TUNISIE
12/11/2018 18h:14 CET

Affaire Belaid-Brahmi: L'existence de la "chambre noire" établie malgré les démentis

Les documents sont entre les mains de la justice.

Capture écran/Youtube/Euronews Videos

La présumée “chambre noire” au sein du ministère de l’Intérieur qui contiendrait des documents pouvant dévoiler les parties impliquées dans les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, continue de faire débat.

Mais les dernières déclarations mettent en évidence son existence, après que le porte-parole du pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, Sofiene Siliti, a déclaré à Mosaïque FM, que les documents présents dans ladite chambre sont actuellement entre les mains de la justice, pouvant faire la lumière sur les deux assassinats politiques.

Toujours selon Siliti, les serrures de la chambre ont été changées, et la chambre fermée par la justice, après avoir saisi les documents qui s’y trouvent.

De son côté, l’ancien ministre de l’Intérieur, Ali Laârayedh, persiste à nier l’existence de cette chambre. Dans une déclaration accordée à Mosaique FM, Laârayedh affirme qu’ “il n’y ni chambre verte ni noire” au ministère, ajoutant que les archives du ministère ont toujours été, et sont toujours à la disposition de la Justice.

 

Il a également qualifié de “menteurs” ceux qui ont dénoncé l’existence de cette chambre, affirmant qu’il n’y a aucune intention de masquer la vérité, et que ces campagnes, dit-il, “n’ont pour but que de perturber la justice et déstabiliser la politique”.

Pas d'avenir politique pour ceux qui s'allient avec des meurtriers Ridha Radaoui, membre du comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi

 

Pour sa part, l’avocat et membre du comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, Ridha Raddaoui, dans une déclaration à Mosaique FM, a appelé Sofiene Siliti à jouer la transparence et ne plus essayer de détourner les informations, vu que celles-ci sont maintenant détenues par la justice.

“Le ministère public doit être mis au courant de tout nouvel élément dans cette affaire” a-t-il indiqué.

Raddaoui s’est également adressé au président de la République, Béji Caid Essebsi, lui demandant de réunir le conseil supérieur de la sécurité nationale.

“Pas d’avenir politique pour ceux qui s’allient avec des meurtriers, l’avenir est pour ceux qui soutiennent le peuple” s’est-il adressé au chef du Gouvernement, Youssef Chahed, qu’il accuse de collaboration avec Ennahdha, le parti soupçonné, par le comité de Défense, d’être impliqué dans les assassinats. 

Pas de chambre portant ce nom

Malgré ces déclarations, le ministère de l’Intérieur continue de nier l’existence de la chambre dans un communiqué rendu public. Le ministère explique qu’aucune chambre portant ce nom n’a jamais existé, mais qu’il s’agit seulement d’une simple chambre d’archives.

“Tout le contenu de la chambre est à présent à la disposition de la justice qui détient les clés de la chambre après avoir changé les serrures” lit-on dans le communiqué.

Le ministère appelle enfin à le laisser en dehors de cette polémique et en dehors des conflits politiques.

C’est la deuxième fois que le ministère réfute cette histoire. En effet, après les déclarations explosives du comité le 2 octobre 2018, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Sofiène Zaâg, avait démenti l’existence de toute ”chambre noire” au sein du ministère.

L’implication d’Ennahdha

Le ministère public auprès du Tribunal de première instance de Tunis avait ordonné d’effectuer les investigations nécessaires suite aux déclarations du comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi lors de la conférence de presse tenue le 2 octobre dernier.

Dans une conférence de presse tenue récemment, le comité de défense est revenu sur les circonstances de l’assassinat des deux militants de gauche, sous le thème: “L’organisation spéciale du mouvement Ennahdha après la révolution et sa relation avec les assassinats politiques: Des vérités révélées pour la première fois”.

Pointant du doigt le rôle joué par Ennahdha dans ces assassinats et présentant de nombreux document, le comité de défense a mis en exergue l’implication de Mustapha Khedher, un militant d’Ennahdha, chez qui plusieurs documents relatifs à ces affaires auraient été retrouvés chez lui.

Plusieurs enregistrements audio non datés -mais vraisemblablement enregistrés sous le gouvernement de la Troïka-, qui auraient été retrouvés en sa possession, ont fuité sur les réseaux sociaux.

Le comité de défense a également affirmé qu’un appareil sécuritaire propre à Ennahdha a été mis en place par celle-ci, chargé d’espionner plusieurs personnalités politiques tunisiennes mais également des ambassades étrangères.

Les deux martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi ont été assassinés respectivement le 6 février 2013 et le 25 juillet de la même année, à six mois d’intervalle.

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