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25/05/2015 07h:12 CET | Actualisé 25/05/2016 06h:12 CET

Confusions, convictions et obsessions

Espérer que le fait de vérifier que la porte soit bien fermée pour la vingtième fois calme son anxiété et stoppe le besoin de revérifier à nouveau, un besoin propulsé par des pensées récurrentes, même une conviction appuyée par un argument logique, risque de maintenir le cercle vicieux de la vérification qui n'en finit pas chez certaines personnes aux prises avec un trouble de la pensée et le besoin de calmer une anxiété spécifique.

Pixabay/RyanMcGuire

Espérer que le fait de vérifier que la porte soit bien fermée pour la vingtième fois calme son anxiété et stoppe le besoin de revérifier à nouveau, un besoin propulsé par des pensées récurrentes, même une conviction appuyée par un argument logique, risque de maintenir le cercle vicieux de la vérification qui n'en finit pas chez certaines personnes aux prises avec un trouble de la pensée et le besoin de calmer une anxiété spécifique.

Espérer que son nez sera parfait et à ne plus à nouveau modifier après le recours à plusieurs chirurgies plastiques pour diminution, risque de se conclure par la persistance tout de même d'une insatisfaction quant au résultat des transformations, et, bien malheureusement, une altération irrécupérable de son apparence.

Espérer que la personne qui a perdu une partie de son jugement suite à un accident cérébral communique à nouveau clairement avec son entourage, alors qu'elle se comporte des fois de façon bien agitée et que son état semble se dégrader depuis des années, fera mal sans qu'on réalise même à quel point, car l'accumulation de déceptions au niveau des attentes relationnelles, et l'attente interminable du retour de ce qui a été, et qui ne sera plus, est un espoir parfois très douloureux.

Espérer que manger des cerises en grosse quantité ou boire un élixir sans aucune preuve scientifique de ses bienfaits guérira d'un cancer risque de mener jusqu'à l'endettement, et peut-être même empêcher de se tourner vers la possibilité d'un traitement plus probant quant à une éventuelle amélioration de la condition.

Espérer sans se lasser qu'une administration corrompue récompense un employé dévoué et compétent pour sa sincère implication et lui décerne un prix pour ses accomplissements, alors que les décisions se basent depuis très longtemps sur des négociations invisibles avec conflits d'intérêts évidents, laissera le concerné en plan et sans avancement dans sa carrière.

Ce ne sont là que quelques exemples et pourtant certaines situations sans issue peuvent sembler si évidentes, avec des solutions envisageables de plus, mais laisser aussi bien des individus que des collectivités bloqués et enclins à la même répétition. Cette répétition est le résultat d'un entêtement personnel, volontaire ou non-volontaire, et dans certains contextes d'une synergie d'entêtements, dont certains volontaires et d'autres non volontaires. Décider d'occulter, se trouver à occulter, ou être mené à occulter certaines réalités relève du déni, de la dénégation, du délire ou de la pensée magique de l'un et/ou de l'autre, de relations complexes entre ces états divers en communication.

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Corps et esprit, "esprit de corps"

Les parents anxieux ont un impact au niveau du développement de réactions anxiogènes chez leurs enfants et pourtant ils ne souhaitent pas cette ''contagion'' et nous savons que l'anxiété se manifeste par des réactions physiologiques, elle ne relève pas d'un état d'âme. Certains parents anxieux iront même jusqu'à se dévouer corps et esprit à diminuer leur propre anxiété pour être plus en état d'aider leurs enfants à vivre moins d'anxiété.

Nombreuses personnes dépressives sont extrêmement lucides quant à l'absurde ou le caractère dysfonctionnel de certaines situations ou dynamiques relationnelles et cela affecte leur humeur, bien que la dépression relève évidemment de plusieurs facteurs, et qu'il se trouve que des conditions de vie agréables et un entourage aidant qui ne juge pas la vulnérabilité de la personne facilitent jusqu'à un certain point la traversée de cette épreuve de taille, une épreuve physique et existentielle.

