MAGHREB
21/10/2013 06h:14 CET

Libye: un membre de la sécurité libyenne se dit "fier" d'avoir "arrêté" le Premier ministre

Facebook/PM Libye

Le chef d'une cellule anti-criminelle libyenne, accusé par le gouvernement d'avoir été impliqué dans l'"enlèvement" du Premier ministre Ali Zeidan il y a 10 jours, s'est dit fier devant la presse de l'avoir "arrêté".

"C'est moi qui ai arrêté Ali Zeidan. Et j'en suis fier", a affirmé Abdelmonem Essid.

Paradoxalement, M. Essid s'exprimait au cours d'une conférence de presse tenue dimanche par deux membres islamistes du Congrès général national (CGN), Mohamed al-Kilani et Mustapha al-Triki, qui venaient de démentir toute implication dans l'enlèvement du Premier ministre.

"Les gens qui enlèvent un Premier ministre peuvent se promener librement et même en parler librement à la télévision... Ça n'arrive qu'en Libye"

Les noms de ces trois hommes avaient été évoqués dimanche par le Premier ministre parmi les responsables de son "enlèvement" et le gouvernement a indiqué que l'affaire était entre les mains de la justice, sans préciser si des poursuites avaient été engagées.

Pour justifier son action devant les journalistes, M. Essid a affirmé avoir "arrêté" le Premier ministre pour son implication présumée dans deux affaires de "drogue" et de corruption.

"De la drogue a été saisie dans une voiture au nom d'Ali Zeidan en juin", a déclaré M. Essid, estimant que "rien ne prouvait qu'Ali Zeidan bénéficiait d'une immunité" en tant que chef du gouvernement.

L'"enlèvement" de M. Zeidan par une brigade qui dépend officieusement du ministère de l'Intérieur illustre la confusion et l'indiscipline qui règnent dans les différents organes de sécurité dirigés par des ex-rebelles qui avaient combattu le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, et dont la plupart ne disposent d'aucune formation ou compétences.

Les autorités ont confié à plusieurs milices des mission de sécurité pour remplir le vide, après l'effondrement des institutions de l'Etat avec la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

Sur les réseaux sociaux, les internautes tournaient en dérision les déclarations de M. Essid, certains considérant qu'il s'agissait d'une "blague".

Les deux membres du CGN ont pour leur part estimé pendant la conférence de presse qu'en les accusant, M. Zeidan était "en train de tenter de couvrir son échec" dans la gestion du pays.

Les deux membres ont reconnu qu'ils avaient tenté de faire tomber le gouvernement mais n'avaient pas réuni la majorité au CGN à cette fin.

"Verrons-nous demain la levée de l'immunité de Kilani et Triki et leur expulsion du Congrès?"

M. Zeidan a répété pour sa part dimanche que ses ravisseurs tentaient de le forcer à démissionner.

Il a ajouté, au cours d'une conférence de presse, que des membres du Congrès avaient "échoué à faire tomber le gouvernement par les moyens démocratiques et tentent d'avoir recours à la force pour atteindre leur objectif".

M. Zeidan a été enlevé le 10 octobre pendant quelques heures par un groupe d'ex-rebelles affirmant agir sur ordre du parquet, dans un pays en proie à une insécurité et une instabilité croissantes depuis la chute de Mouammar Kadhafi en octobre 2011.