TUNISIE
27/03/2019 15h:32 CET | Actualisé 27/03/2019 15h:39 CET

Les Tunisiens préfèrent Erdogan à Ghannouchi en matière d'autorité religieuse, selon une étude de YouGov

Un sondage qui révèle la confiance des Tunisiens en certaines personnalités religieuses qui leurs ont été proposées durant le sondage.

Anadolu Agency via Getty Images

Le doctorant en politique de Princeton, Sharan Grewal, a mené cette enquête (réalisée par YouGov)  au sein du think-tank américain Brookings Institution, pour déterminer le soutien ou non de 798 tunisiens envers différentes figures d’autorités religieuses.

Celles-ci sont:

  • Rached Ghannouchi, fondateur du parti tunisien Ennahdha

  • Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie et chef du parti de la justice et du développement

  • Amr Khaled, télé-prédicateur égyptien

  • Ahmed El Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar en Egypte

  • Hassan Nasrallah, secrétaire général de l’organisation Hezbollah

  • Abu Bakr al-Baghdadi, chef de l’État Islamique

  • Yusuf al-Qaradawi, théologien et universitaire égyptien

  • Habib Ellouze, représentant d’Ennahdha à l’Assemblée constituante de 2011

  • Othman Battikh, mufti de la république tunisienne

  • Hussein al-Obeidi, imam de la mosquée Zitouna

  • Abu Iyadh al-Tunisi, chef de l’organisation Ansar al-Charia

  • Khatib al-Idrissi, sheikh salafi

  • Mazen Cherif, sheikh soufi   

Premièrement, deux questions directes ont été posées pour juger de l’approbation des participants pour les noms cités plus hauts.

La première était : “Lesquels de ces leaders religieux approuvez-vous ?

C’est le président Erdogan qui récolte 25% des voix des participants, devant Rached Ghannouchi ex-aequo avec le prédicateur Amr Khaled, qui reçoivent chacun 9,8% des voix. Le soutien aux figures de l’État Islamique comme Al-Baghdadi et Abu Iyadh est très minime : chacun obtient 0,3%.

Sharan Grewal/The Brookings Institution

La deuxième question, plus nuancée, stipule : “Sur une échelle de 1 à 5, veuillez nous indiquer votre confiance en chacun des individus, en tant qu’autorité en matière de foi et de pratique islamique.”

Cette nuance permet une meilleure variation dans les réponses et permet d’évaluer explicitement le facteur “autorité en matière de foi et de pratique islamique”.
Encore une fois, Erdogan est en tête, ce qui suggère que les Tunisiens l’approuvent et lui font confiance en matière de religion. En deuxième et troisième place, l’on retrouve l’imam de la mosquée Zitouna Hussein al-Obeidi suivi par Ahmed El Tayeb, imam de la mosquée Al-Azhar en Égypte.

Rached Ghannouchi, lui, se trouve relativement bas dans le classement, comparé à sa position dans la question précédente.

Sharan Grewal/The Brookings Institution

Dans la deuxième partie de l’enquête, l’on a volontairement questionné les participants sur leur soutien envers ces mêmes figures, mais en fonction cette fois-ci, de “déclarations imaginaires” qui leurs ont été attribuées par hasard, dont la moitié peut être considérée comme libérale, et l’autre comme conservatrice.

Cette technique permet de jauger de l’oscillation de l’avis des participants, tout en évitant aux répondants de ne pas se sentir à l’aise avec leur potentielle réponse, car les figures mentionnées dans l’enquête peuvent souffrir de “social desirability bias”, c’est à dire qu’un participant peut moins bien noter son soutien à une figure à cause de sa mauvaise réputation ou de son appartenance à un mouvement jugé extrémiste. Cette formulation permet également d’estimer l’influence des figures et de leur autorité.

14 déclarations ont été présentées aux répondants, et en en faisant la moyenne, l’on remarque que c’est Al-Baghdadi de l’État Islamique qui émerge comme figure la plus influente, en faisant augmenter sa moyenne de soutien de 0,5 points. Il est suivi par le mufti tunisien Othman Battikh et l’imam Hussein al-Obeidi. Les individus relevant du parti Ennahdha, à savoir Habib Ellouze et Rached Ghannouchi, font passer leur moyenne d’influence dans le négatif, c’est à dire que le soutien qui leur est apporté diminue lorsqu’ils approuvent d’une déclaration.

Sharan Grewal/The Brookings Institution

Le soutien pour les figures de l’Etat Islamique s’explique possiblement par le fait que la Tunisie est le pays qui ait le plus haut nombre de combattants étrangers par habitant dans l’État islamique.

D’autre part, certains Tunisiens semblent soutenir les figures du djihad à l’étranger, mais ne les soutiennent pas à l’intérieur du pays. En effet, les deux personnalités salafistes djihadistes présentes en Tunisie, le sheikh salafi Khatib al-Idrissi et le dirigeant d’Ansar al-Charia, Abou Iyadh, ont vu le plus bas effet d’endossement, toutes figures confondues.

La bonne performance des autorités de l’État tunisien suggère que l’influence de ces dernières ne devrait pas être sous-estimée. Les résultats de l’enquête sous-entendent que malgré leurs liens avec l’État, ces institutions religieuses ont encore une légitimité considérable en matière religieuse.

Peut-être la plus grosse surprise de ce bilan est celle d’Ennahdha. Le parti continue de gagner aux urnes, mais peut-être n’est-il plus (ou n’a jamais été) considéré comme une autorité religieuse. Il est possible que les compromis répétés d’Ennahdha sur des questions de religion puissent avoir miné sa crédibilité sur ces questions.

Son refus de consacrer la charia dans la constitution de 2014, son soutien à l’égalité des sexes et à la liberté de conscience, et son choix de se démarquer publiquement de l’islam politique en se déclarant parti démocratique musulman peut avoir affaibli sa base religieuse.

Précisions sur l’enquête : l’échantillon de YouGov n’est pas représentatif de la population tunisienne (les répondants sont en majorités des hommes, instruits et vivants en zone urbaine), cependant, il l’est au regard de divers indicateurs de la religiosité, qui est l’une des caractéristiques les plus importantes, en plus d’indicateurs tels que l’emploi et l’état matrimonial.

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