISIE
03/09/2018 19h:29 CET | Actualisé 04/09/2018 14h:40 CET

Limogé par le chef du gouvernement, le ministre de l'Énergie et des mines s'explique

“Il y a eu des dissensions (...) le chef du gouvernement peut virer qui il veut, mais la façon n’était pas acceptable” a fustigé l’ancien ministre.

Le ministre de l’Énergie et des mines Khaled Kaddour, limogé vendredi par le chef du gouvernement Youssef Chahed était l’invité, lundi, de la chaine Nessma Tv.

“Il y a un mois, le directeur de cabinet m’a appelé pour me dire que le chef du gouvernement allait faire une visite sur le terrain” au champ pétrolier de Halk El Menzel à Monastir a-t-il affirmé indiquant avoir “envoyé un document technique sur ce champ”. Cependant, au vu de la situation de celui-ci -“la production n’ayant toujours pas commencée”- il indique avoir recontacté le directeur de cabinet de la présidence du gouvernement pour lui dire qu’il vaudrait mieux ne pas faire de visite maintenant car il n’y avait pas de production: “ce sont des traditions dans le secteur” a-t-il affirmé.

Interrogé sur la réunion qui a eu lieu, jeudi au Palais du gouvernement, la veille de son limogeage, Khaled Kaddour explique ne pas avoir été prévenu à ce moment là: “J’ai été prévenu quelques minutes avant que le gouvernement publie son communiqué. Le porte-parole du gouvernement m’a appelé pour m’informer et me dire qu’ils allaient dissoudre le ministère”.

Concernant la réunion de jeudi, à laquelle avait également assisté le ministre de la Justice Ghazi Jeribi et le conseiller économique du chef du gouvernement Lotfi Ben Sassi, il indique avoir été invité pour faire la lumière sur certaines questions techniques.

Pas de débat sur l’autorisation de la concession d’exploitation de Halk El Menzel

Le ministre limogé a indiqué qu’ “il y a historiquement un grand débat sur l’autorisation accordée à ce champ”.

“C’est un gisement marginal, il produit près de 8000 barils par an. Le gisement d’El Borma produit 800.000 barils par an” a-t-il comparé.

Pour lui, la façon dont ce dossier a été traité l’interroge: “Au sein du dossier de Tunisia 2020, ils cherchaient des investisseurs pour ce projet (...) et puis ils disent qu’ils ne sont pas au courant. Qui a donc fait le projet Tunisia 2020?” a-t-il fulminé avant de reprendre.

“Qui sont les partenaires de ce projet? L’AFC, c’est à dire, la Banque Mondiale. La Banque mondiale investit dans des projets sans documents? Depuis quand?” a-t-il de nouveau questionné. ”Ça prouve que sa situation est légale” a-t-il martelé.

Revenant sur la situation de la société TOPIC, qui a la concession d’exploitation du champ de Halk El Menzel, il développe: “Elle appartenait à des sociétés étrangères. En 2006, elle a été racheté par la société TOPIC. Si la concession devait s’arrêter en 2009. Ça aurait fait 3 ans d’exploitation. Ils vont la racheter pour produire pendant seulement 3 ans? C’est illogique!” a ajouté Khaled Kaddour.

En effet, la concession de Halk El Menzel a été attribuée en janvier 1979 pour une durée de 50 ans au profit d’Elf, OMV et Shell avant d’être rachetée en 2006 par la société Topic. 

Entre temps, le Code des hydrocarbures est venu régir le secteur imposant une durée de 30 ans aux concessions nouvellement accordées comme l’a expliqué le directeur général général de Topic Mohamed Toumi.

Pour lui, la présidence du gouvernement a mal interprété la situation et l’article 48.2 du code des hydrocarbures, puisque la concession de Halk El Menzel n’est pas une nouvelle concession.

Présentant plusieurs documents, il indique que “pour l’administration et pour moi, il n’y a pas de problème juridique. Il y’en avait, mais ça a été tranché auparavant”.

Des dissensions et une forme inacceptable

“Je ne pardonnerai à personne le fait de toucher à ma dignité, à celle de ma famille, de mes amis et des membres de l’administration” a clamé Khaled Kaddour regrettant la forme utilisée pour son limogeage: “Il y a eu des dissensions (...) le chef du gouvernement peut virer qui il veut, mais la façon n’était pas acceptable” a fustigé l’ancien ministre.

Ces dissensions évoquées par Khaled Kaddour concernaient principalement le conseiller économique du chef du gouvernement: “Il y a eu de grandes tensions avec son conseiller économique Lotfi Ben Sassi, et parfois de façon inacceptable” a-t-il précisé lui reprochant de l’avoir frontalement attaqué dans des médias britanniques.

“On a eu de grands problèmes au niveau de la question des énergies renouvelables et on l’a toujours aujourd’hui puisqu’on a encore des problèmes de financements au niveau de la STEG” a-t-il ajouté.

Interrogé sur le lien entre son limogeage, et celui de son secrétaire d’État, ainsi que du directeur général des carburants, du directeur général des affaires juridiques et du P-DG de l’ETAP, il coupe:  “Nous n’avons pas de directeur général des affaires juridiques. Nous avons une direction générale de la bonne gouvernance”. Le gouvernement a donc limogé quelqu’un dont le poste n’existe pas a-t-il précisé.

Concernant son secrétaire d’État, il indique que celui-ci a une affaire récente devant la justice et que c’est à celle-ci de trancher.

Interrogé sur son implication dans une affaire judiciaire, du temps où il présidait la Commission consultative des hydrocarbures en 2011, il affirme que celle-ci a pris fin le 30 mars et qu’il a été totalement blanchi.

Nommé le 12 septembre 2017 par le chef du gouvernement Youssef Chahed, le ministre de l’Énergie et des mines Khaled Kaddour a été démis de ses fonctions, vendredi.

Il avait auparavant occupé le poste de P-DG de la Société italo-tunisienne d’exploitation pétrolière avant de devenir directeur général de l’énergie au ministère en 2011.

La présidence du gouvernement a annoncé, vendredi, dans un communiqué, le limogeage par le chef du gouvernement Youssef Chahed, de plusieurs responsables liés au secteur des énergies, des mines et des énergies renouvelables en Tunisie.

Parmi les principales personnes démises de leurs fonctions, l’on retrouve le ministre de l’Énergie et des mines et des énergies renouvelables Khaled Kaddour, le secrétaire d’État aux mines Hachem Hmidi, le directeur général des carburants et le directeur général des affaires juridiques au sein du ministère ainsi que le P-DG de l’ETAP Moncef Matoussi.

Le porte-parole du gouvernement Iyed Dahmani a expliqué lors d’une conférence de presse, les raisons de ces limogeages.

Le premier dossier concerne un dossier de corruption impliquant un exploitant d’un champ pétrolier à Monastir dont l’autorisation a expiré depuis 2009 mais qui continue à ce jour l’exploitation. “Le ministère de l’Énergie ne réagit pas et choisit de fermer les yeux sur cette exploitation illégale” s’est exprimé Dahmani.

Le deuxième dossier concerne une plainte déposée par un investisseur irakien contre le secrétaire d’État aux mines pour corruption. Des accusations jugées “fantaisistes” par le secrétaire d’État, qui a été frappé par une interdiction de voyager émanant du juge d’instruction auprès du Pôle judiciaire financier.

 

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