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18/05/2018 05h:48 CET | Actualisé 08/11/2018 19h:51 CET

Les talebs tourneurs et la zaouia CFPA du Nème mandat

Ramzi Boudina / Reuters

Alger a, enfin, sa nouvelle zaouia belkaïdia, longtemps attendue par les habitants de Tixeraïne, de l’ensemble de la commune de Bikhadem - et peut-être, qui sait, par tous les Algériens du monde. Inaugurée avant-hier par Abdelaziz Bouteflika, cet établissement religieux - cette “tour du savoir”, comme il s’en dirait en langue arabe bien ciselée - accueille une école coranique et une bibliothèque.

Mais pas seulement, justement ! Elle accueille aussi, indique Algérie Presse Service non sans fierté contenue, un centre de formation professionnelle. Le caractère novateur de la zaouia belkaïdia de Tixeraïne est là, dans cet alliage de transcendantal et de manuel. Il explique qu’elle ait été inaugurée non pas par le cheikh national de cette “tarqia”, mais par le chef de l’Etat, dont on sait, pourtant, la santé vacillante entre deux conseils des ministres brièvement filmés par l’ENTV.

Ce n’est donc pas, Dieu soit loué, une de ces zaouias plongées dans la paisible pénombre de décennies d’inertie ou - pour ne pas être injuste - d’”économie d’efforts”. Non, la zaouia belkaïdia de Tixeraïne est un espace actif, où les talebs, après avoir rendu son dû au ciel, se défont de leurs gandouras et couvre-chefs immaculés pour acquérir un métier qu’ils pourront exercer, explique l’APS, au cas où un avenir d’imam ne leur paraîtrait pas attractif.

Bref, c’est une zaouia “du béton et de l’acier” pour parler comme Houari Boumediene, grand amateur de métaphores industrialisantes. D’ailleurs, si dans les années 1970, les zaouias avaient eu l’intelligence de ressembler à de vieux monastères, conjuguant préoccupations hautement spirituelles et activités bassement matérielles, elles n’auraient pas été abhorrées par le colonel Mohamed Boukherrouba, ni économiquement ruinées par ses soins.

Le président Bouteflika aime les zaouias. On pourrait même dire qu’avant qu’il ne soit élu en 1999, il les avait toujours aimés- d’autant plus passionnément que c’était, au temps du socialisme spécifique, un amour coupable, interdit. Quand il en visite une, il donne l’impression que tout son parcours politique n’est qu’une sorte de tangente involontaire et que sa place naturelle est là, au milieu de cette cérémonieuse sérénité.

Il n’aimerait pas, cependant, que cet amour soit assimilé à une preuve de déloyauté envers son mentor, disparu en décembre 1978, qui nourrissait pour la “tourouqiyya” une parfaite aversion. C’est pour quoi les zaouias, sous son règne, ne doivent plus être ces espèces d’angles morts de la vie, mais des lieux appartenant à leur temps, notre temps.

Et notre temps est celui des imams polyvalents récitant le Coran tout affairés à leur ouvrage, ou déclamant leur “adjroumia” en exécutant des tâches de tourneur-fraiseur exigeant une concentration maximale. Il est celui de “Moqadems” qui, à la manière des ecclésiastiques du Moyen-âge, vendent des indulgences plénières, sans même un semblant de purgatoire, à d’anciens ministres accusés de corruption. Il est, enfin, et surtout, celui de qu’on devrait appeler, très synthétiquement, le “Nème mandat”.

Car le Nème mandat se prépare. Pour un observateur inaverti et/ou malintentionné, la preuve en a peut-être été donnée avant-hier à Tixeraïne, au siège de la zaouia belakaïdia. “Des établis pour les talebs et des biftecks pour les cheicks !” serait, pour cet acte I inaugural, un slogan satisfaisant, que ne renierait pas Djamel Ould Abbès, détenteur, comme chacun sait, de l’éloge légal d’Abdelaziz Bouteflika.