MAROC
18/04/2019 15h:15 CET

Liberté de la presse: Le Maroc stagne dans le classement 2019 de RSF

L'ONG pointe du doigt les procès fleuves intentés contre les journalistes.

Manuel Breva Colmeiro via Getty Images

MÉDIAS - En matière de liberté de la presse, le Maroc n’a pas bougé d’un iota. Le Royaume occupe toujours la 135e place du classement réalisé chaque année par Reporters sans frontières (RSF), occupant ainsi la zone “rouge”, où la situation est dite “difficile”. Publié ce jeudi 18 avril, le rapport de l’ONG pointe notamment du doigt les procès fleuves intentés contre plusieurs journalistes marocains.

Parmi eux, Ali Anouzla, rédacteur en chef du site d’information Lakome2, dont le procès dure depuis plus de cinq ans, et Maati Monjib, président de l’Association marocaine du journalisme d’investigation (AMJI), qui fait face à la justice depuis près de quatre ans. Les deux journalistes doivent notamment répondre à des accusations “d’apologie du terrorisme”, “incitation à commettre des actes terroristes” et “atteinte à la sécurité de l’État”, “alors qu’ils n’ont fait qu’exercer leur métier”, indique RSF. Selon l’ONG, ces deux procès “dévoilent une volonté manifeste de l’État marocain de maintenir la profession sous pression”.

En plus de ces procès fleuves, “l’année 2018 a été marquée par de fortes pressions judiciaires sur les journalistes”, poursuit l’ONG qui estime que les autorités marocaines ont “délibérément entravé le travail des médias nationaux et étrangers travaillant sur le Hirak du Rif ou le dossier désormais tabou de la migration”. “Ainsi, plusieurs procès ont été intentés, aussi bien contre des journalistes-citoyens que professionnels”, rappelle RSF. “Plusieurs sont actuellement incarcérés, et des peines de prison et des amendes ont été prononcées, tandis que des journalistes étrangers ont été expulsés”.

La Tunisie en tête des pays maghrébins

Au niveau régional, le Maroc arrive bien loin derrière la Tunisie, qui fait un bond en avant significatif dans le classement. Elle a en effet progressé de 25 places, passant de la 97e à la 72e place entre 2018 et 2019. L’Algérie, elle, a perdu 5 places, et dégringole à la 141e place du classement cette année. La Libye arrive en queue de peloton, à la 162e place.

Pour RSF, le journalisme est “mis à rude épreuve” en Afrique du Nord, “par la volonté manifeste des dirigeants de contrôler la presse, et d’attaquer les journalistes qui enquêtent sur les sujets sensibles de la corruption ou couvrent les soulèvements populaires”.

“La haine des journalistes a dégénéré en violence”

Au niveau mondial, les pays scandinaves tiennent une fois de plus le haut du tableau. La Norvège arrive en tête, suivie de la Finlande et de la Suède. L’Erythrée (178e), la Corée du Nord (179e) et le Turkménistan (180e) occupent le bas du classement. Cette année, seuls 24% des 180 pays et territoires recensés dans le classement affichent une situation “bonne” (zone blanche) ou “plutôt bonne” (zone jaune), contre 26% l’année dernière.

Les Etats-Unis, “où un climat toujours plus hostile s’est installé au-delà des propos de Donald Trump”, perdent quant à eux trois places et sont classés 48e. “Jamais les journalistes américains n’avaient fait l’objet d’autant de menaces de mort”, déplore RSF. L’ONG note, globalement, que “la haine des journalistes a dégénéré en violence, laquelle est facteur d’une montée de la peur”.

Pour établir son classement, RSF s’appuie sur les performances des pays et territoires étudiés “en matière de pluralisme, d’indépendance des médias, d’environnement et d’autocensure, de cadre légal, de transparence et de qualité des infrastructures soutenant la production de l’information”. Elle précise qu’il ne s’agit pas d’évaluer les politiques gouvernementales des pays.