08/01/2019 18h:05 CET | Actualisé 08/01/2019 18h:05 CET

Les TPME marocaines sont-elles prêtes pour la révolution 4.0?

“Les TPME ne veulent pas être en marge de ce qui se passe mais attendent de comprendre le phénomène et non pas le subir”.

Erik Isakson via Getty Images

ÉCONOMIE - A l’heure où des géants comme Google, Amazon, Tesla et Facebook deviennent les références de l’économie mondiale, les entreprises marocaines suivent-elles le pas de la transformation digitale? Ce mardi 8 janvier, la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM) présentait une étude sur le domaine de la transformation digitale des TPME (très petites, petites et moyennes entreprises) au Maroc, élaborée par le cabinet Officium et l’OMPM (Observatoire marocain des pratiques de management). Une étude encore en cours mais qui permet cependant de dresser une première vision de la relation des TPME aux nouvelles technologies du numérique.

“Les TPME ne veulent pas être en marge de ce qui se passe mais attendent de comprendre le phénomène et non pas le subir”, explique à l’assistance Reda Taleb, directeur général du cabinet d’étude Officium. Pour ce dernier, la transformation de ces entreprises “est un défi humain avant tout”.

Défi humain

Au cours de l’enquête, le cabinet a interrogé 126 participants, parmi lesquels 58% sont des TPME et 42% des groupes ou entreprises à taille intermédiaire. Parmi l’ensemble des participants à l’étude, 82% répondent avoir connaissance du phénomène 4.0. Du côté des TPME, ce chiffre baisse à 77%.

Des entreprises marocaines qui ont un avis relativement positif sur cette évolution. Ainsi, 72% des entreprises interrogées considèrent que ce phénomène est synonyme d’entreprises “intelligentes et communicantes”. 57% des TPME disent de même. 

Cependant, face au défi que représente cette évolution du monde de l’entreprise, une inquiétude hante la majorité des entreprises: le défi humain. En effet, 67,5% d’entre elles craignent de ne pas trouver les hommes et femmes capables d’opérer ce changement.

Ce déficit a notamment été évoqué pendant la table ronde qui a suivi la présentation de cette étude, à laquelle ont participé Reda Taleb mais aussi Youssef Harouchi, vice-président de l’APEBI (Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring), Mourad El Mahjoubi, general manager Visiativ Africa et vice-doyen EM Lyon, et Khalid Dahami, président de la FCS (Fédération du Commerce et Services).

Mourad El Mahjoubi, à cette occasion, a notamment évoqué la question de l’adaptabilité des jeunes et des étudiants. “Il y a des métiers qui n’existent pas aujourd’hui mais qui seront incontournables dans 5 ans”. Selon lui, les étudiants “doivent avoir la capacité d’apprendre les choses, les désapprendre et les réapprendre encore”.

Au delà des défis de la formation, certains ont cependant mis en avant les réticences de certaines entreprises à se lancer dans de vastes programmes d’adaptation au vu du contexte économique peu reluisant. Pour Khalid Dahami notamment, la “morosité économique” actuelle peut freiner l’adaptation de certaines TPME. “Il y a encore dans certaines TPME l’idée de la ‘gestion en bon père de famille’, où on essaye surtout de préserver ce que l’on a”. Des entreprises qui, souvent, n’ont pas conscience de l’urgence de l’adaptation selon lui: “La réflexion qui revient souvent chez eux c’est: ‘pourquoi le faire’”?

Mais pour Reda Taleb, la non adaptation peut signifier dans certains cas “la fin d’un business”: “A Fès, nous avons rencontré un homme qui vend du matériel électronique qui a perdu des clients car une plateforme s’est mise à livrer ces produits dans son secteur. Le coût de la non-transformation digitale est réelle”.

Pour Khalid Dahami, une autre question primordiale reste celle de l’accompagnement. “Il faut que l’opportunité soit palpable”. Ce dernier appelle ainsi à une “marche de l’innovation”. “Comme on a eu la Marche Verte, on doit avoir une Marche de l’Innovation”, affirme-t-il. 

Des solutions existent

Une “marche” qui doit notamment être poussée par des “champions de l’innovation”: “Dans tout domaine, il faut qu’il y ait ses champions”, explique Khalid Dahami au HuffPost Maroc. “Dans les pays émergents, ça se fera par les établissements publics qui doivent mettre en place des organismes spécialisés. C’est le rôle majeur des organismes publics et étatiques”.

Un rôle qui doit également être joué par les entreprises privées: “On parle de très grandes entreprises qui, au delà de développer leur business, doivent également mettre en place un système autour d’elles pour développer cette culture du numérique”, ajoute-t-il.

Pour lui, si les TPME ont “conscience et comprennent que la digitalisation des documents et des processus peuvent se mettre en place et sont accessibles”, elles ne sont pas forcément équipées pour comprendre et gérer les nouvelles technologies comme le big data, la blockchain, etc., dont elles sont pourtant la cible: “Dès qu’on aborde ces nouvelles technologies, qui sont des technologies pour cette cible, elles sont moins palpables dans le sens où il faut un niveau de maturité au niveau numérique”, souligne Khalid Dahami.

“Avec la démocratisation des nouvelles technologies, lorsque que l’on va dans la gestion de la data, pour les TPE, beaucoup de solutions existent pour évoluer dans le milieu numérique” conclut-il.