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17/12/2018 15h:39 CET | Actualisé 17/12/2018 15h:45 CET

Lettre ouverte à Monsieur le ministre de l'Éducation - École pilote: y a-t-il quelqu'un dans le cockpit?

Il n’y a pas d’élève fainéant, il y a un système défaillant. Il n’y a pas d’élève bête. Il y a des élèves abêtis!

AFP Contributor via Getty Images

Il ne s’agit Monsieur le ministre, ni de revendications, ni de protestations, encore moins de demande de reformes, ni de chamboulement de notre système éducatif. Vous devez être bien placé pour pouvoir mettre des mots sur les maux de l’enseignement en Tunisie.

Je viens suggérer un petit remue-méninges qui aboutirait probablement à un grand remue-ménage.


Je vais parler de la discrimination au sein de l’école Républicaine, moi qui viens d’une région ou tout est discriminatoire, de la géographie jusqu’à l’Histoire.

Je ne connais pas la tête bien pensante qui a instauré l’école pilote en Tunisie. Je ne connais ni ses motivations, ni ses objectifs, ni les pays sur lesquels elle a calqué cette trouvaille, ni les intelligences supérieures qu’elle a consulté.

Je connais en revanche les implications de la “ghettoïsation” des intelligences. Je connais le sentiment d’infériorité que cela engendre chez les enfants de l’école dite “normale” et celui, encore plus grave voir malsain, chez les rescapés de “la sélection des races”.

Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur, que le cerveau humain dispose d’intelligences multiples: linguistique, logico- mathématique, corporelle kinesthésique, artistique, inter ou intra- personnelle etc.. . Donc et par conséquent tout enfant dispose d’un don, d’une intelligence, d’un “Skill” qu’il nous incombe à nous autres acteurs de la chose éducative de découvrir, d’ accompagner et de développer.

Exposer des enfants à ce système de tri, n’est pas seulement démotivant et traumatisant pour un enfant, c’est surtout une sorte de solution finale pour achever toute forme de prédisposition, disposition ou capacité enfouie.

Non satisfaits de la hauteur du mur de séparation entre les deux écoles, il a fallu en rajouter une couche: Doter, les chouchous des “meilleurs” enseignants -une autre sélection des races- de meilleurs moyens et d’une infrastructure plus décente .

Mon devoir d’enseignante m’oblige de vous signaler que les élèves se sentent lésés par ce système d’Apartheid. Ils n’aiment plus l’école car ils s’y sentent mal-aimés, dévalorisés, comparés à d’autres plus “futés”. Ils s’y sentent inutiles, de trop .

Le système de notation n’a absolument rien à voir avec le niveau réel des élèves, surtout quand il s’agit de gavage plutôt que d’apprentissage, de reproduire au lieu de réfléchir, d’imitation à la place de créativité, de compétition et non d’épanouissement. Ces petites intelligences sont réduites à un pur produit de consommation à qui on a appris de troquer le plaisir du savoir contre un classement aléatoire.

Le classement, justement, ou le non classement de notre pays à l’échelle mondiale de l’éducation est plus que loquace.

L’école pilote ne forme pas forcement des élites, et l’école “ordinaire” n’est pas une réserve pour sous-doués.

Je dis toujours à mes élèves qui ne sont pas très brillants en Anglais qu’ils peuvent toujours se rattraper, qu’il suffit d’un déclic, d’une frustration ou d’un coup de coeur, mais même si ce n’est pas le cas, ils peuvent toujours se donner à fond dans ce qu’ils aiment le plus, ce qu’ils savent le mieux faire: musique, sports, mathématiques.


Il n’y a pas d’élève fainéant, il y a un système défaillant.
Il n’y a pas d’élève bête. Il y a des élèves abêtis!

 
 

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