Faire de l'exercice physique aide à passer au travers de la dépression, il revigore, améliore l'humeur et la condition physique, mais pour se lever et aller courir ou simplement prendre l'air, il ne s'agit pas tout simplement d'en prendre la décision, ce n'est pas uniquement une question de choix, cela prend de la motivation personnelle, laquelle, a besoin d'un soutien continu pour l'alimenter.

Être entouré de sa famille durant les temps durs est une ressource inestimable. Être plutôt seul au travers de la maladie, car le destin aura tracé dès la naissance une vie relationnelle plus démunie et des conditions de vie plus difficiles, rend le défi à relever colossal, bien que des retournements de situation plus favorables puissent amener un changement important par association ou coup de chance, une chance à toujours espérer, mais avec parcimonie pour ne pas vivre dans la pensée magique à trop espérer.

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Le délire à décortiquer

Le délire par exemple est un symptôme qui est bien difficile à traiter, et bien qu'il soit un symptôme psychotique, délire et hallucinations sont deux choses bien différentes. Les hallucinations qu'on associe à l'état psychotique impliquent des perceptions et sensations illusoires, et le délire se manifeste par une désorganisation de la pensée et un discours décousu. Aussi, les deux constituent des symptômes positifs dans le cas d'une schizophrénie. Quand on parle de psychose qui est un état qui trouble la pensée, le délire est un symptôme qui s'ajoute, mais quand le délire ne vient pas conjointement à des hallucinations, on ne parlera pas de trouble psychotique comme dans le cas de la schizophrénie où il y a une perte de contact avec la réalité.

Un délire spécifique peut être présent sans forcément entraîner une conséquence négative pour la personne qui le présente et qui demeure fonctionnelle. Plus accaparant, il peut au contraire causer des dommages considérables dans des cas. Le délire paranoïde par exemple peut mener à l'isolement social par crainte d'en venir à vivre des choses difficiles ou à faire face à des dangers, il peut avoir comme conséquence pour l'individu de ne plus pouvoir entretenir de relations amicales ou même travailler, car la personne est envahie par la peur et la forte suspicion quant à l'immuable arrivée d'incidents négatifs et néfastes. Vivre ainsi en espérant d'être protégé de toute intempérie emprisonne et limite.

Le délire de persécution qu'on connaît comme relié à la schizophrénie s'apparente ainsi au délire paranoïde, mais en est tout de même différent. Il peut susciter la crainte importante d'être blessé, mais aussi des idées de référence, avec comme croyance d'être contrôlé à distance par la pensée d'un autre ou par des messages subliminaux.

Le délire de grandeur viendrait quant à lui compenser pour des attentes non comblées venant de soi ou de l'autre ou même en conséquence d'une confusion quant à des attentes perçues. Il peut ainsi laisser l'individu s'étant créé un personnage grandiose totalement fonctionnel, et même mener dans certains cas à un dérapage aussi bien individuel que collectif quand le pouvoir de persuasion est viral.

Le délire aide à échapper à une réalité pénible, décevante ou extrêmement inquiétante. Vivre avec ses émotions, les gérer et moins en souffrir, être plus lucide peut grandement contribuer à éviter le recours au délire, même si ça mène certains à la dépression existentielle.

Il faut noter bien entendu que dans le cas d'un traumatisme crânien ou d'un accident cérébral, le délire n'est pas apparenté à un trouble délirant. On parle tout de même d'un délire parce que les pensées sont désorganisées et le discours non cohérent. Il existe différentes stratégies qui facilitent la communication lorsque ce genre de désorganisation se manifeste, et encore une fois l'entourage aidant a un rôle primordial dans la préservation de la bonne entente ou de l'interaction plutôt saine entre la personne souffrante et son environnement.

L'espoir meurt et renaît dans des moments de détresse ou d'adversité, mais l'amour ne meurt jamais. Lorsque l'amour de soi s'affaiblit ou se démesure sous perturbation, celui des autres est là pour appuyer et ramener à la réalité tant bien que possible.

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