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15/01/2019 10h:36 CET | Actualisé 15/01/2019 10h:36 CET

Lettre aux tunisiens en commémoration du 8ème anniversaire de la révolution

Il est temps de transformer les colères en solutions. Pour cela, il faut transformer l’opportunisme en engagement, l’héritage en méritocratie et l’exclusion en participation.

Anadolu Agency via Getty Images

Chères Tunisiennes, chers Tunisiens,

Au 8ème anniversaire de la révolution Tunisienne et dans une période d’interrogations et d’incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes.

Notre révolution fut le résultat d’un long et périlleux chemin parcouru par des braves, des courageux qui ont dit assez à l’inégalité, à la précarité et à l’oppression. Ils ont payé de leurs vies, sans pour autant être officiellement reconnus, dans l’espoir d’un avenir meilleur pour nous et pour nos enfants. Pour cela nous devons commémorer cette date inconditionnellement. Aujourd’hui, quand je ne vois aucune célébration publique, aucun discours officiel ni du président de la République, ni du président du Gouvernement, ni du président de l’Assemblée Nationale et ni des présidents des partis libéraux et démocrates, je m’inquiète. Est-ce du dénigrement ou du mépris?  

La Tunisie n’est certes pas un pays comme les autres (Égypte, Syrie, Libye…). Mais le sens des injustices y est plus fort qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité n’y est que secondaire. L’ascenseur social est en cours de démontage et les rentiers ont en fait une principauté au service d’ordonnateurs financiers.

Chez nous, ceux qui travaillent, en particulier les fonctionnaires, se font payer par les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens à revenu moyen paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, dont on ne voit pas la finalité et qui renforce les inégalités. Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont plus accessibles aux privilégiés indépendamment de la situation. Les difficultés de la vie, en l’occurrence le chômage, sont surmontées, en encourageant l’immigration.

C’est pourquoi la Tunisie postrévolutionnaire est, de toutes les nations, en voie de devenir l’une des plus égocentriques et des plus inégalitaires.

La Tunisie postrévolutionnaire, c’est aussi une des plus floue, puisque chacun est supposé être protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie mais uniquement sur papier.

La Tunisie postrévolutionnaire c’est que chaque citoyen a le droit de choisir, parmi les pires, celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans l’élaboration des lois, dans les grandes décisions à prendre.

La Tunisie postrévolutionnaire c’est que chacun ne partage plus son destin avec les autres et chacun est appelé à décider de son propre destin. C’est tout cela, la nouvelle Nation Tunisienne postrévolutionnaire.

Comment ne pas être inquiet d’être Tunisien?

Je sais, bien sûr, que beaucoup d’entre nous sont aujourd’hui insatisfaits ou en colère. Parce que les coûts de la vie sont devenus trop élevés, les inégalités se creusent, les services publics se sont considérablement dégradés, les salaires sont trop faibles pour que certains puissent vivre dignement du fruit de leur travail, parce que notre pays n’offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d’où l’on vient. Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste.

Cette ambition, nous la partageons mais pas ceux qui nous dirigent. La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail.

En Tunisie, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Nous n’avons plus de repère, nous avons perdu confiance en l’avenir et nous nous sommes réduit au silence et à la résignation. Cette situation ne pourra pas durer longtemps. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous faut y répondre par des actes clairs.

Mais il y a pour cela une condition: à la violence il faut opposer de la violence (la violence du choix). Je n’accepte pas la pression et l’insulte -par exemple le mépris des élus au peuple-, je n’accepte pas la mise en accusation générale, par exemple, des instituteurs, des fonctionnaires, des chômeurs, des syndicalistes et des citoyens de l’intérieur. Si les riches et les gens du pouvoir agressent tout le monde, la société se défait !

Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir commun.

Il est temps de transformer les colères en solutions. Pour cela, il faut transformer l’opportunisme en engagement, l’héritage en méritocratie et l’exclusion en participation.

Chers Tunisiens, après 8 ans, il est aujourd’hui évident que nous ne pouvons léguer notre destin à l’impunité, à l’individualisme, et aux mercenaires! Vos engagements directs permettront de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la Tunisie au niveau maghrébin, Africain et international.

Chères Tunisienne, chers Tunisiens, je souhaite que le plus grand nombre d’entre nous se ressaisisse. Nous devons participer par l’action direct dans la construction d’un avenir puissant pour notre Nation et nous ne devons plus céder ou léguer notre destinée inconditionnellement.

En confiance,

Citoyen Tunisien

(Ce texte est inspiré du discours d’un Président)

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