MAROC
25/12/2018 11h:34 CET | Actualisé 25/12/2018 11h:38 CET

[Les voix de Casa] Abdelhak Achik, de champion olympique de boxe à entraîneur des quartiers populaires

"Je veux aider les jeunes marocains et monter de futurs champions".

AYOUB AIT TAADOUIT ET THÉA OLLIVIER/HUFFPOST MAROC

Toutes les deux semaines, plongez-vous dans la vie quotidienne de Marocaines, Marocains et étrangers résidant à Casablanca que vous croisez tous les jours, mais que vous ne connaissez peut-être pas. En rentrant dans leur intimité et leur histoire, on découvre aussi leur regard sur la société qu’ils/elles côtoient au quotidien.

Des bruits de coups de poings résonnent dans le sous-sol du stade El Arbi Zaouli, à Hay Mohammadi. Quelques marches plus bas, le son est amplifié. Les odeurs de transpiration aussi. Une quinzaine de jeunes s’entraînent à boxer, suant, gants accrochés aux mains, au milieu des trois sacs suspendus dans la pièce sombre où la lumière rentre faiblement par de petites fenêtres.

Parmi eux, Abdelhak Achik, champion olympique de boxe en 1983, n’a pas oublié d’où il vient. Après une carrière internationale à succès, le sportif est toujours resté en contact avec les jeunes de son quartier. À 59 ans, il donne des cours tous les jours pour monter des champions dans le quartier populaire de Hay Mohammedi à Casablanca.

Abdelhak Achik crie et motive les uns et les autres, d’une parole ou d’un coup d’épaule. “Moi aussi j’ai commencé la boxe à Hay Mohamedi”, se souvient l’ancien champion olympique de 59 ans. Mais lui a commencé dans les “hlaki”, ces attroupements dans l’espace public autour de deux boxeurs de rue qui combattent entre eux, quelque soit leur poids.

À force de combats gagnés dans la rue, le jeune Abdelhak se fait repérer par un entraîneur, qui l’emmène dans le seul club du quartier, “Le Ring de Hay Mohammedi”. Très vite, le jeune homme à la peau mate se lance dans la compétition. “Dans la boxe, tu fais 51 kilos, tu joues avec 51 kilos”, se réjouit encore le poids léger, qui était habitué à combattre des boxeurs de 10 kilos de plus que lui. 

AYOUB AIT TAADOUIT ET THÉA OLLIVIER/HUFFPOST MAROC

C’est en 78/79, alors qu’il a à peine 20 ans, qu’il rejoint l’équipe nationale. À partir de ce moment, les victoires s’accumulent. “J’ai fait les jeux méditerranéens à Casablanca. C’est là que je deviens célèbre”, se souvient celui qui gagne alors la médaille d’or et a pour compagnon de route Said Aouita et Nawal Moutawakil. Jeux méditerranéens en Syrie, à Split (à l’époque en Yougoslavie), Jeux arabes en Irak, stage en France à Massy-Palaiseau, au Canada et Turquie… les médailles s’accumulent et sa carrière internationale est lancée. Même s’il gagne un peu d’argent, le jeune boxeur continue de travailler en parallèle de la boxe, à la Centrale laitière, à l’ONEP ou au port de Casablanca.

Le pic de sa carrière est en 1983, lors des jeux Olympiques de Séoul. “J’étais blessé à la main, j’ai gagné une médaille de bronze, avec deux combats gagnés KO, l’autre avec les points”, se souvient Achik, encore avec un léger regret. “Je suis parti pour récupérer une médaille d’or, pas une médaille de bronze”, ajoute-t-il, amer. Les Jeux Olympiques, il y retournera à Barcelone et à Londres, mais cette fois-ci comme entraîneur, notamment de son frère. Il a déjà travaillé avec le champion Mohamed Rabii, qui plus tard a gagné la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Rio.

AYOUB AIT TAADOUIT ET THÉA OLLIVIER/HUFFPOST MAROC

Après sa carrière de boxeur, Achik avoue ne pas vouloir décrocher. Alors il a créé en 1998 cette école de boxe, dans le quartier où il a grandi, avec les moyens du bord. “Je veux aider les jeunes marocains et monter de futurs champions”, ambitionne l’ancien boxeur au nez cassé. “J’entraîne même cinq filles”, se réjouit-il, tout en précisant qu’elles sont peu nombreuses car “le quartier est un peu dangereux et vide pour qu’elles viennent seules”.

Son école est gratuite et ouverte à tous. Le revers de la médaille: les jeunes boxent à même le sol, sur du carrelage et n’ont pas de ring. “J’aimerais avoir plus de moyens pour ces enfants avec une salle aux normes internationales et plusieurs sacs propres”, rêve Achik qui se sent responsable. “Je leur apprends la boxe et la discipline. Ils ne viennent pas ici pour apprendre à se battre dans la rue”, canalise-t-il. “Ce que je veux transmettre à ces enfants, c’est que le sport est moins important que les études. Et si tu ne gagnes pas avec le stylo, tu gagneras avec les coups”.