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17/06/2019 22h:26 CET | Actualisé 17/06/2019 22h:26 CET

Lettre ouverte à M. le Président Béji Caid Essebsi

Le projet de loi visant à modifier le processus électoral à quelques mois de l’échéance est une infamie inconstitutionnelle

Anadolu Agency via Getty Images

Monsieur le Président,

Je m’adresse à votre autorité, garante de la constitution et des principes fondamentaux de droits et de libertés qui y figurent.

Me permettez vous de vous énoncer une série de dérives que connait notre chère et jeune République. Il m’est inconcevable de me taire en ces heures sombres que connait la Tunisie démocratique post-révolutionnaire.

En effet, le projet de loi visant à modifier le processus électoral à quelques mois de l’échéance est une infamie inconstitutionnelle, qui n’est pas sans nous rappeler les années noires de la dictature benalienne.

À la lumière des derniers sondages, donnant vainqueur le patron d’un média, Nabil Karoui, pour ne pas le nommer, la majorité parlementaire crie au loup et se hâte d’apporter des lois pour écarter ce futur adversaire en le taxant de populiste et d’escroc politique. Sauf qu’il est incongru de voter des loi anti-constitutionnelle, puisque seule la Constitution dispose les conditions pour candidater au poste de Chef d’État. L’article 74 y est bien clair.

Je me demande si cette folle idée avait traversé les vielles démocraties lorsque des populistes y sont montés dans les sondages. Les pays bas se sont-ils dépêcher d’écarter Geert Wilders et son Parti pour la liberté (PVV)? Le parlement italien a-t-il barré la route au Mouvement 5 étoiles et à la Ligue du nord de Luigi Di Maio et Matteo Salvini? La France avait-elle usé des lois pour écarter Le Pen en 2002? Enfin le monde pullule d’exemples de soi-disant dangereux populistes; de Trump, à Bolsonaro au Brésil, en passant par Duterte le philippin. En aucun cas, les majorités en place n’ont eu recours à des amendements dignes de futurs mauvais perdants quelque soit les moyens usés par ces populistes pour arriver à leur fin (victimisation, discrimination, médias et autres)

Je me permet ainsi, M. le Président de conclure. 

J’accuse cette majorité parlementaire de fomenter un dossier contre un futur concurrent aussi dangereux soit-il, pour l’éjecter de la course.

J’accuse le clan au pouvoir de bafouer la constitution qui dispose très clairement dans son article 74 les conditions de candidature au poste suprême de Président de la République.

J’accuse le parlement dans son ensemble d’avoir retardé la création d’une cours constitutionnelle qui peut, le, cas échéant, juger de l’inconstitutionnalité de cette nouvelle loi électorale et protéger les acquis de notre jeune démocratie.

J’accuse le Chef du gouvernement, Youssef Chahed, de se maintenir corps et âme au pouvoir en usant de ses prérogatives pour faire pression sur ses adversaires.

J’accuse les députés de Tahya Tounes, adeptes du tourisme parlementaire, d’avoir sciemment mis la démocratie entre parenthèse pour un soi-disant ‘Bien’ du pays.

J’accuse le parti Ennadha d’avoir, maintes fois, changé d’opinion au gré des tiraillements politiques et opté finalement, pour la voie de l’oppression, une oppression similaire à celle dont ils ont été victimes jadis.

J’accuse ces représentants du peuple, démocratiquement élus, de changer les règles pour se maintenir en place sous couvert de bonne foi, en trahissant leurs électeurs.

J’accuse tous ceux qui ont trahi notre Révolution en faisant fi des martyrs  tombés depuis 2010 pour défendre nos droits et nos libertés.

M. le Président, 

Nabil Karoui n’est pas Dreyfus et je suis encore moins Emile Zola mais le combat est le même, défendre les principes de justice et de libertés qui ont fait la singularité de notre Tunisie aux yeux du monde.  

Je vous prie d’honorer ces principes en usant de votre pouvoir pour contrer cet infâme projet, et sauver notre pays d’une dérive autocratique certaine.

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