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07/08/2018 14h:10 CET | Actualisé 07/08/2018 14h:10 CET

LIBERTÉ !

Joel Carillet via Getty Images

Tu seras obligé d’abandonner ce qui te sera le plus cher ; c’est la première flèche que lance l’arc de l’exil. Tu apprendras combien le pain de l’étranger est amer, et combien il est dur de monter et de descendre l’escalier d’autrui”.

Dante (Poète et humaniste italien, auteur de la Divine Comédie).

L’immigration devient de nos jours une question épineuse qui peut déstabiliser des gouvernements, délier des alliances et menacer la sécurité nationale. En Europe comme en Amérique, l’immigration divise plus qu’elle ne réunisse, mais tout le monde s’accorde sur le fait qu’il va falloir revoir en profondeur les politiques migratoires, arrêtées, des fois certes remaniées, depuis des temps déjà révolus.

La tendance, faut-il le reconnaitre, est vers le durcissement des dispositifs de contrôle des flux migratoires, mais aussi et surtout, prenant pour motif l’immigration clandestine et l’asile, l’immigration légale. Les nationalistes, les radicaux et, disons-le clairement et courageusement, les antis-étrangers prennent de plus en plus de place et voient leur pouvoirs se multiplier et leur arguments se renforcer.

L’Allemagne, bon élève en tout, voit son gouvernement déstabiliser sur fond de divergence, l’Europe, dans la douleur, arrive, bon gré mal gré, à échafauder les contours d’un pseudo accord qui ne règle rien. Les États-Unis projettent même de diviser les familles et séparer les mères de leurs enfants, si ce n’est l’intervention de la fille TRUMP dans un appel de cœur public et émouvant pour faire fléchir son Président de père.

Pourtant le phénomène migratoire a, de tous temps, été intimement lié à l’histoire humaine. De grands mouvements migratoires, à travers le temps, ont conduit à l’émergence de populations transnationales et les preuves scientifiques soutiennent que nos racines se sont complètement entremêlées et que pas ou très peu de groupements humains peuvent s’enorgueillir d’avoir des lignées immaculées.

Toutes les tentatives de formalisation du fait migratoire, à commencer par la doyenne celle de Ravenstein, présentent l’inconvénient de s’adosser à des analyses de données statistiques recueillies et présentées de façon impersonnelles et font abstraction de l’objet même du fait et son acteur, l’Homme, et omettent sa singularité, car même si les expériences vécues sont largement partagées et considérées comme collectives, leurs interprétations restent individuelles de par leur association à des vécus propres et des sentiments personnelles.

Les faiseurs d’opinion à grande échelle, ceux qui savent glorifier leurs échecs, les puissants de ce monde bernent le reste du monde en se posant en victime, par la généralisation de situations parcellaires. Un marketing institutionnel, associé au marketing de masse, présente le migrant comme composant incontournable des phénomènes de guerres, de fuites et de problèmes.

Ils oublient, sciemment, qu’il n’est pas question de statistiques, il n’est guère question de choses matérielles. Ils omettent qu’il est essentiellement question de vie d’hommes, de femmes, d’enfants, de sentiments et d’espérances de communautés entières, ballottées entre deux temps incompatibles, entre deux mondes parallèles qui ne se rejoindront jamais, et entre un régime qu’ils regrettent malgré tout et un devenir qu’ils espèrent vainement.

Les migrants sont, malgré eux, en rupture (définitive ou provisoire) avec leurs communautés d’origine, nous avons tous des racines et peu d’entre nous souhaitent s’en défaire, et en attente (perpétuelle) de leurs communautés d’accueil, de par leurs images faussement esthétiques et une illusion de facilité et de bien-être. Mais les migrants sont aussi un lieu d’apprentissage et une grande école de vie, leur créativité, leur ingéniosité, leurs capacités d’adaptation et leur générosité nourrissent leur production sociale et gouvernent leur interaction avec l’environnement.

Aujourd’hui, contrairement aux annonces hyperboliques, des flux migratoires significatifs sont orientés des pays développés vers d’autres pays développés. Pour le reste, les flux migratoires des pays en voie de développement vers les pays développés concernent une tranche importante de gens qualifiés et ont déjà été, dès les années soixante-dix, reconnus comme transfert inverse de technologie.

En ce mois de juillet, symbole de liberté et de refus de soumission, où plus de 35 pays célèbrent leurs fêtes nationales, fêtes d’indépendance ou fête de révolution, où presque chaque jour annonce une ou plusieurs de ces fêtes, il n’est pas sans intérêt de rappeler que la liberté prime sur tout autre besoin de l’Homme et, par la même occasion, affirmer que les mouvements migratoires restent la meilleure expression du besoin inconditionnel de liberté, du refus non négociable de la condition, de la quête infraliminal d’identité et la recherche, toujours, du meilleur de l’autre, chez l’autre et avec l’autre.