MAROC
05/06/2018 15h:20 CET

Libye: Des migrants marocains clandestins rapatriés cette semaine

Vers la fin d'un long périple?

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INTERNATIONAL - L’Agence libyenne contre l’immigration illégale a annoncé, sur sa page Facebook, le début d’une première vague de rapatriement des migrants marocains clandestins, qui débute ce mardi 5 juin avec cinq vols jusqu’à samedi. Elle précise, dans une publication, que ces vols partiront de l’aéroport de Mitiga avec une escale à Tunis-Carthage avant d’atterrir à l’aéroport Mohammed V de Casablanca.

Peu fixés sur leur sort depuis la révélation, en novembre dernier, de vidéos choquantes montrant leur quotidien de prisonniers dans des camps en Libye et dans des conditions rudes, les migrants marocains, dont des mineurs, vont pouvoir rentrez chez eux avant la fin du Ramadan, d’après l’organisme, qui ne précise toutefois pas le nombre de Marocains restants. 

Si les autorités marocaines avaient réagi quelques jours après la parution des vidéos et annoncé faire le nécessaire pour les rapatrier, il semblerait que la situation soit restée au point mort pour certains de ces immigrés clandestins qui tentaient de gagner l’Europe via un passage en Libye. 

Toujours retenus captifs dans des centres de détention à Tripoli, ils ont entamé une grève de la faim le 26 mai dernier pour protester contre le manque de réactivité des autorités marocaines, les implorant de les rapatrier avant la fin du Ramadan pour passer les derniers jours du mois sacré avec leurs proches et familles.

Dans une vidéo publiée sur la page de l’agence libyenne, ils pressent le ministère chargé des MRE (Marocains résidant à l’étranger) et des affaires de la migration d’agir au plus vite, compte tenu des sévices qui leur ont été infligés et de leurs conditions de détention dans les prisons où ils ont été entassés depuis plusieurs mois. Ils se sont dorénavant réfugiés dans les centres d’hébergements de l’instance officielle libyenne chargée de la lutte contre l’immigration clandestine.

Une source au ministère chargé des MRE et des affaires de migration avait indiqué au HuffPost Maroc, en décembre dernier, que ces migrants seraient “très prochainement” rapatriés, sans préciser la date exacte de leur retour au Maroc pour des raisons de sécurité. “Les médias en parlent depuis quelques jours, mais c’est une procédure que nous avons commencée il y a déjà un certain moment. Elle a pris du temps car il a fallu identifier tous ces migrants pour savoir s’ils sont réellement Marocains et d’où ils viennent”, avait déclaré la même source.

Vers la fin d’un long périple?

Ainsi, une opération de rapatriement de 338 citoyens marocains bloqués en Libye avait été lancée dans la soirée du vendredi 12 janvier dernier. Ils ont été acheminés au Maroc, à l’aéroport international Mohammed V de Casablanca, par deux avions de la compagnie libyenne de transport aérien “Afriqiyah”, avait indiqué le ministère délégué chargé des MRE et des affaires de la migration.

Cette opération faisait suite au rapatriement de 200 Marocains à la veille de la fête de l’Aid Al Adha par un vol affrété par la même compagnie libyenne, ainsi que de 235 autres qui ont été rapatriés par un vol de la Royal Air Maroc (RAM) via l’aéroport de Djerba (Tunisie), précisait également le ministère dans un communiqué. Soit un total de 773 Marocains rapatriés en l’espace de cinq mois.

Ces Marocains avaient dû payer un montant de 40.000 dirhams à des passeurs qui leur avait promis de les faire traverser la Méditerranée, avaient révélé quelques-uns de leurs proches à TelQuel. “Quand vous arrivez en Libye et que vous tombez entre les mains des réseaux d’immigration clandestine, vous mettez de côté votre dignité et vous devenez un esclave qui doit faire tout ce qu’on lui demande. Vous pourrez être tué sans que personne ne soit au courant”, racontait ainsi à nos confrères de TelQuel un des Marocains depuis un centre de rétention de Libye.

Si d’autres prisonniers auraient été rapatriés chez eux en Tunisie, en Algérie, en Égypte, ou encore vers des pays d’Afrique subsaharienne, un certain nombre de Marocains est toujours retenu en Libye. “Ceci n’est pas une prison, c’est une exécution”, avait déclaré le prisonnier à l’origine de la vidéo alarmante, filmant les migrants entassés sur les lits et le sol d’une cellule délabrée.

“On est la seule nationalité qui est toujours au centre, pas un seul responsable marocain n’est venu nous voir ou même appelé pour connaître notre situation”, avait souligné le migrant dans la vidéo filmée et publiée sur les réseaux sociaux le 13 novembre dernier, en annonçant une grève de la faim des 236 migrants, malades et mineurs compris.

“Nous aimons le Maroc, tenait-il à préciser. Nous avons quitté les terres marocaines et nos famille en pleurant, et en espérant améliorer notre qualité de vie parce que nous vivions dans la pauvreté, la misère et exclus de la société”, expliquait-il dans la vidéo.