MAROC
10/12/2018 18h:19 CET | Actualisé 12/12/2018 12h:12 CET

[Les voix de Casa] Koby, tatoueur du marché sénégalais

“Mon art, c’est de dessiner sur les gens”.

Ayoub Ait taadouit et Théa Ollivier/HuffPost Maroc

Toutes les deux semaines, plongez-vous dans la vie quotidienne de Marocaines, Marocains et étrangers résidant à Casablanca que vous croisez tous les jours mais que vous ne connaissez pas. En rentrant dans leur intimité et leur histoire, on découvre aussi leur regard sur la société qu’ils/elles côtoient au quotidien.

Le Maroc est une étape pour le voyage de Koby vers l’Europe. En attendant de pouvoir continuer sa route, ce tatoueur camerounais travaille dans la médina de Casablanca. Un métier artistique, mais pas toujours compris.

Découvrez son histoire dans le portrait sonore ci-dessous:

Les rues étroites du souk Namoudaji de Casablanca sentent le mafé, le poisson séché et le thiéboudiène. Le tout accompagné de musique traditionnelle sénégalaise qui sort de chaque petite boutique. Quand on s’approche de celle de Koby, Camerounais de 28 ans, c’est du trap américain qui s’en dégage. Le tatoueur est posé dans son siège rouge, à attendre ses clients.

“Je fais de tout: tattoo, coiffure, pédicure et manucure”, explique le jeune homme à la veste de cuir, arrivé à Casablanca en octobre 2017. “Mon art, c’est de dessiner sur les gens” résume-t-il d’un air sérieux derrière ses grandes lunettes aux montures dorées. Environ cinq clients viennent se faire tatouer tous les jours chez lui. Autant d’hommes que de femmes passent dans sa petite boutique peinte de rouge et de violet recouverte d’affiches et de grands miroirs.

“Les Marocains font des tatouages, au dos, sur la poitrine et ici”, décrit-il en tendant son bras couvert de tatouages. “Ils veulent des petits tattoos parce qu’ils ne sont pas trop respectés chez les Marocains à cause de la religion et de la tradition”, continue le jeune Camerounais qui a l’habitude de faire des tatouages extravagants pour les Algériens, Ivoiriens et d’autres Africains subsahariens.

Ayoub Ait taadouit et Théa Ollivier/HuffPost Maroc

“Je n’ai pas de religion, je prie juste Dieu, il est pour tout le monde, les musulmans, les chrétiens, les bouddhistes”, avoue Koby, le mot “God” (“Dieu”) gravé sur l’épaule. “Si je fais des tattoos dans un pays marocain musulman, je dois respecter la religion et je ne dois pas faire n’importe quoi”, continue le jeune homme qui affirme avoir un blocage. “Par exemple, dans la rue je ne marche pas en débardeur. Je sais que tout le monde va me regarder car cela ne se fait pas”, anticipe Koby dont l’intégralité du corps est recouvert de tatouages. “Le nombre de tatouages est incomptable. Tout est rempli sauf le visage”, dit fièrement le jeune homme qui a fait son tout premier tatouage sur lui. “Avant de faire ça aux gens, je l’ai fait sur moi pour voir le résultat”, rigole-t-il.

Koby a commencé à tatouer en 2008, dans les rues au Cameroun avec “des gars” qu’il a rencontrés. “Déjà en classe, je faisais des dessins avec des marqueurs sur mes bras”, se souvient-il en rigolant. “C’est un métier, un art que j’aime et qui est inné pour moi”. Mais au Cameroun cet art “n’est pas respecté” et il est pris “pour un voyou”, alors Koby a décidé de partir seul pour l’Europe, en passant par l’Algérie puis le Maroc. Et puis ensuite, pourquoi pas les Etats-Unis. Si son rêve est de continuer sa route vers le Nord pour devenir un “super artiste”, Koby espère quand même rentrer un jour chez lui, au Cameroun.