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10/12/2014 05h:48 CET | Actualisé 09/02/2015 06h:12 CET

L'historiographie tunisienne et la révolution: Une volonté d'en savoir plus

POLITIQUE - L'histoire de la "révolution du jasmin" est aujourd'hui un domaine reconnu de la recherche historique tunisienne. Forte de plusieurs publications, cette période historique commence à occuper une place de plus en plus importante dans la vie intellectuelle postrévolutionnaire.

L'histoire de la "révolution du jasmin" est aujourd'hui un domaine reconnu de la recherche historique tunisienne. Forte de plusieurs publications, cette période historique commence à occuper une place de plus en plus importante dans la vie intellectuelle postrévolutionnaire.

Quant à la vieille tradition universitaire, elle a tendance à abandonner une histoire qui s'appuie trop peu sur les témoignages oraux puisque l'historiographie tunisienne commence à prendre conscience de son rôle majeur dans le façonnement de l'identité nationale.

Pour tenter de traduire ou, si l'on préfère, de refléter la complexité de l'histoire de la révolution, l'historien a certainement besoin d'un délai mais ce temps d'élaboration de l'écriture historique devint de plus en plus bref puisque l'historien tunisien est obligé de travailler vite; c'est pourquoi, il n'est pas rare qu'il soit sollicité par les différents types de médias pour analyser un tel ou tel événement politique ou culturel lié à la révolution.

Cette nouvelle méthode a certainement métamorphoser le quotidien de la société tunisienne en histoire-vécue, ce qui traduit le gros poids du présent dans l'investigation du passé. Cette évolution rapide des méthodes des historiens tunisiens est due aux grands débats, élaborés depuis la chute de l'Ancien Régime, qui portent sur le type de rapport à instaurer, entre témoignage et écriture historique et sur l'apport de la subjectivité à l'enrichissement de l'analyse historique.

Il est vrai qu'une histoire complète de la révolution tunisienne n'est pas encore complète mais l'histoire des "temps révolutionnaires" est pourtant souvent inscrite dans une longue tradition tunisienne d'écriture de l'histoire par les contemporains des événements.

Ainsi, Ahmed Ibn Abi Dhiaf (1804-1874), homme politique et historien tunisien du 19ème siècle, est fréquemment invoqué comme figure fondatrice d'une écriture "à chaud" de l'histoire qui n'aurait, depuis lors, cessé d'exister malgré quelques éclipses.

La justification du bien fondé et de la possibilité de faire l'histoire de la révolution tunisienne par l'ancienneté de cette pratique est régulièrement employée par un nombre important d'historiens pour légitimer cette nouvelle épistémè où l'histoire proche gagne droit de cité dans les programmes des différents partis politiques malgré que son institutionnalisation comme période soulève un certain nombre de préventions au sein de la communauté historienne.

C'est en raison de ce statut conféré à l'histoire de la révolution que la première exigence pour les promoteurs de cette "Nouvelle Histoire" est de fonder sa légitimité épistémologique pour se démarquer d'une histoire qui ne se justifiait que par ses finalités civiques.

Mais l'irruption de l'histoire de la révolution tunisienne ne saurait être réduite à cette seule dimension institutionnelle car elle est l'indice de ce nouveau rapport de la société tunisienne postrévolutionnaire à son histoire. Assurément que l'éclairage historique n'est pas là pour mémoire mais pour mieux comprendre le présent, ce qui explique cette nouvelle méthodologie qui montre que le savoir historique tunisien se développe dans les cadres généraux de la pensée de son époque.

L'exemple le plus impressionnant pour illustrer ce point est le déplacement du centre de gravité des recherches académiques vers l'actualité dans le but de rendre le présent plus intelligible. Cette nouvelle "archéologie de savoir" s'appuie sur la réflexion épistémologique développée depuis les années 1990 par l'historien Abdeljélil Témimi, et par un nombre important d'historiens contemporanéistes, réflexion selon laquelle toute connaissance historique est non seulement située dans le temps mais s'élabore aussi depuis le présent qui ne cesse de renouveler le questionnement de l'historien.

Ainsi, l'intégration de la catégorie de présent dans le champ historique qui s'exprime dans la dénomination du nouveau laboratoire n'est donc pas seulement la prise en compte d'une séquence temporelle mais une affirmation d'un nouveau regard porté sur l'opération historiographique qui arrive à sa maturité avec la chute de la dictature en 2011.

Depuis lors, on entend rendre intelligible le nouveau rapport social à l'histoire qui se manifeste par l'importance que prend alors le thème de la mémoire.

Ainsi, pour saisir cette grande évolution des méthodes, entre le début de l'année 2011 et la fin de 2014, il faut revenir à l'historien Hédi Timoumi qui articule la notion de "révolution tunisienne" avec celle de "présence de l'histoire".

Il inscrit cette renaissance méthodologique par le retour en force de l'événement mais ce basculement n'affecte pas la seule discipline de l'histoire, il est général dans l'ensemble des sciences humaines ce qui atteste d'une préoccupation d'attention à ce qui advient de nouveau dans une interrogation renouvelée sur l'événement.

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