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27/02/2019 13h:54 CET | Actualisé 27/02/2019 13h:54 CET

Lettre ouverte à Monsieur Hafedh Caïd Essebsi

"Je vais compter sur votre instinct de survie (morale), car connaissant les rouages de la politique et les aléas de la vie, j’ai bien peur que vous finissiez, dans le meilleur des cas, pathétiquement seul !"

FETHI BELAID via Getty Images

“Celui que l’ambition a fait sortir de sa coquille se trouve très mal à l’aise quand le sort l’oblige d’y rentrer.” Antoine Claude Gabriel Jobert.

Comme tout Tunisien, vous avez absolument le droit de faire de la politique. Comme tout Tunisien, vous avez le droit d’appartenir à un parti politique, et même d’ en prendre les commandes. Et comme tout être humain vous avez le droit d’avoir des ambitions personnelles, de convoiter les sommets que seuls les vautours et les reptiles peuvent y accéder.

Comme tout patriote vous avez le droit de penser que vous pouvez apporter votre quote-part à un pays dans l’impasse .

Que vous ayez des bouées de sauvetage, de la vision et de l’éclairage, et que vous déteniez la carte où il y a une issue à ce labyrinthe, les lois, la constitution et les droits de l’homme vous le garantissent pleinement, irrévocablement.

Mais, parce que voyez-vous, il y a toujours un mais! le votre est majuscule, incisif, définitif.

Mais nous ne sommes pas une monarchie. Mais nous ne n’aimons pas les dynasties. Loin de nous les Bush, les Kennedy, encore plus les Ghandi. Nous sommes un petit peuple fatigué. C’est tout. Et vous êtes l’incarnation de ce que le Tunisien a rejeté il y a quelques années au prix du sang de ses enfants.

Vous êtes la personnification de cette idée que le Tunisien exècre: la transmission du pouvoir de père en fils dans le déni total du dégoût que cela engendre chez les Tunisiens.

Comme l’intelligence, le charisme et la ténacité, le pouvoir ne se transmet pas de père en fils. Ce n est pas un lègue. Ce n est pas un lot de terre ou un bijou de famille, encore moins un jouet qu’on offre à son enfant ...

Le Tunisien, le citoyen, le contribuable, le chômeur, le fonctionnaire, ne ressemble à aucun de ce groupe de collaborateurs qui vous incitent à vous agripper à la politique pour demeurer dans la sphère du patron et chipoter ici et là ce qu’ils peuvent soutirer au pays à plat ventre.

En nourrissant vos ambitions, ils maintiennent les leurs en vie. Ils seront les premiers à vous lâcher. Non seulement le peuple est frileux à votre égard car vous portez le lourd fardeau de votre nom, mais aussi il considère que vous êtes responsable de l’implosion du parti politique qu’ils considéraient comme l’ultime rempart contre l’écroulement du pays.

Les gens pensent -à tort ou à raison- que vous vous êtes livré au jeu de l’ambition personnelle, des intrigues du palais et des messes basses au mépris total des malheurs quotidiens du peuple.

Une large frange des Tunisiens, dont votre électorat, vous ont vu à l’oeuvre, et n‘ont pas été spécialement interpellés par votre exercice: des affinités avec les ultra-conservateurs pas très cohérente avec ce que vous brandissiez pendant votre campagne et encore aujourd’hui. Des conseillers, emblèmes de la propagande dictatoriale, des fuites en veux-tu en voilà, du chantage, du marchandage à qui mieux mieux ... Ce n est pas de l’amateurisme politique, c’est un amalgame putride qui part dans tous les sens.

Nous autres petit peuple impuissant avons l’impression que la position de votre père vous a donné l’accès à un carrousel et que vous êtes en train d’essayer de monter tous les chevaux. Sauf que la Tunisie ne peut pas demeurer un parc d’attraction indéfiniment ... Sauf qu’au jour d’aujourd’hui, le peuple souffre, et le diagnostic vital de l’État est engagé.

L’un des plus grands accomplissements qui marqueront votre passage en politique, c’est que vous avez réussi à ternir l’image de votre père que nous avons tant aimé. Vous l’avez isolé de nous. Vous lui avez ôté la dignité d’une belle sortie, et la possibilité de continuer à nous guider pour un autre mandat.

L’instinct paternel était à court d’arguments pour vous défendre. Le président était tellement poignant et bouleversant en essayant de vous protéger. Tellement SEUL !

Nous avions presque envie de vous pardonner. Faites pour lui ce qu’il a fait pour vous. Je ne compte ni sur votre intelligence, ni sur votre morale, car je ne les connais pas, quoi qu’elles peuvent exister. Mais je vais compter sur votre instinct de survie (morale), car connaissant les rouages de la politique et les aléas de la vie, j’ai bien peur que vous finissiez, dans le meilleur des cas, pathétiquement seul !

Gare à l’ambition qui n’est point apaisée: Tout sommet est voisin de la pente opposée.

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