TUNISIE
20/04/2019 17h:36 CET | Actualisé 21/04/2019 03h:22 CET

L'homosexualité en Tunisie: Par où commencer pour atteindre la dépénalisation?

Rawpixel via Getty Images

Du 15 au 20 avril, les militants LGBT++ en Tunisie et des droits humains plus généralement ont pu débattre des problématiques liées aux droits des minorités sexuelles à l’occasion de la deuxième édition du festival “Couleurs d’avril”. 

Organisé par l’institut français de Tunisie en partenariat avec ADLI, ATP+, Avocats Sans Frontières, Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie, Outcast, Alwani, Twensa Kifkom et El Teatro, le festival “Couleurs d’avril” est manifestation culturelle mais surtout une tribune pour s’exprimer pour toute une frange de la société tunisienne marginalisée et exclue des médias de masse. 

Plusieurs panels ont meublé cet événement autour des droits des prisonniers LGBT++ dans les prisons tunisiennes, la transidentité, le recensement des populations transgenres tunisiennes, etc. 

Par où commencer? 

Est-ce qu’une dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie est possible à l’aune des évolutions à l’échelle mondiale autour de cette question? 

La question a été débattue, vendredi 19 avril, lors d’un panel intitulé “Dialogue entre les deux rives: discussion autour des processus de dépénalisation”, animé par Wahid Ferchichi, professeur de droit et fondateur de l’ADLI, Christophe Girard, homme politique français, adjoint à la maire de Paris en charge de la culture,  Ramy Khouili, médecin et militant pour les droits humains, Antoine Idier,  sociologue et historien français et Mohamed Amine Jelassi, juriste. (vidéo ci-dessous). 

La loi au préalable

Pour Wahid Ferchichi, tout processus de dépénalisation de l’homosexualité a ses spécificités selon les pays, et tributaire de la mobilisation des médias, des parlementaires, de la société civile, des juges, etc. La dépénalisation n’est que le premier pas vers l’égalité, étant donné que celle-ci est un combat de tous les jours même dans l’autre rive de la méditerranée. 

Ayant publié récemment un livre intitulé “L’article 230: Une histoire de la criminalisation de l’homosexualité en Tunisie”, Ramy Khouili a insisté sur le fait que la lutte commence d’abord par l’abrogation de l’article 230 du Code pénal en opposition à Jelassi, pour qui la lutte passe d’abord par l’élément culturel.

Présent lors du panel, le militant pour les droits humains, Tarek Ben Hiba a rebondi dans ce sens: “On ne doit pas opposer la culture au Droit. Pour moi, il y a d’abord le Droit. Bien sûr qu’il y a une culture gay qu’on doit comprendre mais le combat est un combat de Droit”. 

“Quand les discriminés portent leurs combats que tout devient possible”, ajoute-il. 

Citant  le communiqué du Conseil de l’ordre des médecins considérant le test anal comme contraire à la déontologie médicale ou encore la décision de justice en faveur de radio de l’association Shams, Ferchichi y voit les signes que “la civilité de l’Etat se construit petit à petit”.

L’autre rive de la méditerranée: les luttes continuent

Même en France, le processus de dépénalisation n’était pas facile. Pour Christophe Girard, ”ça était un long chemin”, lance-t-il, en parlant de l’histoire de la dépénalisation dans son pays.

Pour lui, l’exemple de l’Inde, qui a pénalisé l’homosexualité récemment malgré les résistances religieuses et le verrouillage de la société, est un motif d’optimisme. 

Interrogés par le HuffPost Tunisie sur la situation des personnes LGBT d’origine musulmane en France et la pression exercée sur elles dans les banlieues, Antoine Idier admet que leur situation est “compliquée” mais exprime sa crainte d’associer l’homophobie à des quartiers ou à une religion. 

Revenant sur l’affaire de Julia, transgenre, violemment agressée place de la République à Paris, début avril, Christophe Girard ne nie pas la violence homophobe exercée par une frange des personnes d’origine maghrébine ou africaine et insiste sur le fait qu’un travail d’accompagnement est en train d’être fait dans ces quartiers.

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