TUNISIE
19/06/2019 13h:14 CET | Actualisé 19/06/2019 20h:46 CET

LGBTQI - Mawjoudin, "parce qu'on existe": Ali Bousselmi se livre au HuffPost Tunisie

Mawjoudin a choisi de miser sur l’art pour bousculer les mentalités.

Facebook/Mawjoudin - We exist

Mawjoudin (on existe), “était une réponse à ceux, dont Samir Dilou -à l’époque ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle-, qui disaient qu’on n’existait pas”, lance Ali Bousselmi, co-fondateur de l’association Mawjoudin au HuffPost Tunisie.

L’emblème de l’association est une girafe: “La girafe, impossible de ne pas la voir”, ajoute-t-il, en guise d’un clin d’œil à tous ceux qui ne veulent pas voir les personnes ayant une sexualité différente de la leur.

Ali Bousselmi

 

Mawjoudin, c’est aussi l’histoire d’une jeune femme, Abir Boukornine, la compagne de route d’Ali Bousselmi. Ils ont milité côte à côte à la section tunisienne de l’ONG, Amnesty international.  C’est dans cette organisation qu’ils ont entamé leur combat pour les droits humains, sauf qu’à Amnesty, la question de l’homosexualité et la migration ne figuraient pas dans l’agenda de l’ONG, raconte Bousselmi.

En 2014, les deux amis, rejoints par d’autres, décident de créer leur association. Le premier bureau est composé de cinq femmes et de deux hommes et ce n’est pas un hasard: “On ne voulait pas reproduire un modèle de domination masculine très répandu même dans les associations LGBTQI”, explique Ali.

 

Via son travail au quotidien, Mawjoudin prône l’ouverture: “On n’exige pas que les membres soient LGBTQI, on a dans nos rangs des hétérosexuels comme des homosexuels. C’est absurde d’exclure des personnes à cause de leur orientation sexuelle alors qu’on milite contre l’exclusion”, souligne-t-il.

Depuis 2015, d’autres organisations revendiquent, elles aussi, la dépénalisation de l’homosexualité. Mawjoudin a choisi de miser sur l’art pour bousculer les mentalités, tel que “Fawzir Queer of the bled” ou encore la production chaque année d’un court-métrage sur la question LGBTQI. L’événement le plus emblématique de l’association est le Festival du Film Queer de Mawjoudin qui a accueilli environ 1000 festivaliers pour son édition de 2019, se félicite le militant associatif. 

Mawjoudin diversifie également ses actions entre aide psychologique, aide médicale et légale. Toujours sensible au sort des migrants, Ali Bousselmi évoque également un projet de soutien en direction des migrants LGBTQI. Les besoins sont énormes en la matière. Pour Bousselmi, l’aide apportée ne s’improvise pas: “On compte sur les formations continues de notre équipe pour renforcer nos capacités”.

En effet, les actions menées sont délicates comme celles auprès des familles des personnes LGBTQI pour une meilleure cohabitation familiale ou celle ciblant les personnes LGBTQI elles-mêmes pour une acceptation des différentes identités sexuelles face à la stigmatisation.

 

“On est contre la victimisation et le communautarisme, on ne veut pas se complaire dans une posture victimaire au lieu d’agir. Le concept de communauté rime avec enfermement et sectarisme et ça me dérange”, insiste-t-il.

Ali Bousselimi est contre aussi une vision embellie de la communauté LGBTQI: “On fait face à des personnes fragiles, parmi elles il y a aussi des voyous, il ne faut pas le cacher et vendre l’image d’une communauté harmonieuse où ne cohabitent que de belles personnes”, lance-t-il.

Pour le fondateur de Mawjoudin, les chantiers sont énormes sur cette question et les priorités s’imposent à l’aune des urgences qui se posent, conclut-il. 

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