MAROC
08/10/2018 11h:45 CET

L'Espagne demande à l'UE plus de fonds destinés au Maroc pour gérer l'immigration clandestine

Madrid et Rabat perdent patience.

Jesus Blasco De Avellaneda / Reuters
Un officier espagnol de la Guardia Civil donne un sandwich à un migrant africain assis sur la barrière frontalière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Melilla, durant une tentative d'immigrer sur le territoire espagnol, le 10 février 2015.

IMMIGRATION - L’accélération du flux d’immigration clandestine du Maroc vers l’Espagne a poussé cette dernière à demander à l’Union européenne (UE) davantage de fonds destinés au gouvernement marocain pour contenir la migration. Selon El País, le gouvernement espagnol insiste pour que Bruxelles, où siègent les institutions européennes, “accorde un décaissement substantiel - et surtout rapide - à Rabat” afin de contenir les flux migratoires.

“Alors que la situation devient urgente, Bruxelles prépare une réponse imminente”, précise le quotidien espagnol, rappelant que “malgré les chiffres modestes, l’Espagne est devenue le principal point d’entrées irrégulières en Méditerranée”, avec 42.000 arrivées jusqu’à présent cette année, soit le double du nombre enregistré par la route migratoire libyenne qui s’achève en Italie.

Alors que le Maroc demande depuis plus d’un an l’envoi de fonds et moyens qu’il considère comme indispensables pour gérer les flux migratoires irréguliers sur la route occidentale de la Méditerranée, de plus en plus empruntée par les migrants, l’Espagne semble désormais alignée derrière les revendications marocaines. “Les demandes espagnoles commencent à avoir le ton de la plainte, une attitude inhabituelle pour un pays en général aligné sur la position officielle de l’UE”, souligne le quotidien espagnol, estimant que Madrid et Rabat ont désormais “perdu patience”.

Ce week-end, des contacts téléphoniques ont eu lieu entre les autorités espagnoles et les autorités européennes pour accélérer les procédures, selon El País, qui indique que des sources diplomatiques ont cependant refusé de préciser les montants réclamés pour le Maroc, même s’ils pourraient “dépasser les 30 millions” d’euros pour les besoins matériels les plus immédiats.

Selon des sources officielles du gouvernement espagnol interrogées par El País, “le Maroc affirme son statut de partenaire responsable, mais considère que la réponse au phénomène de migration devrait être basée sur le principe de la responsabilité partagée”.

Les contacts entre le Maroc, l’Espagne et l’UE, qui se sont accélérés ces derniers mois, devraient encore se renforcer. Une réunion devrait ainsi avoir lieu prochainement à Bruxelles, selon le quotidien espagnol, dans l’attente d’une confirmation de la part des autorités marocaines.

Début juillet, la Commission européenne avait approuvé trois nouveaux programmes relatifs à la gestion des frontières et à la migration en Afrique du Nord, pour un montant total de 90,5 millions d’euros, dont une grande partie destinée au Maroc. 55 millions d’euros devaient en effet être alloués au programme de gestion des frontières du Maghreb afin de coopérer avec le Maroc et la Tunisie pour “sauver des vies humaines en mer, améliorer la gestion des frontières maritimes et lutter contre les passeurs opérant dans la région”. 

6,5 millions d’euros supplémentaires étaient destinés à appuyer la stratégie nationale du Maroc en matière de migration adoptée en 2014 pour venir en aide aux migrants.